Besançon : l’appel du 7 juin… Procès d’un résistant, parmi d’autres

 Je suis convoqué devant le tribunal correctionnel le 7 juin à 13h30 (TGI de Besançon – rue Mégevand) pour avoir, par des écrits, exprimé mon ressenti quant à l’expulsion de la famille Feraj cet automne. Dans mon billet, j’avais employé des termes qui me sont reprochés. Voici la déclaration que je compte faire devant la Cour.

Introduction

 Je voudrais tout d’abord vous assurer de ma sidération d’être convoqué ce jour devant le Tribunal. En effet, les faits qui me sont reprochés ne sont à mon sens, non délictueux. Il est vrai que je suis le rédacteur du journal en ligne  » Le Libertaire Bisontin  » où s’exprime des idées affirmées. Toutefois, pour des raisons que j’expliciterai ci-après, ce média n’est pas porteur de diffamations ni d’invectives, il s’agit d’exprimer des opinions, certes radicales, mais en phase avec une actualité qui paraît pour le moins étonnante. Mon plaidoyer va donc s’appuyer sur des faits, des témoignages et d’autres éléments de réflexion. Je demande à la Cour de porter attention aux arguments qui sont les miens.

 Suite à l’expulsion particulièrement honteuse de la famille Feraj l’automne dernier, je me suis senti le droit sinon le devoir de faire part au grand jour de ma consternation et de ma désapprobation. Alors que j’observais une grève de la faim depuis quatre jours en place publique, fatigué, stressé, sollicité en permanence, notamment par le milieu associatif local et international. J’ai fait alors apparaître une légitime colère.  Dans un billet un peu virulent je dénonçais les méthodes du secrétaire du préfet, mr Setbon, ce qui me vaut le désagrément d’être ici convoqué.

 Je tiens à rappeler que les pratiques sociétales de l’Albanie sont bien différentes du cadre légal de la France. Là-bas il existe une loi tacite  » la loi  du Kanun  » issue du droit coutumier médiéval, pas si éloignée de la vendetta corse ; ces rites permettent à un membre d’une famille qui se dit lésée la suppression physique des individus dotés d’un appareil reproducteur masculin de la famille adverse, enfants comme adultes ! Mettant ainsi en cause la survivance de toute une lignée.

 Quant à la référence à  » Iznogoud « , elle est tirée d’une bande-dessinée bien connue, non censurée et accessible à toutes/tous, y compris le public mineur qui trouve là sujet à rire et non à avilir.

 Certes, des mots tels que :  » pourriture  »  » portefaix  » peuvent paraître méprisants, ainsi que  » petit être répugnant « , mais l’état de fatigue et d’exaspération lié à mon engagement physique (grève de la faim) et moral ont fait de moi un porte-parole quelque peu turbulent.

 Pour d’autres termes incriminés tels que  » menteur professionnel « , les réseaux associatifs de soutien aux demandeurs d’asiles ont été avisés du retour du père et des enfants Feraj tandis que la mère était à l’hôpital J. Minjoz et que mr Setbon avait assuré qu’ils ne seraient pas expulsés vers le Kosovo avant la fin de cette situation, alors que les billets étaient prêts ! Imaginez donc la colère des militant-e-s et de moi-même lorsqu’ils ont pris conscience de s’être fait aussi perfidement abusés.

 Comment un représentant de L’État de droit pourrait ainsi berner ses propres administrés ?

 Quant au terme  » pervers narcissique  » , il est tout droit issu du vocabulaire de la psychanalyse, il ne semble pas que le Dr Freud, enseigné dans les lycées et les facultés, ait été poursuivi en justice dans ce pays.

 Par ailleurs, la  » convocation en Justice  » (cf: art. 390-1 du code de procédure pénale) qui fait que je me trouve devant vous aujourd’hui fait mention d’une citation totalement étrangère au journal en ligne  » Le Libertaire Bisontin  » ; en effet,  » empêcher les pourris comme lui de dormir  » n’a jamais paru sur ce site, ainsi qu’a pu le constater l’officier de Police Judiciaire, ces propos sont tirés du blog  » Infos Libertaire  » qui les a repris du journal local «  Séditions  » dont je ne suis pas l’auteur.

