Histoire: Fin septembre 1913 – Congrès international des syndicalistes révolutionnaires

En septembre 1913, les syndicalistes révolutionnaires de plusieurs pays décident d’organiser à Londres un congrès international pour se coordonner et sortir de l’impasse réformiste.

Congress_london_1913(Congrès international des syndicalistes révolutionnaires-Londres)

Nos origines

Il y a un siècle, le congrès international syndicaliste révolutionnaire de Londres (1913)

Contexte

A la fin des années 1900, le mouvement syndicaliste révolutionnaire d’Europe connaît un développement notable. Constatant la mainmise des partis socialistes sur les centrales ouvrières et leur tendance à la bureaucratisation, les révolutionnaires se séparent pour former leurs propres organisations syndicales. Ils rompent ainsi le dogme de l’unité organique de la classe ouvrière, puisqu’elle est désormais un frein à l’action des travailleurs.

Cette évolution se fait sentir en Espagne (création de Solidaridad Obrera en 1907 puis de la Confederación Nacional del Trabajo – CNT – en 1910, issues des sections de la première Internationale et marquées par l’anarchisme), en Italie (fondation de l’Unione sindacale italiana – USI – suite à l’exclusion des révolutionnaires de la Confederazione generale del lavoro en 1912), aux Pays Bas (le National ArbeitSecretariat – NAS – se sépare du parti social-démocrate en 1896), en Allemagne (création de la Freie Vereinigung deutscher Gewerkschaften – FVdG, Association libre des syndicats allemands – entre 1897 et 1901, qui prend une orientation plus nettement révolutionnaire en 1908) en Belgique (fondation en 1910 de l’Union des syndicats de la province de Liège, puis en 1913 de la Confédération syndicale de Belgique), en Grande Bretagne (Industrial syndicalist education league – ISEL -créée en 19101), en Suède (naissance de la Sveridge arbetares centralorganisation – SAC, Organisation centrale des travailleurs suédois – en 1910), aux Etats Unis et au Canada (apparition des Industrial workers of the world – IWW – en 19052). En Amérique latine c’est l’anarchisme ouvrier qui se développe, sur le modèle des Federaamérique latineciones obreras regionales argentine et urugayenne (FORA et FORU), imité dans la plupart des pays du continent. Des mouvements syndicalistes révolutionnaires apparaissent également en Autriche-Hongrie, en Suisse, dans les Balkans, etc. La principale exception à cette évolution générale est la France, où la tendance révolutionnaire de la Confédération Générale du Travail (CGT) perd du terrain face aux réformistes.

Durant ces années d’avant-guerre, dans toute l’Europe les grèves se multiplient, et l’agitation révolutionnaire s’accroît. Le syndicalisme révolutionnaire a toujours été imprégné d’internationalisme, sa référence historique constante demeure la première Internationale, et plus particulièrement son aile fédéraliste et anti-autoritaire, proudhonienne mais surtout bakouniniste, qui privilégiait l’action directe économique, y compris la grève générale, à l’action politique parlementaire.

freedom_militarism(Couverture d’un journal libertaire anglophone-1913)

La rupture avec la seconde Internationale (social-démocrate) est complète, mais l’attitude vis-a-vis de l’International secretariat of national trade union centers (ISNTUC, qui changera de nom en 1913 pour devenir la Fédération syndicale internationale) est plus mitigée. L’ISNTUC regroupait depuis 1901 plusieurs centrales syndicales nationales, dont la CGT française, la plupart étant modérées et proches des partis sociaux-démocrates. Elle agrège en 1905 deux millions de syndiques, et sept millions en 1913, avec 19 sections nationales. Une seule section par pays étant acceptée, les syndicalistes révolutionnaires minoritaires ne peuvent pas y être représentés, les seuls y ayant participé sont la CGT et le NAS qui, lui, s’en retire rapidement. En 1907, l’INSTUC déclare son plein soutien à la seconde Internationale. L’hostilité des syndicalistes révolutionnaires envers l’ISNTUC est réelle, mais cette organisation est néanmoins considérée comme une association strictement ouvrière, contrairement aux partis politiques. De par l’impossibilité d’y participer pour la plupart d’entre eux, les syndicats révolutionnaires ressentent un fort isolement, entretenu par le mouvement réformiste. La CGT française, organisation importante historiquement et numériquement, est même accusée par le NAS hollandais d’y contribuer en maintenant sa participation à l’INSTUC.

