Prison : Briser les barreaux – Pour en finir avec ce modèle archaïque

C’est désormais une tradition locale, pour la 9ème année consécutive, et de manière complètement autonome, avec quelques camarades nous organisons un feu d’artifice pour les détenus de la maison d’arrêt de la Butte et plus généralement en solidarité avec tou.te.s les embastillé.e.s !

Parce que la prison n’a jamais été, et ne sera JAMAIS une solution ! Nul besoin d’être un.e spécialiste, il n’y a qu’à observer les chiffres : 59% de récidives ! [1] (contre 20% dans les pays scandinaves qui ont choisi la voie de la réhabilitation à celle de la prison) La prison en France ne consiste pas seulement en la « privation de liberté », il y a une véritable volonté de brimer les détenu.e.s, de saper leur moral, de leur infliger une double peine quelque part. Les symboles judéo-chrétiens ne sont pas bien loin, le/la détenu.e doit faire « amende », payer par le « châtiment », pour ses « péchés », Amen. Les matons sont les nouveaux garde-chiourmes, payés pour brimer les détenu.e.s, briser la confiance qu’ils/elles ont en eux/elles… ce qui leur ôte presque tout espoir, presque toute dignité, donc presque toute possibilité de reconstruction dans cette (mortifère) société.

Alors certain.e.s de vous vont se demander si je débloque quand je dis, en tant qu’anarchiste, que je suis contre la prison ; certains vont se demander que ferons-nous des pédophiles, des violeurs et des meurtriers, c’est légitime. Sachez que je n’ai pas de solution miracle, que je souhaite tout réinventer avec vous tou.te.s, aucun.e anarchiste sincère ne peut vous proposer un « mode d’emploi » dans aucun domaine ! Néanmoins, rien ne nous empêche individuellement ou collectivement dans des organisations d’avoir des réflexions à ce sujet.

D’abord, il faut savoir que dans les chiffres clés de la Justice 2017, sur 1.029.712 condamnations pénales prononcées, seulement 2432 concernaient des crimes, 608.803 des délits et 418.477 concernaient des contraventions. (source : justice.gouv.fr)

Comme vous pouvez le voir, les meurtriers, violeurs, pédophiles ne représentent qu’une infime minorité des procédures. De plus, plus le crime est grave, moins le taux de récidive est important ; ainsi 4% des violeurs récidivent et 3,6% des meurtriers contre 17% chez les voleurs/receleurs.

Personnellement même si je suis persuadé qu’à long terme il faudra détruire la prison, engager une vraie réflexion sur la réparation des fautes, je suis contre le fait de relâcher dans la nature violeurs, pédocriminels et assassins. Bien sûr dans mon idée nous pourrons assouplir leur peine, le but n’est pas de faire souffrir le/la détenu.e comme c’est le cas actuellement, c’est inefficace, cela empêche le/la détenu.e de se réhabiliter et donc augmente le risque de récidive. L’idée ici est de protéger la société, pas de brimer ; je pense notamment aux pédocriminels qui subissent la triple peine, les autres détenus ainsi que les matons sont souvent plus durs que le procureur envers eux, certains se faisant même un devoir de les violer. Vous percevez la spirale ?

Vous l’aurez compris je n’ai pas de solution extraordinaire pour ce type de détenu.e, nous devrons réfléchir tou.te.s ensemble à quelque chose d’efficace. Je reste persuadé qu’une société qui maltraite, tourmente ces personnes, s’abaisse quelque part à leur niveau et leur renvoie une image extrêmement négative. Pourquoi chercheraient-ils/elles par la suite à s’intégrer, devenir quelqu’un de meilleur, dans une société qui est intrinsèquement mauvaise, où rien n’élève l’esprit ? Où tout n’est que brimade, violence, culture du viol… ??? La prison sert juste à ne surtout pas remettre en question le modèle qui produit la/le détenu.e, à diviser le monde entre « gentils » et « méchants », comme si il n’y avait pas de nuances, comme si il n’y avait pas de causes à ces effets. C’est comme la médecine marchande, qui propose des remèdes aux effets du capitalisme sur nous. Un bon exemple est la dépression : hop ! On te met sous antidépresseurs. Cela ne change absolument rien au fond de ton problème, cela te permet juste d’atténuer tes maux, de les rendre plus supportables, pour pouvoir continuer à être exploitable par le système.

Parlons maintenant de la majorité des détenu.e.s, celles/ceux qui ont commis des délits (vol/recel, trafic de stupéfiants…), je suis pour leur libération immédiate. Ils ne représenteront plus une menace dans une société qui aura aboli l’argent, le salariat, qui aura instauré le partage équitable des richesses entre tou.te.s. Pourquoi voler ce que je pourrai avoir en échange d’autre chose ou d’un service ? Tou.te.s au service de tou.te.s !

Idem pour le trafic de stupéfiants, il disparaîtra puisque la misère qui l’engendre ne sera plus également, il n’y aura plus lieu de s’enrichir pour se sortir partiellement de sa condition. Quand aux consommateurs, ils/elles pourront trouver des produits de qualité, qui ne sont pas coupés pour être rentabilisés, faire leur propre culture, échanger entre elles/eux dans des groupes, échanger avec des professionnels de santé… La prévention aidera bien plus que la répression, la parole plus que le silence et la prohibition, qui eux engendrent le trafic, le repli sur soi à cause du stigmate « drogué.e » et donc augmente les attitudes à risque avec les drogues.

Il m’est difficile de parler du trafic de stupéfiants sans parler de ce ceux à qui profite le crime. Bien souvent, on entend parler du dealer qui se ferait plusieurs milliers d’euros par jour. Je ne dis pas que c’est impossible, simplement que ce n’est qu’un petit maillon de la chaîne. Ceux à qui cela profite vraiment ne vivent pas en cité HLM, ils ont de magnifiques propriétés, ceux-là sont rarement inquiétés. Pourtant sans eux le trafic serait fortement limité. En effet, comment la drogue passerait-elle si facilement les frontières ? Il faut bien corrompre à tous les niveaux pour écouler des tonnes de produits stupéfiants sur un territoire. Encore une fois je ne tiens pas à viser le petit maillon de l’immense chaîne, le douanier, mais plutôt le haut du panier, comme par exemple l’ex chef de la brigade des stups, François Thierry, soupçonné d’implication dans un vaste trafic, ayant notamment protégé Sofiane Hambli, l’un des plus gros trafiquants d’Europe, qui vivait luxueusement à Paris dans un appartement de 300 mètres carrés, boulevard Exelmans.

En conclusion j’insiste sur le fait que la prison ne résout absolument rien, elle n’est que la mise en scène d’une pièce de théâtre, dans laquelle se jouent des drames humains bien réels, eux. Elle permet la perpétuation sans fin de ces drames, sans jamais s’attaquer aux racines des maux. Sur environ 1.000.000 de condamnations pénales, l’ensemble des crimes ne représente que 0,24% du total. La surpopulation carcérale est fabriquée de toutes pièces par les dirigeants pour engraisser les investisseurs privés, qui font encore une fois fortune sur la misère.

Par ce feu d’artifice, nous affirmons notre solidarité avec tou.te.s les personnes incarcéré.e.s, sans distinction, dans le monde entier. Nous affirmons notre refus ce ce monde fait de barrières, de clôtures, de frontières et de prisons, qui ne résolvent absolument rien pour nous. Tournons enfin la page avec ce modèle inefficace et contre-productif au possible !

[1] Étude de 2011 d’Annie Kensey, chercheuse et démographe de l’Administration pénitentiaire

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