 Conclusion

 Ce que j’ai prononcé n’est autre que de l’auto-défense. On me convoque en effet pour avoir exprimé des pensées que je ne suis pas le seul à partager, loin de là ! Je rappellerai seulement un illustre Bisontin en son temps :  » celui qui ouvre une porte d’école ferme une prison « . Or voici que ce sont à des enfants qu’on a entravé les chemins de la Liberté. Pour eux je suis engagé, avec eux je suis engagé.

 Voilà, c’est ce que je dirai lors de mon procès, mercredi 7 juin à 13h30. Je vous invite à venir assister à l’audience pour me soutenir. N’hésitez pas à reproduire ce texte, à le diffuser autour de vous.

Solidarités avec les solidaires !

LA LUTTE CONTINUE !

1er mai libertaire

Retrouvons nous lundi 1er mai pour la traditionnelle manifestation et le repas (place Marulaz). Pour rappel, nous ne fêtons pas le travail au contraire nous voulons l’abolir ; cette manifestation est avant tout à la mémoire de nos camarades anarchistes : Albert Parsons, August Spies, Michael Schwab, George Engel, Adolph Fischer, Samuel Fielden et Louis Lingg, emprisonnés à vie ou exécutés sans aucune preuve tangible par la police de Chicago à la suite de la manifestation du 1er mai 1886. (voir article plus détaillé sur les origines du 1er mai libertaire)

EN 2017 LA LUTTE CONTINUE ENCORE ET TOUJOURS !

Besançon : 20 ème festival des littératures policières, noires et sociales

Le 20ème festival des littératures policières, noires et sociales de Besançon aura lieu du 15 au 16 avril à la salle Proudhon – Kursaal. Voici le programme :

13 et 14 avril :

Rencontre-atelier avec Tanxxx et Affiche Moilkan
Bar Les Passagers du Zinc – Rue de Vignier

Samedi 15 avril :

Salle Proudhon ouverture 14H00
Rencontres dédicaces
15H00 Rencontre avec Jérôme Leroy animée par Martial Cavatz
16H30 Rencontre avec Jean-Bernard Pouy animée par Guillaume Tissot
17H30 Rencontre avec Ian Manook animée par Corinne Naidet (Asso 813)

Dimanche 16 avril :

Place Granvelle à 9H30 Pétanque
Ouverture du festival à 13H30
15H00 Rencontre avec Marin Ledun animée par Corinne Naidet
16H00 Rencontre avec Romain Slocombe animée par Fabrice Riceputi

Appel à don : Une caravane pour l’association « Espoir et Fraternité Tzigane de Franche-Comté »

L’association « Espoir et Fraternité Tzigane de Franche-Comté » a besoin de notre aide pour concrétiser son superbe projet : une caravane de livres pour les populations itinérantes. Je reproduis leur communiqué  :

Nous  avons  besoin  de  votre  aide  pour  réaliser notre  projet  de  caravane  des  livres sur la Franche-Comté !
Destinée à un public d’enfants et d’adolescents, essentiellement en âge d’être scolarisés, la  caravane, substitut des bibliothèques construites en dur, viserait à promouvoir la culture  et la citoyenneté  en direction d’une population  trop souvent discriminée en raison de son mode de vie.

Structure à la fois  familière, nomade et de proximité, la caravane permettrait aussi la conciliation de l’accès à la culture et à la citoyenneté avec une vie familiale itinérante.
Enfin, nous pourrions imaginer un partenariat avec les librairies,  voire les bibliothèques  de proximité, aussi  les auteurs et les éditeurs….

La caravane pourrait être aussi un espace hébergeant l’action d’associations œuvrant dans les domaines de la lecture, et plus largement de la culture (je pense aux actions hors les murs  pratiquées par les musées en direction du champ social), mais aussi à celles qui travaillent  dans le registre de divers apprentissages liés à la lecture (ateliers d’écriture) aussi de la citoyenneté  inclusive…

Vous pouvez leur faire un don ici : https://www.lepotcommun.fr/pot/n2hh96xs

Mais les anarchistes ne votent pas ?

