Chine: Les autorités reculent après une émeute contre la construction du plus grand incinérateur d’Asie

District de Yuhang, Hangzhou (Chine)

AFP, 11.05.2014 16:52

Les autorités chinoises ont promis dimanche d’interrompre un projet de vaste incinérateur à ordures dans l’est du pays, au lendemain d’une manifestation violente.

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« Les habitants locaux seront invités à donner leur opinion avant que le projet débute officiellement », a assuré le gouvernement de Yuhang, un district de la grande ville orientale de Hangzhou. « Le chantier de l’incinérateur sera interrompu (…) si nous n’obtenons pas le soutien de la population », ont ajouté les autorités, ce recul pouvant être interprété comme une victoire temporaire pour les riverains.

Ce projet d’usine d’incinération à Hangzhou suscite en effet une vive résistance chez les habitants, qui affirment qu’elle serait nocive pour leur santé. Leur dernière manifestation samedi a provoqué le déploiement de centaines de policiers. Des heurts ont éclaté qui ont fait des dizaines de blessés, ont rapporté les médias officiels. Selon l’agence de presse Chine nouvelle, plus de 30 voitures ont été renversées, les protestataires ont incendié deux véhicules de la police et en ont détruit quatre autres.

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Les chinois plus conscients des conséquences sur leur santé

Des photos circulant dimanche sur les réseaux sociaux montraient une voiture de la police renversée, ainsi que des manifestants tentant de faire de même avec un autre véhicule. L’un des contestataires a affirmé que la mobilisation se poursuivait, les manifestants ne faisant pas confiance aux promesses des autorités locales. « Nous ne les croyons pas. Notre manifestation a attiré l’attention du gouvernement central, et le niveau local, sous pression, a pris (ces engagements) pour éteindre temporairement la controverse et éviter de se faire punir par sa hiérarchie », a expliqué ce protestataire, M. Li. Selon lui de « nombreux » manifestants ont été blessés, « frappés par les policiers, mais personne n’est décédé ».

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« Si le gouvernement reprend le projet, nous continuerons à nous y opposer », a dit M. Li. L’agence Chine nouvelle, citant dimanche Xu Wenguang, chef du Parti communiste du district de Yuhang, a confirmé qu’une concertation avec la population locale allait s’engager, impliquant les habitants « à tous les stades des procédures préliminaires du projet ». Les Chinois, en particulier les classes moyennes émergentes, sont devenus plus conscients des conséquences sur leur santé de certaines installations industrielles et la contestation se renforce, inquiétant même le gouvernement. Hangzhou, construit autour du célèbre lac de l’Ouest, est une destination touristique majeure en Chine, mais la ville de 9 millions d’habitants a ces dernières années perdu de son attrait à cause de ses problèmes de pollution atmosphérique. La métropole a annoncé en mars qu’elle allait restreindre le nombre de plaques d’immatriculation qui y sont officiellement délivrées, afin de réduire la circulation automobile.


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La défense de l’environnement tourne à l’émeute en Chine

Le Figaro, 12/05/2014 à 14:55

Des habitants de Hangzhou, près de Shanghai, ont protesté pendant trois jours contre un projet d’incinérateur. Une manifestation en faveur de l’environnement qui a, une nouvelle fois, tourné à l’affrontement avec la police.

Ce n’est pas la première fois qu’une manifestation contre la pollution se solde par des actes de violences en Chine. Du 9 à 11 mai, près de 5000 habitants de Hangzhou (à l’ouest de Shanghai) qui manifestaient contre la construction d’un site d’incinérateur dans l’ouest de la ville, ont affronté la police. Plusieurs personnes ont été blessées et une dizaine de voitures ont été renversées. « Ce rassemblement de masse a bloqué les transports en commun et les criminels ont attaqué des voitures, assiégé les policiers et blessé des civils », ont indiqué les autorités de Hangzhou. Dans le langage très formaté de la police locale, qui affichait sur la Toile les photos de 25 suspects recherchés, cette manifestation a été décrite comme une émeute.

Fin mars, la ville a dévoilé le projet de construction d’un incinérateur dans le village Jiufengcun, connu pour son implantation du thé vert Long Jing en Chine. Cette initiative a immédiatement suscité une vive contestation chez les habitants, inquiets des effets que la pollution de l’air aurait sur leur santé et leurs récoltes. Le 24 avril, ils ont déposé à la municipalité une pétition- qui a rassemblé 20.000 signatures- pour tenter d’arrêter ce projet. Alors qu’ils n’avaient toujours pas reçu une réponse claire de la municipalité, des villageois ont été alertés par une rumeur selon laquelle la construction du site d’incinérateur avait secrètement commencée. Des habitants se sont alors rassemblés pour bloquer des voitures et des machines de chantier à l’entrée du site.

Face à la protestation du public, la municipalité de Hangzhou a fini par céder, en déclarant qu’elle ne s’engagerait pas dans la construction du site « sans l’accord du public ». Elle a également assuré que la construction d’incinérateur est un moyen courant dans le traitement des ordures, et a promis d’adopter de nouvelles technologies de pointe, sans rassurer les habitants. « Nous faisons confiance à la technologie, mais pas aux contrôles du gouvernement », indiquent certains manifestants.

