#Besançon : Une répression d’une violence inouïe contre les étudiant-e-s

Avant-propos

Les propos dans cet article n’engagent que moi et ne reflètent pas une position collective des gardé-e-s à vue. Plusieurs communiqués sortiront par la suite.

Je fais partie des dix-neuf personnes placées en garde à vue ce mardi 14 février aux alentours de 16h30, pour avoir envahi le conseil d’administration de l’université, qui devait mettre en place la sélection à l’entrée en Master. Cette sélection se fera sur dossier et selon des « capacités d’accueil » prédéfinies pour chaque master. L’AMEB, principal syndicat étudiant à la fac de Besançon, s’y oppose en rappelant son attachement à un enseignement supérieur public, de qualité et ouvert à toutes et tous.

En tant que blogueur et militant, j’ai été convié à participer à une action non-violente organisée par les étudiant-e-s. Je me suis rendu sur place et collectivement, nous avons envahi le conseil d’administration. Contrairement à ce qui a été dit, c’est un membre du personnel qui a enfermé les membres du CA, en fermant la porte à clef. Nous, au contraire, nous l’avons ouverte  (seule la serrure a été endommagée).

Dire qu’il s’agit d’une séquestration est faux, je vais le démontrer dans la seconde partie de l’article. Il n’y a pas eu de séquestration, mais de simples barricades (quelques chaises et une table) que nous avons montées dans le but de nous protéger des forces de l’ordre qui se montraient de plus en plus menaçantes. Nous avions d’ailleurs lancé plusieurs appels demandant à ce que monsieur Bahi vienne nous rencontrer, afin qu’il entende les revendications des étudiant-e-s.

De plus, dans une vidéo sur France 3, Mr Bahi parle de l’événement alors qu’il n’y était pas ! Nous restions justement car nous voulions absolument le rencontrer et en aucun cas pour séquestrer les membres du CA. Pourquoi ne pas carrément parler de prise d’otages ! C’est ahurissant. Ce sont les membres du CA qui ont tenu à rester, nous leur avons proposé plusieurs fois d’annuler le conseil, mais ils et elles ne voulaient pas. Mr Bahi était dans le bâtiment, mais il ne s’est pas présenté au CA, il est resté bien planqué. Il n’a pas voulu entendre les revendications étudiantes.

Ensuite, un représentant de la police est venu nous parler. Nous lui avons dit que nous voulions sortir dans le calme, en groupe et sans violence. Inacceptable selon lui, qui voulait nous interpeller individuellement. La négociation a très vite échoué. Nous sommes alors retourné-e-s dans la salle du CA et avons conseillé aux membres de se mettre à part car nous connaissons la brutalité policière. Certain-e-s ne nous ont pas pris au sérieux… et ont vite compris leur erreur !

Les troupes sont arrivées avec casques, boucliers, matraques et ont commencé à tout saccager, et ont même bousculé des membres du CA qui ont été très choqué-e-s par l’intervention. Nous nous étions regroupé-e-s dans un coin de la pièce en nous tenant bras dessus, bras dessous ; ils nous ont distribué des coups de matraques et tiré-e-s par les bras pour nous détacher les un-e-s des autres, pour nous plaquer au sol (jonché de verre brisé) et nous menotter individuellement. Ça criait de douleur de tous les côtés, même moi qui ai l’habitude d’actions de ce type, j’ai été très choqué par l’intervention policière. Une personne a fait une grosse crise d’angoisse, certain-e-s n’arrivaient plus à respirer après avoir subi des « clefs d’étranglements », c’était vraiment impressionnant. Un jeune de 19 ans a reçu un coup de matraque dans le nez, lui laissant une ecchymose au coin de l’œil que le médecin a pu constater. J’ai reçu un coup dans la main, sur l’os du métacarpe, en voulant protéger la tête d’un camarade :

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Luxation au coude d’un camarade.