Se dire anarchiste veut dire beaucoup, mais cela peut aussi ne rien vouloir dire du tout. Dans un monde d’identités faibles, quand tout semble s’estomper dans le brouillard de l’incertitude, se considérer anarchiste peut être une manière comme une autre de suivre un drapeau, rien de plus.

Mais parfois l’anarchisme est une étiquette inconfortable. Il peut te mettre des questions dans la tête, auxquelles il n’est pas facile de répondre. Il peut te faire remarquer les étranges contradictions de ta vie : le travail, le rôle que la société t’a imposé, le statut auquel toi-même tu participes, la carrière à laquelle tu n’arrives pas à renoncer, la famille, les amis, les enfants, le salaire en fin de mois, la voiture et la maison dont tu es propriétaire. Pauvre de moi, fixer une distance entre ces attributs et ses idées fondamentales, entre ce que nous sommes et l’être anarchiste, cela ressemble beaucoup à cette lutte entre l’être et le devoir-être qui faisait sourire Hegel : le devoir-être perd toujours.

Du coup, nous sommes anarchistes parce que nous lisons les journaux anarchistes, parce que nous considérons la pensée et l’histoire anarchiste comme notre pensée et notre histoire. Nous sommes anarchistes parce que nous nous abritons dans le mouvement, à l’abri des intempéries de la vie, parce que nous le considérons comme notre maison rassurante, parce que nous aimons voir les visages des compagnons, écouter leurs petites histoires domestiques et leur raconter nos petites histoires domestiques, le tout à répéter à l’infini – et ainsi soit-il.

Si quelqu’un pose des problèmes, pas tellement avec sa langue plus ou moins acérée, mais avec les choses qu’il fait, en mettant en danger cette position rassurante, cette sensation de protection, de se sentir comme chez soi, alors nous le rappelons à l’ordre, en lui listant au grand complet les principes de l’anarchisme, auxquels nous restons fidèles. Et, parmi ceux-ci, il y a celui de ne pas aller voter. Les anarchistes ne votent pas, sinon quels anarchistes seraient-ils ?

Tout est bien clair et lisse. Et pourtant, notamment ces derniers temps, ont été avancées des objections, des perplexités.

Quelle signification y-a-t-il dans le fait de ne pas aller voter ? Il existe une signification, ils ont répondu en chœur, spécialement parmi les plus âgés. Parce que voter c’est déléguer et les anarchistes sont pour la lutte directe. Joli, dirais-je, très joli.

Mais quand cette lutte consiste seulement dans le fait de témoigner de ses principes (donc également son abstentionnisme), et rien de plus, quand cela consiste dans le fait de se retirer en étant mal à l’aise quand quelques compagnons décident d’attaquer les hommes et les réalisations du pouvoir, ou bien consiste dans le fait de rester silencieux face aux actions des autres, quand c’est cela la lutte, eh bien, alors autant aller voter.

Pour ceux qui considèrent l’anarchisme comme le tranquille gymnase de leurs opinions (et de celles d’autrui) sur un monde qui n’existe pas – et n’existera jamais – tandis que pour eux les jours se suivent l’un après l’autre dans la grisaille monotone des matins tous identiques, des gestes tous identiques, des travaux, affects, hobbies et vacances tous identiques, pour ces derniers, quel sens y-a-t-il à s’abstenir, si ce n’est de réaffirmer, à peu de frais et avec assez de clarté, leur identité anarchiste ? Cependant, à bien y regarder, si leur anarchisme est seulement cette enseigne poussiéreuse et ridicule, dans un terrain de certitudes monotones et escomptées, il vaut mieux se décider à aller voter. Leur abstention ne signifie rien.