En 1913, les syndicalistes révolutionnaires de divers pays décident donc de renforcer leur tendance en lui impulsant une dynamique internationale par l’organisation d’un congrès, proposé dès 1911 par des militants allemands, états-uniens, italiens et néerlandais.

Appels, préparatifs et débats préalables

Simultanément deux appels similaires sont publiés par l’ISEL britannique et le NAS hollandais en février 1913. Les deux textes souhaitent voir se créer une structure internationale pour rendre effective la solidarité entre les travailleurs de différents pays, soulignant que seul un congrès des organisations révolutionnaires et dirigées par leur base peut l’engendrer. Ils affirment aussi que les organisations déjà existantes sont incompatibles avec leurs buts et intérêts, particulièrement les principes d’action directe et d’émancipation, et qu’il est vain de chercher a s’organiser au sein de l’ISNTUC ou de vouloir la changer de l’intérieur.

Des réponses enthousiastes ne tardent pas a arriver des organisations allemande, autrichienne, danoise, espagnole, états-unienne, italienne, suédoise. Le projet de création d’une internationale est en revanche accueilli diversement : très tôt la FVdG allemande se déclare favorable, et l’USI italienne opposée, d’autres organisations approuvent le congrès mais persistent à vouloir s’organiser a l’intérieur de l’ISNTUC.

En France, l’annonce de ce congrès est moins bien accueillie. Pierre Monatte, le premier, fait paraître une opinion hostile dans la presse syndicaliste, et un large débat s’engage au sein de la confédération a propos de la nature de l’ISNTUC, de la possibilité de le révolutionner de l’intérieur, de l’isolement des révolutionnaires hors de France, du caractère révolutionnaire de la CGT, du congrès international et surtout d’une éventuelle nouvelle internationale. La situation de la CGT est délicate : les tendances modérées se renforcent et l’organisation perd des adhérents depuis 1911, particulièrement ses fédérations révolutionnaires, elles-mêmes divisées sur la stratégie a suivre3.

Dans les autres pays, où l’unité syndicale ne profite qu’aux tenants du réformisme et du parlementarisme, l’ambition d’influencer l’ISNTUC ou les centrales nationales de l’intérieur semble de plus en plus irréaliste. Le fait est établi que les minorités révolutionnaires sont systématiquement censurées, voire exclues, lorsqu’elles cherchent a propager leurs principes et leurs pratiques. Tous, hors de France, critiquent la position de la CGT, parfois en des termes assez durs, ou tentent d’inciter ses membres à soutenir la participation au congrès, sans pour autant parvenir a les convaincre.

Initialement prévu en mai, le congrès est repoussé pour laisser le temps aux syndicats de le préparer à la base, et se tient finalement du 27 septembre au 2 octobre 1907 au Holborn Hall de Londres. Les frais d’organisation sont principalement assumés par le NAS. On peut considérer que le principal artisan de cette rencontre est le militant néerlandais Christian Cornelissen.