« Pas dans mon jardin »

Depuis une décennie, les manifestations en faveur de l’environnement se sont multipliées en Chine, conduisant souvent à des heurts avec la police. Les derniers affrontements remontent à un mois, quand plus d’un millier d’habitants de la ville de Maoming, dans le Guangdong, se sont réunis devant la mairie pour réclamer l’abandon d’un projet d’installation d’une usine de paraxylène.

Chaque année, près de 90.000 rassemblements de masse ont lieu en Chine pour protester contre la corruption, la pollution et les expropriations de terre. Depuis 1996, le nombre de manifestations pour l’écologie en Chine est en hausse de 29% par an. Le phénomène « not in my backyard » (pas dans mon jardin) », devient l’un des plus gros problèmes du gouvernement chinois », commente un journaliste de China Youth Daily, sur son compte Weibo, le réseau social le plus fréquenté en Chine.


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Violente rébellion dans l’est de la Chine contre un projet d’incinérateur

LE MONDE | 12.05.2014 à 14h57

Jusqu’à fin 2013, Mme Pan tenait un salon de soins du visage dans sa région natale, le district de Yuhang, dans l’est de la Chine. Attentive aux discussions de ses clients, dont certains étaient des officiels locaux, elle avait eu vent, depuis deux ou trois ans, du projet de construction d’un incinérateur.

Ce serait le plus grand d’Asie, disait-on dans ce coin pourtant réputé pour son thé vert, le long jing, ses flûtes taillées dans le bambou et ses paysages ruraux, contrastant avec l’agitation de la capitale provinciale, Hangzhou. Tandis que la presse locale ignorait soigneusement le problème, l’esthéticienne se faisait son opinion avec la seule source d’informations disponible, les conversations entendues dans son salon. « J’entendais que c’en était fini du Yuhang, que même la santé de nos enfants serait menacée par la pollution de l’eau », se souvient cette femme, interrogée par téléphone.

Comme nombre de ses voisins, Mme Pan s’est rendue à la manifestation qui a dégénéré en affrontements avec la police, samedi 10 mai au Yuhang – 29 membres des forces de l’ordre et dix manifestants ont été blessés, selon l’agence de presse officielle. Ce soulèvement citoyen illustre la difficulté à traiter les déchets dans des villes chinoises en pleine expansion.

« DES VOITURES DE POLICE ONT ÉTÉ RETOURNÉES »

En 2011, la Chine avait annoncé son intention de construire 300 nouveaux incinérateurs en une demi-décennie. De quoi permettre de traiter non plus 12 % mais 30 % des déchets chinois par incinération, une méthode requérant moins d’espace et réputée moins polluante et odorante que les décharges.

Mme Pan regrette les débordements autant qu’elle doute du bilan officiel, certaines rumeurs évoquant des morts. « Des voitures de police ont été retournées, ce n’est pas une bonne chose, mais les gens étaient furieux », estime-t-elle. Le gouvernement local a annoncé, dimanche, que les habitants seront invités à donner leur opinion avant le lancement de l’incinérateur et que le projet sera suspendu si la population ne l’approuve pas.

C’est précisément ce type de consultations qui a fait défaut jusqu’alors au Yuhang. Au mois de mars, des manifestations similaires s’étaient également achevées en émeutes à Maoming, une ville du Sud-Est chinois qui devait accueillir un complexe pétrochimique de production de paraxylène. Comme au Yuhang, les habitants se plaignaient de n’avoir été ni consultés ni informés, puis d’avoir été repoussés à coups de matraques après être descendus dans la rue. Et, comme au Yuhang, les autorités locales annoncèrent à la hâte, après le soulèvement, que le projet serait suspendu si la population s’y opposait.

« PROTÉGEZ NOS MAISONS ! », IMPLORENT DES RETRAITÉS

Une amie de Mme Pan, habitant elle aussi à proximité du site retenu pour l’incinérateur, Mme Ma, explique que les autorités locales ont été sourdes aux demandes des habitants, jusqu’à ce samedi de violence. Chaque jour depuis la fin avril, certains de ses voisins se rendaient devant le siège de l’administration locale. Des retraités en étaient même venus à s’agenouiller devant les cadres locaux, implorant : « Protégez Yuhang, protégez nos maisons ! » Le chef de canton leur rétorqua qu’il n’avait de toute façon pas le pouvoir de décision. Puis, le 1er mai, la police plaça en détention un riverain qui suivait le dossier de plus près, M. Zhang. Ce dernier expliquait à la communauté qu’aucune étude environnementale n’avait été réalisée.

Tout juste un journal avait-il mentionné le faible nombre d’habitants à proximité du site, tandis que la municipalité envoyait des SMS et que les membres du comité de quartier faisaient du porte-à-porte pour tenter de décourager les habitants d’aller manifester. Pour Mme Ma, ce déni a mis le feu aux poudres : « Ils pensaient que nous étions morts, ou quoi ? »

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