Sur la légitimité de la violence révolutionnaire

« S’il y a des conflits armés entre les pouvoirs réactionnaires et les masses en révolte, les tenants de l’action révolutionnaire non-violente sont toujours du côté des révoltés, même quand ceux-ci ont recours à la violence.«   –  Barthélemy De Ligt (« The Conquest of Violence » / Pour vaincre la violence)

« L’anarchisme, parce qu’il affirme l’indépendance et l’autonomie absolues des forces émancipatrices, récuse toute hiérarchisation des luttes et des forces révolutionnaires, affirme leur libre association et la libre détermination de leurs raisons de lutter. » – Daniel Colson, Petit lexique…

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Reprenons les rues, et aussi le débat !

Face aux mobilisations qui ont eu lieu cette semaine dans toute la france après la mort d’un manifestant dans le Tarn, le pouvoir a décidé d’attaquer sur le terrain de la répression et de la communication. Les journaux titrent sans exception sur « la violence » dans les manifestations. À les écouter, une bande de vilain-es casseur-euses mettent les villes à feu et à sang. Comme à Clichy en 2005, Villiers-le-bel en 2007 ou encore Ferguson cette année (pour ne citer que quelques exemples), l’État et les médias choisissent les termes du débat.

Les organisations et partis politiques de « gauche »1 n’y voient que du feu, et, plutôt que de dénoncer les violences d’un système qui écrase, exploite, humilie, mutile, assassine partout dans le monde chaque jour, préfèrent pleurer sur les quelques vitrines tombées sous les coups d’une colère plus que légitime ! Finalement, ces organisations qui se targuent d’être citoyennes (elles en ont bien de la chance, n’est pas citoyen-ne qui veut…), ne sont rien de plus que des courroies de transmissions du pouvoir.

 

Beaucoup de ces auto-proclamé-es « représentant-es de la société civile » ont exprimé leur crainte que les bris de vitrines n’occultent la question du meurtre de Rémi par la police et ne montre qu’une image négative des mouvements en cours (contre les violences policières, contre les grands projets inutiles, etc.). Ce sont elles et eux, qui, en axant leur communication sur la condamnation des « violences » biaisent le débat.

 

Il-les veulent condamner la violence ? Qu’il-les condamne alors la violence que beaucoup d’entre nous subissons dans ce monde. Les entendre pleurnicher sur quelques vitrines alors que quelqu’un a été assassiné par la police qui n’a pas d’autre rôle que de protéger les intérêts d’un système qui laisse crever de faim des milliers de personnes dans le monde chaque jour est plus qu’indécent !

Ont-illes condamné la violence de l’État quand Djamal s’est donné la mort devant Pôle Emploi l’an dernier ?

Ont-illes condamné la violence de la police aux frontière quand Abdelhak est mort cet été lors son transfert vers l’aéroport de Roissy pour l’expulser ?

Ont-illes condamné la violence de la police qui a tué Zyed et Bouna en 2005 ?

Ont-illes condamné la violence de ces policièr-es qui ont tué Serge, une personne autiste, qu’illes venaient l’interpeller car il secouait le portail de sa voisine en 2011 ?

Condamnent-illes la violence d’un système pénitentiaire qui pousse 1 personne tous les 3 jours à se suicider dans les prisons françaises, qui laisse des personnes mourir en prison faute d’accès aux soins médicaux ?

La violence d’un système scolaire qui humilie et exclue les pauvres et les précaires ?

La violence de la prise en charge psychiatrique qui enferme, cachetonne, fiche et contraint les personnes psychiatrisées ?

La liste est incomplète et serait encore bien longue… Les violences du capitalisme sont le lot de bon nombre d’entre nous.

 

Ces organisations et partis pensent qu’en appelant pas à manifester il-les choisissent le camp des personnes responsables et respectables.

En se désolidarisant aujourd’hui de celles et ceux qui tentent de construire une mobilisation contre les violences d’État il-les font preuve d’une irresponsabilité totale et acceptent d’être dans le camp des celles et ceux qui ont du sang sur les mains.