Le congrès

Les délègues venus représentent toutes sortes de structures syndicales : locales, régionales, nationales, professionnelles, ainsi que des groupes de propagande, provenant de douze pays. La FVdG, le NAS, la SAC (mandatée également par les minorités révolutionnaires du Danemark et de Norvège), l’Union des syndicats de la province de Liège et l’USI sont représentés ; l’Espagne a envoyé des délègues de l’organisation catalane Solidaridad obrera ainsi que d’une quinzaine de syndicats de la Corogne et de Minorque. De France sont venus des mandatés des syndicats de Paris et du Nord (chapellerie, construction, textile) et Alfred Rosmer en tant qu’observateur pour le compte de la Vie ouvrière. Pour la Grande-Bretagne il y a, outre l’ISEL, des délégués de cinq syndicats locaux et de deux Trade councils (unions locales de syndicats, équivalent des Bourses du travail), et l’Anglais Bowman représente la Fédération ouvrière régionale brésilienne. Le syndicat des employés de cafés de La Havane (Cuba), ainsi que deux organisations argentines rivales, la FORA et la CORA4, ont envoyé des mandats écrits. L’Association des syndicats libres autrichiens et le Groupe syndicaliste révolutionnaire polonais n’ont pas pu envoyer de mandatés. Un membre des IWW états-uniens et l’anarcho-syndicaliste russe Alexandre Schapiro assistent au congrès sans être mandatés. En tout, trente sept délégués représentent soixante organisations, comptant environ 220 000 membres.

L’ordre du jour est très long, et n’a pas pu être traité intégralement par toutes les organisations. Des divergences laissent déjà présager que la recherche de consensus sera laborieuse. Deux résolutions protestant contre la répression à laquelle font face les syndicalistes et grévistes en Irlande et au Portugal sont adoptées, puis l’on passe à la lecture des rapports nationaux, qui occupe plus de deux jours. Vient ensuite l’élaboration d’une déclaration de principes, sorte de plate-forme théorique et tactique commune. Le débat s’engage alors sur la question de l’Etat, et l’on peut en retenir plusieurs remarques, intéressantes quant au processus d’émergence du courant spécifiquement anarcho-syndicaliste. Premièrement, l’idée selon laquelle si le parlementarisme est une tactique a proscrire, en revanche l’action – évidemment directe – politique peut porter ses fruits, doit être développée, et qu’elle est déjà largement mise en pratique, ne serait-ce que dans le cadre de l’anti-militarisme. Deuxièmement, la notion de « système capitaliste », proposée par l’Italien De Ambris pour qualifier la structure de domination économique et politique de la société, idée critiquée au motif qu’elle atténuerait le caractère anti-étatique du mouvement. La déclaration finalement adoptée – à l’unanimité – consacre d’une part le rejet de toute forme d’Etat, et d’autre part affirme que la lutte syndicaliste est strictement économique. Elle se termine par une invitation au prolétariat mondial à « s’organiser dans des syndicats industriels autonomes ».

Le congrès passe ensuite à la question principale, celle qui a dominé les débats préalables : l’organisation internationale. Deux propositions sont sur la table : Celle de la FVdG allemande, de créer une véritable internationale, dont le NAS hollandais se déclare prêt a assumer le secrétariat, et celle de l’USI italienne, voulant seulement « définir une relation permanente ». Le débat porte longuement sur le risque de scissions que pourrait engendrer une internationale distincte de l’ISNTUC dans les pays ou le schisme ne s’est pas encore produit, particulièrement en France. Il apparaît de plus en plus clairement que cette perspective s’impose, selon leur situation nationale, aux uns (CNT, FORA, FVdG, NAS, SAC) comme une urgente nécessité, et aux autres (USI, CGT) comme une dangereuse menace, tandis que d’autres encore hésitent ou ne sont pas mandatés pour prendre cette décision. De Ambris soutient que créer une internationale serait ambitieux et prématuré, qu’en l’état actuel il vaut mieux un bureau et un bulletin d’information auxquels les syndicalistes unitaires puissent souscrire et participer sans risque d’exclusion, et reporter la question de l’Internationale à un prochain congrès. C’est autour de cette proposition que se forme un consensus. La localisation de ce bureau cause à son tour une divergence : les partisans de l’Internationale souhaitent le voir à Amsterdam, tandis que les opposants préféreraient l’établir a Paris, « entre des mains plus modérées ».

