Besançon : Bien urbain – le nouveau pavé dans la mare

En 2013, 195.000 euros sont versés dans le gouffre de l’association « le Pavé dans la Mare », chargée de promouvoir l’art contemporain à Besançon. Ça n’a pas empêché l’association de déposer le bilan, car entre les voyages en Chine de ses dirigeants et l’organisation d’événements où l’on faisait de « l’entre-soi », peu d’argent restait pour promouvoir la culture auprès des Bisontin-e-s. Très peu de temps après ce scandale, l’association « Juste ici » se met à organiser le festival « Bien urbain » en 2010. Ils organisent ce qu’ils appellent « un parcours dans et avec l’espace public » en peignant des fresques ici et là mais notamment dans le quartier Battant. Bénéficiant initialement d’un budget de 40.000 euros, en 6 ans il a grimpé à 140.000 euros ! Un dirigeant de cette association a même bénéficié d’un poste au ministère de la culture.

Les raisons de ne pas aimer « Bien urbain » sont nombreuses. D’abord, le budget pharaonique pour des fresques murales de plus ou moins mauvais goût, comme  le chien géant au dessus de la rue Battant, sous lequel était auparavant inscrit : « la propriété », ce qui, à deux pas de la maison natale de P.-J. Proudhon, en plein cœur du quartier historique des anarchistes où nombre d’entre nous vivent, a provoqué une réaction épidermique. Depuis, cette vomissure a disparue, ne laissant que ce chien géant, que je laisse à l’appréciation de chacun-e (moi, je le trouve moche).

Ensuite, il y a le bar qu’ils ouvrent périodiquement au 11 rue Battant, dans les ex-locaux de la C.G.T. (qui, à ma connaissance, est toujours propriétaire*). Ils vendent de l’alcool, sans licence puisque c’est une association ; imaginez donc ce que le bar peut rapporter en un seul mois en plus des subventions, sans compter le tapage nocturne à répétition lors de leurs soirées nocturnes quand d’autres bars du quartier, qui eux payent une licence et des taxes subissent des fermetures administratives sur simple dénonciation d’un voisin pour de bien moins grosses soirées. C’est inadmissible !

*qui, à ma connaissance, est toujours propriétaire : C’est la S.M.C.I. qui est propriétaire, comme par hasard, les grands amis de Fousseret. Comme d’habitude à Besançon, ce n’est que copinage et magouilles en tout genre, sinon tu es rangé dans la case des parias…

Mais aussi, nous sentons la tentative de la mairie de gentrifier ce quartier populaire, en l’embourgeoisant, et « Bien urbain » en est le vecteur. Après avoir recouvert les spots de graffeurs, qui pour certains étaient là depuis des années, et faisaient parti du patrimoine culturel populaire, ils s’en sont pris aux associations et collectifs bisontins en s’attaquant à l’affichage libre. Ils ont vissé des fresques en bois sur les différents points de collage des dites associations. Rappelons d’ailleurs que la mairie de Besançon ne respecte pas la loi en matière d’affichage, peu d’endroits existant au centre-ville ; jusqu’ici elle tolérait l’affichage sauvage pour compenser, mais depuis peu elle ne le tolère plus du tout. Il s’agit là d’un véritable muselage de l’opinion public et d’une volonté claire d’aseptiser notre quartier, avec la complicité de l’association « Juste ici ». Pour rendre « propre » et donner un sens « artistique » au quartier, ils n’hésitent pas à le transformer petit à petit en musée, dans le but d’attirer de gros portefeuilles, ce qui provoque une flambée des prix de l’immobilier. Les pauvres, que la mairie aimerait bien chasser de Battant, ne s’en vont pas pour autant ; ils payent juste leur loyer plus cher qu’avant, trouant un peu plus leur maigre budget.

Pour celles/ceux qui ne connaissent pas Besançon, le quartier Battant, situé sur l’autre rive, à deux pas du centre-ville, est un quartier atypique. C’est aussi le quartier des musiciens, beaucoup de boutiques d’instruments divers.  Le mélange ethnique, social et culturel qui y règne est à peine croyable. On trouve des gens aux origines italiennes, portugaises, marocaines, algériennes, tunisiennes, antillaises, sénégalaises, camerounaises, asiatiques, des métis-ses… Mais aussi des chrétiens, des juifs, des musulmans et de fervent-e-s athées. Le quartier Battant est un des rares exemples de mixité sociale et culturelle ayant réussi en France. Certes ce n’est pas idyllique, il se passe aussi des mauvaises choses, mais pas plus qu’ailleurs. Ayant connu ce quartier dans les années 90, je peux vous dire que c’est plutôt calme maintenant, peu de risque de se faire suriner si tu as une montre en or ; quoi que…

Toute cette richesse, les promoteurs immobiliers comme la S.M.C.I. et les urbanistes de la mairie n’en ont que faire ! Pour eux, seules comptent les affaires. L’association « Juste Ici », comme le disent très bien les affiches apposées par des camarades, se fait l’idiot utile de la gentrification, raflant au passage un bon paquet de fric (40.000€ de la mairie + 100.000€ de la D.R.A.C. et autres + les gains du bar).

Cela fait de « Bien urbain – Juste Ici », le nouveau « Pavé dans la Mare » : Un gouffre à subventions, une succursale (de plus) de la gauche tiède, un fabricant de consensus malgré les apparences « rebelles »  de leur programme 2016, un jouet pour investisseurs immobiliers et un fossoyeur d’espoir. NOUS NE SERONS JAMAIS BIEN URBAIN !

Image prise sur le blog "le Chat Noir Émeutier.

 À lire également : https://lechatnoiremeutier.noblogs.org/post/2016/06/03/bien-urbain-un-bouffon-utile-de-lembourgeoisement-des-quartiers/

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