1.Celles de droite ne sont pas en reste, mais ça tout le monde le savait déjà.

Source: https://nantes.indymedia.org/articles/30403

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Je tiens à apporter mon point de vue. Personnellement, la plupart de mes actions ont été non-violentes en 7 ans de militantisme à Besançon. Je suis quelqu’un de très ouvert, qui privilégie toujours le dialogue, dans la mesure ou celui-ci est possible. Seulement, je ne suis pas dupe…

Par exemple, prenons l’État et le capitalisme, qui, pour moi, sont des maux qui font souffrir atrocement l’humanité. Imaginons qu’avec une poignée d’individus (ou avec la masse) on dise, STOP!

Que l’on décide de se battre contre cette machine folle qui nous court après, en broyant nos vies au passage, déchirant nos rêves, nous enfermant dans une réalité dont la seule voie est la fatalité…

Quelle sera la réaction d’un système aussi profondément inhumain, aussi profondément mortifère, aussi profondément sournois, aussi profondément pervers, aussi profondément dégueulasse que le capitalisme ??????????!!

J’ai pas besoin de faire de dessin…

La non-violence, pour certain.e.s, ça fait des décennies qu’on essaye dans cette voie et on a presque tout perdu! Regardez les grands dirigeants syndicaux, qui se gavent à la même table que nos ennemis héréditaires. Regardez lors du conflit des retraites, lorsque les routiers ont bloqué les raffineries, que nous étions 3,5 millions à manifester dans toute la France le 19 octobre 2010, que la grève coûtait entre 200 et 400 millions d’euros par jour au patronnat… La CGT a lâché les cheminots entraînant la fin du mouvement. Je n’oublierai JAMAIS cette trahison.

Qu’est-ce qu’a fait le système? Il a utilisé la force !  Il l’a toujours utilisé dans le passé comme il l’utilise encore dans le présent. Il nous l’a encore [tragiquement] prouvé récemment à Sivens…

Un état qui assassine sa jeunesse (Rémy Fraisse, Zyed, Bouna… et tant d’autres) est un état voué à sa perte prochaine !  On ne peut pas se concilier avec un système comme ça, nos intérêts à nous les petites gens, ne sont pas les leurs à eux les nantis ! Ces salauds de riches qui nagent dans le fric qu’ils nous ont volé !

Alors, bien sûr, en tant qu’anarchiste et même simplement en tant qu’être humain, je ne pense pas à courir le couteau entre les dents, tuant tout les bourgeois sur mon chemin, égorgeant leurs enfants, sanguinaire et assoiffé de violence… JE DÉTESTES LA VIOLENCE PROFONDÉMENT !!

La violence, je suis très bien placé pour en parler. Je l’ai connu depuis ma plus « tendre » enfance et ce jusqu’à présent.  La malveillance des «adultes», la violence des institutions, la violence scolaire, la violence raciste, la violence religieuse, la violence étatico-policière, la violence sociale, la violence administrative…

C’est certes paradoxale, en tant qu’anarchiste je suis pour la construction d’une société non-violente, mais étant enfermé à l’intérieur d’un système dont les bordures sont la coercition, le seul moyen pour moi de passer cet obstacle, c’est (hélas) d’utiliser la violence.

La fin c’est la non-violence, la clef c’est l’anarchie, le moyen c’est la violence comme la non-violence.

Par contre, je conçois très bien que pour des personnes, l’utilisation de la violence (entendons nous bien, de la juste force nécessaire pour écarter notre obstacle) soit impossible. Je ne suis pas contre des initiatives non-violentes non plus, il se peut très bien que je m’y inscrivent si elles sont pertinentes.

Mais si je dois me défendre, je n’hésiterai pas à utiliser la violence.

Je suis pour que chacun.e se respecte dans son mode d’action, car nous aurons besoin de tout le monde.

Je pense aussi que sur cette question, aucun des deux n’a totalement raison ni totalement tort.

À nous donc de dépasser cette question et d’apprendre à accepter une part de l’autre.

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