Le congrès décide finalement de constituer un Bureau international d’information syndicaliste révolutionnaire chargé de centraliser les correspondances, d’encourager la solidarité, d’organiser un prochain congrès, d’éditer un bulletin international et de rémunérer un correspondant par pays, nommé par l’organisation adhérente. Son siège est fixé a Amsterdam, sous la responsabilité du NAS. Faute de temps, les autres points de l’ordre du jour (anti-militarisme, internationale « jaune », émigration, langue internationale, morale et religion) ne peuvent être traités et sont reportés au congrès suivant, prévu a Amsterdam. L’événement s’achève par un grand meeting public.

Après coup, comme on pouvait s’y attendre, le congrès de Londres sera critiqué et dénigré par plusieurs organisations sociales-démocrates, mais aussi par la CGT française et par le délégué italien De Ambris5, et salué avec enthousiasme par la plupart des autres syndicalistes révolutionnaires. Ils acclament la déclaration de principes et plus encore la création du bureau, certains allant jusqu’à dire que l’Internationale existe déjà. Le Bureau international commence ses travaux au début de l’année 1914 et édite le Bulletin international du mouvement syndicaliste. Le premier numéro paraît en mars, suivi de seize autres, dont le dernier, en juillet, est ironiquement consacré aux Balkans. Mais la publication disparaît en même temps que la paix en Europe.

Rétrospectivement, l’intérêt et la portée historiques de ce congrès sont :

1) la démonstration de l’existence du syndicalisme révolutionnaire comme un mouvement international et non plus comme une série de tentatives d’importer le « modèle français » dans quelques pays;

2) la formulation – via la déclaration de principes – de bases théoriques et tactiques dans des termes plus explicites que ceux de la charte d’Amiens, notamment concernant l’anti-étatisme, mais aussi la possibilité légitime de s’organiser en dehors des syndicats réformistes majoritaires; 

3) la création d’un lien organique permanent entre les organisations du même mouvement, dont une grande partie se retrouvera dans l’Association Internationale des Travailleurs dix ans plus tard. Au vu de cela on peut considérer que les syndicalistes réunis a Londres se rapprochent considérablement de ce que sera l’anarcho-syndicalisme. Le terme commence d’ailleurs a être revendiqué dans cette période, en Espagne et en Russie. La guerre d’abord, puis la révolution russe et son impact international, soulignant toutes deux les contradictions du mouvement syndicaliste révolutionnaire, vont néanmoins retarder la concrétisation du projet internationaliste.

F.G.

Il existe peu de textes en français concernant le congrès de Londres, les informations de cet article sont tirées du mémoire L’Association internationale des travailleurs avant la guerre civile d’Espagne, (François Guinchard, Éditions du Temps Perdu, 2012). On trouvera les positions de la CGT française et le compte-rendu de Rosmer dans le journal la Vie Ouvrière (numéros du 20 février, 5 et 20 septembre, 20 octobre 1913), et d’autres comptes rendus dans Les Temps Nouveaux du 18 octobre 1913 et La Bataille Syndicaliste des 27 et 30 septembre et 1er, 3 et 5 octobre 1913). Pour une analyse plus approfondie on lira en anglais l’article de Wayne Thorpe, « Towards a Syndicalist International : the 1913 London Congress », International review of social history, vol. XXIII, 1978, part 1, pp. 33-78 (mis en ligne sur le site : http://www.pelloutier.net/dossiers/dossiers.php?id_dossier=214).

Déclaration de principes du congrès de Londres en 1913

Le premier congrès international syndicaliste reconnaît que la classe ouvrière de tous les pays souffre de la même répression par l’État et le système capitaliste. Par là il se déclare pour la lutte de classe et la solidarité internationale, pour l’organisation indépendante de la classe ouvrière sur la base d’union fédérative.

II tend à l’élévation immédiate matérielle et morale de la classe ouvrière jusqu’à la destruction finale du capitalisme et de l’État.

