A propos de la soirée de présentation de la revue féministe « casse-rôles » organisée par le G.A.S.

Dans le cadre de la Rentrée Libertaire, une  soirée de présentation de la revue féministe « Casse-rôles », organisée par le G.A.S. a eu lieu ce vendredi 29 septembre. Je tiens à réagir ici, de manière non-agressive ; nous sommes des anarchistes, nous acceptons d’avoir des divergences… Ce que j’aimerais, c’est que les membres du G.A.S. entendent mon opinion, y réfléchissent, je préfère crever l’abcès tout de suite plutôt que la polémique enfle en privé et nourrisse les conflits entre nous tou-te-s…

Je n’ai pas participé à cette soirée, comme d’autres (pros)féministes je n’y tenais pas, ayant feuilleté auparavant la revue « Casse-rôles », je ne me reconnais pas du tout dans ce féminisme exclusif, transphobe et putophobe. Le premier numéro, censé pour moi représenter le fond des personnes qui le font vivre, fait paraître un article d’un mec qui fait partie de « Zéro macho ». Cette association de mecs revendique  entre autre, de ne pas être client de la prostitution. Ils affirment également que les personnes qui défendent le travail du sexe sont forcément des clients. Ils organisent des action spectaculaires dans la rue, comme apprendre aux hommes qui passent à repasser, la veille de la fête des mères. En soi, pourquoi pas, le problème c’est qu’ils se donnent l’apparence de mecs cool, comme si il y avait des gentils et des méchants hommes… Comme si eux, « Zéro macho » étaient exempts de sexisme, de transphobie…

Se battre contre ces faits, pour moi, demande d’abord à reconnaître que l’on est soi-même sexiste, homophobe, transphobe, raciste… Ensuite s’instruire sur les oppressions systémiques en question, des tas de livres et de brochures existent sur divers supports, à vous de vous instruire ! Ensuite d’agir concrètement, en ne reproduisant pas ces schémas dans votre vie quotidienne, dans votre façon de militer, au travail… Être à l’écoute des personnes, de ce qu’elles vivent, ressentent, selon la/les oppression-s qu’elles subissent. Il ne suffit pas de se décréter « zéro macho » et d’organiser des actions spectaculaires pour faire disparaître les oppressions dénoncées, même si je peux me tromper sur l’objet de leur association, en tout cas c’est ce qu’ils dégagent.

De plus, ce qui me gêne aussi, c’est la transphobie de ce journal. Bien sûr elles/ils ne tiennent pas des propos transphobes. Cela passe par l’invisibilisation criante des personnes trans’ dans cette revue, même le mot en tant que tel « trans » n’apparaît qu’une seule fois dans le journal et c’est dans une liste avec d’autres oppressions. Je me suis renseigné auprès d’un’ ami’ trans sur le ressenti quant à l’invisibilisation de la cause trans : il trouve que l’apparition une seule fois du mot transphobie, qui plus est dans une liste, est du foutage de gueule pour un journal intégralement cis-sexiste. Il ne se sent pas concerné’, nié’.

Un autre point noir, la putophobie. Elle passe évidement d’une part par la non-représentation des prostitué-e-s, qui une fois encore, sont privé-e-s de la parole dans ce journal et par un discours clairement abolitionniste tenu par le mec de « zéro macho » dans son article. Personnellement je n’ai pas d’opinion sur l’abolition ou la légalisation de la prostitution. Je trouve que ce n’est pas à moi en tant qu’homme cis noir de décider pour les femmes ce qu’il est bien ou pas de faire avec son corps. Néanmoins, je suis « pro-choix », que chacun-e choisisse ce qu’il/elle veut bien faire de son corps. Je ne vois pas ce qu’il y a de plus avilissant entre faire des passes et être salarié-e à Peugeot, si ce n’est la Morale ! La prostitution comme le salariat sont des choix, si ce n’est pas un choix, ça s’appelle de la traite humaine. Traite humaine/esclavage, n’est pas égal à prostitution/salariat. Les termes dans le journal sont volontairement confus et font preuve d’une mauvaise foi évidente de l’auteur. Je préfère lutter pour que les putes aient des droits, qu’elles puissent exercer dans de bonnes conditions, pas comme c’est le cas en les criminalisant, ce qui fait qu’elles/ils se retrouvent en danger ; je pense surtout à celles/ceux qui « font le trottoir », obligé-e-s d’aller dans des endroits de plus en plus reculés pour exercer. Mais non, les féministes blanches savent mieux que celles/ceux qui exercent la profession ce qui est bon pour elle/eux ou pas.  Plutôt que de les stigmatiser, ce qui ne fait que les marginaliser, les précariser davantage et ne règle absolument en rien le problème de la condition des femmes, je pense que nous avons meilleur temps  de les soutenir, de les écouter pour de vrai, et de s’engager auprès d’elles/eux selon ce qu’elles/ils veulent vraiment, leurs aspirations diverses… Voila comment je vois être véritablement féministe la dessus.

Il y a aussi un passage de ce journal qui me fait presque sourire, dans l’article du mec de « Zero macho » : […] Lors de débats contradictoires où les abolitionnistes bien souvent se trouvèrent isolés devant un mur pro-prostitution […] C’est presque drôle de vous voir vous victimiser en renversant l’oppression. N’importe quelle personne qui s’intéresse un peu au sujet sait que « l’abolitionnisme » est le discours dominant !

Tout de même, il y a un point positif dans ce journal, ce sont les deux excellents articles écrits par Laurence Biberfeld et intitulés « Une lutte fractionnée est une lutte perdue ! » et « Luttes des femmes autochtones au Canada« . Bonne idée aussi le « peut mieux faire » avec des dates et des chiffres. Même si dans l’ensemble je ne suis pas emballé du tout par ce journal, que je le trouve mou, tout n’est pas à jeter.

Concernant la soirée en elle même, comme je vous l’ai dit je n’y étais pas, j’en ai eu des échos par trois personnes. Le discours était exclusif avec des phrases du style « toutes les femmes ont leurs règles », « y a que les femmes qui sont enceintes »… Et encore une fois les personnes trans ont été invisibilisées, aucun mot là-dessus. Autre chose, ce mot :  le patriarcat, n’a pas été prononcé une seule fois. Quant à une question posée lors de la soirée, sur l’organisation dans la non-mixité par certaines militantes racisées, l’intervenante a éludé le problème tout simplement. Je trouve que ça devient vraiment une habitude de mettre les choses sous le tapis…

J’espère avoir été clair dans ce que j’ai exprimé ici et je le répète, nous sommes pour le débat en tant qu’anars, nous pouvons tout à fait exprimer des points de vue similaires voir totalement contradictoires comme c’est le cas ici. N’hésitez pas à laisser un commentaire. Bonne journée !

Voici quelques liens vers du contenu pédagogique, afin d’aller plus loin :

Transidentités, transphobie
sur les problématiques trans : http://assigneegarcon.tumblr.com/
sur la diversité de genres : http://uniqueensongenre.eklablog.fr/
Travail du sexe, putophobie
le potentiel de lutte du travail du sexe : http://revueperiode.net/le-travail-du-sexe-contre-le-travail/

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