#Besancon : Dans les sous-sols de l’hôpital – Témoignage sur la violence en milieu hospitalier

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Voici le récit bouleversant qu’un’ ami’ à moi m’a livré cet après-midi  en pleurant, suite à une maladresse de ma part qui lui a fait remonter cet atroce souvenir de maltraitance qu’il a vécu’ à l’hôpital St-JACQUES. Avec son autorisation, je publie ici le texte qu’il a écrit bien après les faits.

!! WARNING !! TEXTE NON-AGRÉABLE À LIRE !!

 

 

C’était il y a seize ans, j’avais vingt ans. Mon amant m’avait imposé des rapports non protégés.

Quand je lui avais demandé ce qu’étaient les petites excroissances sur sa verge, il m’avait répondu « oh, c’est rien ». C’était des condylomes. Je culpabilisais de tromper mon compagnon, nous avions un bébé de quelques mois. Quand j’ai vu que j’avais les mêmes excroissances, je me suis sentie sale, et coupable. Je suis allée consulter la gynécologue d’un lieu appelé « adosphère ».

Elle a diagnostiqué les condylomes et m’a prescrit des ovules abrasifs. J’ai appris depuis que c’était un traitement complètement obsolète, qui faisait simplement disparaitre les crêtes, rendant un réel traitement plus difficile. Je suis allée au dispensaire. Là, on m’a remis entre les mains d’un stagiaire qui a montré un vif dégoût à la vue de ma vulve, et m’a pour seul soin appliqué de la bétadine.

Je suis allée à la consultation gynécologique du CHU. On m’a donné un second rendez-vous avec un autre médecin. Le délai pour avoir un rendez-vous au CHU était d’environ un mois. Quand on m’a opérée, cela faisait six mois que j’essayais de faire soigner ces condylomes sans que personne ne me propose rien d’efficace. J’ignorais à l’époque que le temps jouait contre moi, que les condylomes s’étendaient de plus en plus. Et surtout, on ne m’avait encore donné aucune information sur la nature de mon affection, les moyens de la traiter… ni les risques de transmission. Finalement j’ai eu rendez-vous pour un traitement.

On m’a expliqué qu’il faudrait bruler les condylomes avec un laser.

J’ai montré mon inquiétude, le docteur n’a pas eu la moindre empathie et m’a laissé faire face à ma peur. Avec le recul je me demande quelle était la part d’indifférence et la part de sanction dans l’attitude des médecins à mon égard. Une jeune mère avec une MST…

Le jour dit, je me suis présentée à mon rendez-vous. Une infirmière m’a demandé de la suivre, m’a fait descendre des escaliers de béton nu, poussiéreux, puis m’a guidée dans un labyrinthe de couloirs de plus en plus étroits, mal éclairés, vétustes à faire peur. Au bout d’un couloir, devant une porte, elle m’a demandé d’enlever mes vêtements et de mettre une blouse, des chaussons et une charlotte. Puis je suis entrée. La salle du laser était immense et presque vide, tapissée d’un carrelage marron qui évoquait l’ère soviétique. Au beau milieu, trônait un engin de la nasa. Un canon gigantesque, pointé, à quatre mètres de là, sur une table d’examen gynécologique. Dans un angle, une cabine vitrée.

On m’a dit de m’installer sur la table. Mes gestes étaient lents, j’étais terrifiée. J’ai placé mes pieds dans les étriers, les cuisses écartée en face du canon, comme je serais allée au poteau d’exécution. Et j’ai attendu. L’infirmière a dit « Le docteur arrive ». Je ne l’avais jamais rencontré. Je ne saurais pas son nom, personne n’ayant jugé utile de me le donner et lui-même ne s’étant pas présenté. Je ne croiserais pas non plus son regard, toujours posé sur mon corps. Il est entré dans la pièce en annonçant :

 » On ne va pas vous opérer aujourd’hui. «    » Ah ?  »  » On va vous faire une biopsie. » J’osais à peine demander :  » C’est quoi ?  »  » On va prélever un petit morceau de chair dans votre vagin. »

Il avait annoncé ça gaiement, d’une gaité qui ne me concernait pas. Il me parlait de son travail, pas de moi.

J’osai encore :  » Est-ce que ça fait mal ?  » Il a ri, il s’est moqué de moi comme d’un enfant qui s’inquiète pour rien. Mais nooon ma p’tite dame, ça fait pas du tout mal vous allez voir. Ah ah, elle croit que ça fait mal.

Il a introduit des instruments dans mon vagin, en mécanicien sûr de lui. Puis il m’a dit de tousser. Il a sorti sa pince de mon vagin et a déposé quelque chose dans le haricot que tenait l’infirmière, présence invisible. Alors ! Vous voyez que ça faisait pas mal. Hein ? Vous avez eu mal ? Je n’en savais rien, j’étais sonnée, mais le ton était une injonction à répondre que non. Ce que j’ai fait. Bon, vous voyez bien que ça fait pas mal. Tient, on va vous en faire une deuxième. Pince. Toussez. Haricot.