Il déclare, ensuite, que la lutte de classes est une conséquence nécessaire de la possession privée des moyens de production et de distribution, et par là il tend à la socialisation de cette possession.

A ceci appartiennent l’élaboration et le développement des organisations syndicalistes, dans ce sens qu’elles sont en état de faire avancer la fabrication et la distribution de produits dans l’intérêt de la société entière.

Constatant que les syndicats internationaux ne pourront faire la lutte de classe avec succès que lorsque les ouvriers cesseront de se diviser sur des différences politiques et religieuses, le congrès déclare que la lutte, comme telle, ne pourra être que d’un caractère économique, exprimant par cela que les organisations ne tâchent pas d’atteindre leur but par des collaborations de gouvernement et leurs assistants, et qu’elles s’appuient seulement, par excellence, sur le pouvoir des organisations et leur action directe.

En conséquence de cette déclaration, le congrès fait appel aux travailleurs de tous les pays pour s’unir en organisations industrielles fédératives indépendante sur la base de la solidarité internationale avec le but de délivrance complète de la répression par l’État et le capitalisme.

Christian Cornelissen

Christian-cornelissen(Christian Cornelissen)

(extraits de la notice biographique du Dictionnaire international des militants anarchistes, http://militants-anarchistes.info)

Instituteur dans une école primaire de la province de Zélande, Christian Cornélissen collabore dès la fin des années 1880 à Recht voor Allen, le périodique officiel de la Sociaal-Democratische Bond, dont il devient en 1891 un des principaux militants aux côtés de Ferdinand Domela Nieuwenhuis. Après l’éclatement de la SDB en 1894 et la formation du parti social-démocrate hollandais (Sociaal-Democratische Arbeiders Partij, SDAP), il s’investit dans la révolutionnaire Socialistenbond. Il assiste en 1891 au Congrès de Bruxelles de la Seconde Internationale, où il participe à l’élaboration d’une motion antimilitariste soutenue par l’extrême-gauche du congrès. En 1893, Cornélissen fut un des fondateurs de la centrale syndicale hollandaise Nationaal-Arbeid-Secretariaat (NAS), fortement influencée par le syndicalisme révolutionnaire français. La même année, il avait fait la connaissance de Fernand Pelloutier au Congrès de Zurich de la Seconde Internationale, au cours duquel il se solidarisa avec les anarchistes expulsés des séances du congrès. La décomposition de la Socialistenbond face à la montée en puissance des sociaux-démocrates ainsi que ses rapports de plus en plus tendus avec Domela Nieuwenhuis poussa Cornélissen à s’établir à Paris au printemps 1898.

En France, Cornélissen reprit contact avec les principaux militants anarchistes et syndicalistes qu’il avait rencontré dans les congrès internationaux. Il participa aux activités du groupe anarchiste des ESRI (Etudiants socialistes révolutionnaires internationalistes), notamment lors de la préparation du congrès international antiparlementaire qui devait se tenir à Paris en 1900, mais qui fut interdit (les communications prévues furent cependant publiées par Les Temps nouveaux). Très discret dans ces activités organisationnelles par crainte de l’expulsion, Cornélissen fit preuve d’une activité journalistique importante. Sa connaissance de l’anglais et de l’allemand en plus du français et du néerlandais le firent utiliser par la CGT pour servir d’interprète à de nombreuses reprises. Il collabora au Libertaire et aux Temps Nouveaux ainsi qu’à la Voix du peuple et tint la rubrique internationale de la Bataille syndicaliste (il signait souvent ses articles sous le pseudonyme de Rupert, en référence au nom de sa femme Lilian Rupertus). Selon la police il était membre en 1910 de la Fédération Communiste Révolutionnaire et de l’organisation de Combat (groupe d’autodéfense).