Ils pourront sans problèmes voter aux présidentielles, et aussi aux élections locales. A bien y réfléchir, ils pourront ainsi choisir de défendre un morceau de démocratie qui, à bien y regarder, est toujours mieux qu’une dictature qui remplirait les stades et les camps de concentration, dans l’attente de dresser des listes de proscription. Les tanks dans les rues (signal mythique du pouvoir qui se propage de façon indiscriminée, quand tu finis à l’échafaud pour un simple mot, pour un symbole mal compris de la part d’obtus exécuteurs d’ordre en uniforme) sont un truc dangereux, il vaut mieux les bavardages inutiles, et au fond discutables, de n’importe quel clown en veste démocratique. On ne rigole pas avec certaines choses, mieux vaut courir voter, spécialement dans une période dans laquelle des millions de personnes ne semblent pas comprendre la valeur des élections. L’abstention à des millions n’a plus de sens anarchiste, on risque d’être confondu avec la masse inculte qui n’est même pas capable de tracer une croix sur du papier ou qui s’amuse à peu de frais en gribouillant des phrases obscènes sur le bulletin.

Après, il y a les compagnons qui maintiennent des positions proches du municipalisme libertaire et du syndicalisme révolutionnaire de base. Ceux-ci, toujours d’après moi, ne devraient pas courir derrière les fantasmes de l’abstentionnisme. Leur objectif devrait être, au moins, la participation massive et significative aux élections locales, de manière à donner à leurs représentants les instruments adaptés pour gouverner la chose publique en périphérie. Peut-être que les anarchosyndicalistes (mais est-ce qu’il y en a encore ?) pourraient même aller voter aux présidentielles, mais cela devrait être une décision prise après mûre réflexion, même si, personnellement, je la considère comme un choix tout à fait cohérent avec leurs idées de lutte syndicale.

Il reste de nombreux autres anarchistes. Il reste ceux pour lesquels leur anarchisme est un choix de vie, pas une conception à opposer, dans un tragique et insoluble oxymore, aux mille problèmes d’apparence que la société codifie et impose.

Pour ces compagnons, l’abstention est seulement une des nombreuses occasions de dire « non ». Leur action anarchiste se réalise dans bien d’autres faits et ce sont justement ces faits qui donnent une lumière et une signification différente à cette façon de dire « non ».

Alfredo M. Bonanno

P.S.

Texte publié la première fois en italien dans le n°29 de Canenero (2 juin 1995). Traduit et publié en français par le site Attaque en mars 2017.

Source : https://infokiosques.net/spip.php?article1414

Picardie : Le « clan du loup blanc » devant la justice

Tout à la fois nazillons et bras cassés, dix-huit personnes âgées de 22 à 53 ans comparaissent à partir de lundi devant le tribunal correctionnel d’Amiens. Quatre jours de procès pour comprendre le fonctionnement du «White Wolf Klan», le «clan du loup blanc», qui, entre 2012 et 2014, a tenté d’imposer sa loi dans les environs de Ham, bourgade de 5 000 habitants située au croisement des départements de la Somme, de l’Aisne et de l’Oise. Connu depuis des années pour être un nid à fachos, le coin est devenu la base arrière de Serge Ayoub, alias «Batskin», figure tutélaire de l’ultra-droite, qui comparaît également pour complicité de violences aggravées.

La longue enquête menée par les gendarmes débute en janvier 2013. Au fur et à mesure des interpellations et des gardes à vue, elle permettra de lever le voile sur de nombreuses agressions, dégradations et vols commis par le clan du loup blanc dans la région. Mais c’est un règlement de comptes entre deux groupuscules néo-nazis qui signe le point de départ des investigations.

La scène se déroule le 8 décembre 2012 à Estrées-Mons (Somme), dans le garage de Kevin P., membre du groupe Troisième voie, créé par Serge Ayoub. Cette soirée doit en théorie sceller une alliance avec une deuxième organisation, les Nationalistes autonomes (NA), dont fait partie Clément G. En réalité, il s’agit d’un traquenard. La faute à une altercation, quelques mois plus tôt, lorsque des NA auraient qualifié Ayoub de «sale juif».

Lire la suite