Ils nous ont conduit-e-s en « panier à salade » les dix-neuf au commissariat où ils nous ont placé-e-s en garde-à-vue. C’était un cirque géant sur place, nous étions entassé-e-s jusqu’à sept dans des cellules immondes ; certain-e-s ont même dû dormir par terre, dans la crasse la plus infecte. Les quelques couvertures présentes puaient la pisse, étaient tachées de sang. J’ai été placé dans une cellule de dégrisement avec un camarade et un autre jeune qui ne faisait pas partie de notre groupe (je précise que nous n’étions pas ivres). La cellule puait encore plus fort la pisse d’ivrogne, nous avons dû croupir là, assis par terre.

Plusieurs étudiant-e-s ont été privé-e-s de leurs lunettes, ce qui est révoltant, l’un d’eux a eu des migraines et était complètement désorienté. De plus, ils les lui ont confisquées après la signature du dépôt de la « fouille » ; il ne savait pas s’il allait les récupérer, ce qui l’a d’autant plus stressé.

Plusieurs étudiantes ont été privées de leurs pilules contraceptives, ce qui est très grave. (un-e ami-e rédige un communiqué plus approfondi là-dessus que je relaierai sur ma page facebook)

Nous avons été plusieurs à avoir été privé-e-s de nos traitements respectifs. Le médecin n’avait pas ce qu’il fallait pour moi le soir, et le lendemain j’ai réclamé mon traitement médical en vain, les policiers ont refusé. Alors que le spécialiste que je vais voir insiste bien pour que je le prenne très régulièrement, car un sevrage brutal peut me conduire à une hospitalisation. J’ai eu des tremblements le lendemain, un des policiers m’a même demandé pourquoi je tremblais à ce point, je lui ai expliqué l’effet de sevrage et lui ai demandé de me donner mon traitement : en vain.

Plus tard dans la soirée nous avons été déplacés un camarade et moi, sans nous dire où nous allions. J’étais en t-shirt ! Ils nous ont emmenés à la brigade de gendarmerie de Tarragnoz. Sur place, c’est surréaliste : on entre dans ce qui semble une cuisine/salle à manger de grand-mère avec une grande table et derrière, des cellules… Ils ne doivent pas s’en servir souvent. J’ai crevé de froid toute la nuit malgré la couverture qu’ils m’ont fournie, qui gratte plus qu’elle ne réchauffe. D’autres ont été emmenés au Fort de justice, près du lycée Notre-Dame.

Le lendemain vers 12h30, ils nous ont sortis de nos grottes (encore qu’une grotte c’est joli) et nous ont remmenés au commissariat central de la Gare d’Eau. Retour à l’entassement, je retrouve mon pote qui m’explique qu’il a dû dormir par terre, dans la saleté, et qu’en plus on l’a réveillé vers 3h30 du matin pour interrogatoire. Bien qu’habitué à la garde à vue, j’avais le moral entamé, ayant eu très froid à Tarragnoz durant toute la nuit. J’essayais de le masquer tant bien que mal, mais ça se voyait trop. Le camarade présent avec moi m’a été d’un grand réconfort, je tiens à le remercier chaleureusement car quelques minutes après nous riions ensemble.

J’ai été interrogé aux alentours de 15h30 puis relâché vers 16h30. À ma grande surprise, des dizaines de personnes nous attendaient dehors, ce qui m’a particulièrement touché. Si certain-e-s de vous lisent ce billet, sachez que je vous remercie du fond du cœur d’avoir été là pour nous. Même si nous ne vous entendions pas de l’intérieur, nous étions au courant de votre présence et cela nous faisait du bien.

Les deux autres camarades ont été relâchés aujourd’hui. Très éprouvés, ils ne souhaitent pas s’exprimer pour le moment.

Une manifestation aura lieu demain, vendredi 17 février à 10h – RDV dans la cour de la fac des lettres (Mégevand) suivi d’un pique-nique organisé par une prof de psychologie à 12h (lieu à définir après la manif’)

 


 

Dans cette seconde partie je voudrais démonter certains mensonges qui ont été dits. J’ai fouillé un peu la presse et j’y ai trouvé de fausses allégations qu’il me semble important de dénoncer.