De par ses liaisons avec le mouvement libertaire hollandais, Cornélissen fut une des chevilles ouvrières de la préparation du congrès anarchiste international qui eut lieu en 1907 à Amsterdam. A cette occasion, il organisa une rencontre entre syndicalistes libertaires afin de les persuader de systématiser les liaisons internationales entre les mouvements se réclamant de cette tendance. A l’issue de ce congrès, il édita et rédigea pratiquement seul un Bulletin international du mouvement syndicaliste (1907-1914) qui reste une mine d’information sur cette mouvance internationale. Il joua également un rôle central dans la préparation du congrès syndicaliste révolutionnaire international de Londres de 1913. C’est à cette occasion qu’il s’opposa à Monatte et à l’équipe de la Vie ouvrière, qui refusaient d’envisager la constitution d’une Internationale syndicaliste révolutionnaire.

En 1914, Cornélissen s’engagea avec passion dans le soutien à l’Union sacrée, développant dans plusieurs brochures des arguments anti-allemands qui l’isolèrent des milieux libertaires. Après la guerre, bien que fidèle jusqu’à la fin de sa vie à ses convictions syndicalistes révolutionnaires, il s’investit plus particulièrement dans son activité scientifique.

Cornélissen s’intéressa très tôt aux questions économiques. Il lut dès la fin des année 1880 les œuvres de Marx, d’Engels et des grands théoriciens socialistes mais également les économistes classiques. En 1891, il prépara la première traduction hollandaise du Manifeste communiste. Désireux de réfuter la théorie de la valeur des économistes classiques mais également de Marx, il en vint à élaborer une théorie inductive du salaire qui lui valut une renommée internationale. Ces recherches aboutirent en 1903 à la publication de sa Théorie de la valeur, qui fut poursuivie par l’élaboration de son Traité général de science économique dont l’édition s’étala jusqu’en 1944. Cornelissen est décédé à Domme (France) en 1942.

1L’ISEL cherchait a conquérir les syndicats réformistes de l’intérieur, elle y parvient dans le secteur des mines et des chemins de fer.

2Des sections des IWW apparaîtront par la suite en Australie (1907), en Afrique du Sud (1910), en Grande-Bretagne (1913), en Russie (1917) et au Chili (1919), mais aussi au Mexique, en Suède et dans d’autres pays.

3En effet, une partie des révolutionnaires (dont Monatte, A. Merrheim, A. Rosmer, G. Dumoulin), autour du journal La Vie ouvrière, se rapproche dans la pratique des réformistes (défense de la centralisation, atténuation des discours et pratiques révolutionnaires), au motif d’adaptation aux évolutions du capitalisme, favorisant l’évolution de la CGT qui aboutira à « l’union sacrée ».

4La Confederación obrera regional argentina est une organisation concurrente de la FORA, créée en 1909 par des socialistes, influencés notamment par Georges Sorel. Le nom a été volontairement été choisi pour créer une confusion au sein du mouvement ouvrier argentin. La CORA se dissout dans la FORA en 1915 mais provoque immédiatement une scission. La branche « syndicaliste révolutionnaire » prendra plus tard le nom d’Unión sindical argentina, et évoluera vers le réformisme pour finalement s’intégrer au régime péroniste dans les années 1940. Cf. Hélène Finet, Le débat «Anarchie ou syndicalisme» à la lumière de la réalité argentine : la F.O.R.A face aux tentatives d’ union syndicale du mouvement ouvrier (1901-1915), Orthez, Editions du temps perdu, 2007.

5Qui un mois plus tard sera élu député, un an plus tard il votera en faveur de la guerre, et après celle-ci il se rapprochera du fascisme pour finalement rejoindre Gabriele D’Annunzio dans son coup d’Etat a Fiume, dont il redigera la constitution. Un autre délégué italien au congrès de Londres, Edmondo Rossoni, qui en 1914 participe à la scission de l’USI fomentée par De Ambris, deviendra dirigeant du syndicat unique du régime fasciste, de sa création à 1929.

Article réalisé en collaboration avec F. Guinchard, auteur du mémoire « L’association internationale des travailleurs avant la guerre d’Espagne (1922-1936)

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