Ensuite il était parti, je me souviens seulement que j’ai eu du mal à descendre de la table d’examen. Mon souvenir suivant est dans un couloir de l’hôpital, loin de ce sous-sol. Je cherche la sortie mais je suis trop confuse, les panneaux ne font plus sens pour moi. Une aide-soignante m’aborde, inquiète, me force à m’assoir malgré mon envie de partir au plus vite. Elle est gentille, elle me demande ce qui ne va pas. Je pleure, je n’arrive pas à répondre. Elle insiste pour que je mange une compote, ce que je fais laborieusement.

Puis j’ai d’autres rendez-vous, et c’est l’opération. J’arrive la veille au soir, on me donne une chambre seule, l’interdiction de fumer, un petit bol de soupe pour tout repas, et la consigne de me faire une douche à la bétadine. Je me rends, seule dans la pénombre, aux douches de l’étage. J’ai l’impression que tout cela, l’opération, les préparatifs, moi-même, sommes une sorte de secret, à l’écart de la société.

La bétadine pue, me laisse la peau tachée de jaune.

Mon corps est une chose sale à salir encore plus. Je suis sur une civière, j’entends quelqu’un annoncer à quelqu’un d’autre que les résultats de la biopsie ne sont pas arrivés.

Deux mois après. J’entends : Tant pis, on l’opère quand même. En plus d’être cruelle, cette biopsie aura été inutile. L’anesthésiste branche un flacon à ma perfusion. Je lui demande : C’est quoi ? Il me répond gaiment « C’est l’apéro ! » et s’éloigne aussi sec. Je n’en saurai pas plus.

Je suis dans la chambre. Une jeune femme vient me voir, un écritoire sur le bras. Elle m’explique qu’elle est chargée d’un dialogue, me demande quelques renseignements, puis me dit qu’elle peut me répondre si j’ai des questions. C’est la première fois qu’on me propose de poser une question. Je demande si on peut avoir des condylomes dans l’anus. Elle me dit, embêtée : « Ah oui, zut, on n’a pas pensé à regarder. » Du coup, j’apprends qu’elle était présente à mon opération. Elle me donne l’adresse d’une proctologue en ville. Elle repart en me disant que je devrai refaire une visite à l’hôpital, « juste pour vérifier que je suis totalement guérie ».

Un an plus tard je recevrai un courrier de l’hôpital pour me rappeler qu’il faudrait que je fasse une visite de contrôle. La ou les personnes qui m’ont opérée s’y sont prises comme des bouchers. Pendant une semaine, je marche comme un cowboy, bourrée d’antidouleurs assez forts pour me donner la nausée. La proctologue m’examine et m’envoie chez un confrère plus spécialisé.

Quand il me reçoit, il sort son agenda au bout de cinq minutes, m’annonçant que je serai opérée la semaine suivante, et m’expliquant qu’il ne faut pas attendre car les condylomes se multiplient et s’étendent. Il appelle un gynécologue pour organiser une opération simultanée de mon vagin et de mon anus.

L’opération se déroule dans une clinique, en ambulatoire. Je suis bien traitée. Pas de diète ni de douche à la bétadine.

Mes médecins ont la main légère, heureusement car les brulures dans l’anus sont très douloureuses. Il me faudra subir cinq opérations en tout avant que les condylomes aient tous disparu. Après l’opération, je passe deux jours sans trouver le courage de me faire les soins. L’hôpital ne m’en avais pas prescrit, j’ai peur de ne pas savoir m’y prendre. Je regarde ma vulve dans un miroir pour la première fois de ma vie. Je vois un champ de bataille plein d’excroissances pendouillantes et de creux gluants.

J’appelle la clinique, en pleurs. Le gynéco me dit de passer tout de suite, qu’ils me feront des soins sur place. Puis il me prescrit une infirmière qui vient me les faire chaque jour et m’apprend à les faire toute seule. Lors de l’une de mes visites, le proctologue, qui m’explique enfin beaucoup de choses, m’apprend que les préservatifs ne suffisent pas à empêcher la transmission des condylomes. Il me dit que les draps ou les serviettes de toilette peuvent suffire à contaminer une autre personne. J’envoie mon ex et mon nouveau petit ami le consulter, ils en ont attrapé tous les deux. Quant à mon fils, il venait dans mon lit, cul nu, tous les matins depuis des mois. Il a deux ans, il devra être opéré quatre fois.

De ce long cauchemar, c’est l’épisode de la biopsie qui reste saillant. Il m’a fallu dix ans pour appeler ça un viol. De tous ceux que j’ai subi, c’est le seul qui ne passe pas. Le souvenir reste vivace, la souffrance est la même à chaque fois. Récemment, j’ai dit que j’avais été torturée. Je me sens illégitime pour employer ce mot, qui concerne plutôt de très intenses douleurs physiques. Pourtant, c’est celui qui me vient pour parler de ce que j’ai vécu.

Merci de m’avoir lu. Utilisez ce témoignage autant que vous voudrez. En entier, en extraits, résumé, sur internet ou sur papier. Faites savoir ce qui se passe dans les sous-sols de l’hôpital. Je voudrais tellement que ça n’arrive jamais plus.

 

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