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Cet article de l’Express parle de « refus de sortir de la pièce », pourtant dans une vidéo postée sur Twitter par France 3, on entend bien une militante dire au mégaphone que nous voulons dialoguer de manière pacifique :

Des étudiants occupent la Présidence de l’université de Franche-Comté contre la sélection en master pic.twitter.com/hWivGDurPF

(cliquer sur le lien car je n’arrive pas à intégrer le tweet sur le blog)

Plusieurs vidéos qui vont sortir prochainement (il faut du temps pour les traiter) pourront attester des demandes répétées des étudiant-e-s pour sortir dans le calme, de manière pacifique.

Autre chose,  Mr Bahi, le président de l’université, parle de « séquestration » alors qu’il n’était pas encore arrivé au conseil. D’où les demandes par mégaphone de le rencontrer (à voir dans les vidéos diffusées prochainement). Il parle également de dégradations alors qu’il n’y a eu que la serrure de la porte qui a sauté. Les flics, eux, ont tout fracassé en entrant, envoyant valser tables et chaises, ils ont même renversé la fontaine d’eau. Plusieurs membres du CA sont venu-e-s nous soutenir devant le commissariat car ils/elles n’ont pas été choqué-e-s par notre intervention mais par celle de la police.

En somme, beaucoup de mensonges, de non-dits (voulus ou non) et peu de place pour la vérité !

Beaucoup de violence, de dénis de droits, et peu de place laissée au débat…


Voici le communiqué inter-syndical du 15 février :

Communiqué de l’intersyndicale (CGT, FO, FSU, Solidaires) du Doubs, suite à l’interpellation violente et la mise en garde à vue de 19 étudiant.e.s qui ont envahi pacifiquement le conseil d’administration de l’Université de Franche-Comté, pour s’opposer à la sélection en master :

Ce mardi 14 Février, le syndicat AMEB Solidaires Etudiant-e-s appelait à une occupation pacifique du Conseil d’Administration de l’Université pour surseoir à la décision d’appliquer la sélection en master.

Vers 14h30, un groupe d’une vingtaine d’étudiant-e-s s’est faufilé dans le bâtiment de la Maison de l’Université Rue Goudimel et a réussi à pénétrer dans la salle du conseil, auparavant verrouillée par l’un des DGS adjoints.

Il n’y a eu aucune violence, tout s’est déroulé dans le calme. Jusqu’à l’intervention de la police, l’atmosphère était bon enfant, les étudiant-e-s avaient confectionné des masques en papier à l’effigie du président de l’Université.

Au lieu de négocier et d’engager le dialogue, la présidence a choisi la force en faisant appel à l’intervention des forces de police. Les étudiant-e-s ont été violemment empoigné-e-s, frappé-e-s, écrasé-e-s, plaqué-e-s au sol puis menotté-e-s les mains dans le dos par une vingtaine de policiers en tenue anti-émeute. Toutes les dégradations sont le fait des forces de l’ordre.

Il est évident que l’équipe de direction de l’Université perd ses nerfs, qu’elle ne sait pas gérer les moments de crise, qu’elle ne connaît pas le dialogue ni la concertation et s’assoit sur les règles démocratiques. La décision de convoquer un conseil de discipline est un abus d’autorité.

A l’heure actuelle, les 19 étudiant-e-s arrêté-e-s sont toujours en garde à vue. Militer pacifiquement pour une université publique, de qualité et ouverte à toutes et tous serait-il devenu un crime ?

Nous dénonçons ces agissements et condamnons la criminalisation de l’action syndicale et revendicative.

Nous exigeons la libération immédiate de tou-te-s les étudiant-e-s et exigeons l’arrêt des poursuites à leur encontre.

Besançon, le 15 février 2017

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