Enquête sur la françafrique – La guerre du Cameroun

Emblématique secrétaire général de l’UPC (Union des populations du Cameroun)

J’avais fait part à certain.e.s d’entre vous via Facebook et Twitter de mon désir de faire un résumé à partager avec vous, sur l’enquête historique que je fais sur les pays « françafricains ». Pour remonter aux origines de la « françafrique », il faut étudier le Cameroun, je me suis donc documenté à l’aide d’un livre : « La guerre du Cameroun – L’invention de la françafrique », écrit par Thomas Deltombe, Manuel Domergue, Jacob Tatsitsa et préfacé par Achille Mbembe. Éditions « La Découverte », 2016. C’est un ouvrage très riche, il m’a fallu plusieurs semaines pour réaliser ce début d’enquête sur le système françafricain. J’ai également fait pas mal de recherches personnelles pour vous proposer finalement mieux qu’un résumé : une analyse, des biographies de figures importantes, un glossaire des sigles ; bonne lecture ! Lire la suite

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Une révolution volée

« Mort à tous ceux qui s’opposent à la liberté des travailleurs » – Drapeau anarchiste ukrainien

Cet article fait écho au centenaire de la révolution russe d’octobre 1917. A coup sûr nous verrons commémorations vibrantes et drapeaux rouges brandis. Nous entendrons quelques fossiles post-staliniens s’accaparer une révolution qu’ils n’ont, en vérité, que prise en chemin, la création des soviets étant bien antérieure. Sous le masque d’un soi-disant « matérialisme historique », ils se targueront de conquêtes totalement usurpées. Lire la suite

A propos de la soirée de présentation de la revue féministe « casse-rôles » organisée par le G.A.S.

Dans le cadre de la Rentrée Libertaire, une  soirée de présentation de la revue féministe « Casse-rôles », organisée par le G.A.S. a eu lieu ce vendredi 29 septembre. Je tiens à réagir ici, de manière non-agressive ; nous sommes des anarchistes, nous acceptons d’avoir des divergences… Ce que j’aimerais, c’est que les membres du G.A.S. entendent mon opinion, y réfléchissent, je préfère crever l’abcès tout de suite plutôt que la polémique enfle en privé et nourrisse les conflits entre nous tou-te-s… Lire la suite

Un temps de reflexion

Je voudrais poser une question assez simple à toutes celles et ceux qui ne veulent pas faire grève car « ça ne sert à rien de perdre une journée de salaire » ; avez-vous fait le calcul de l’énorme préjudice que nous subirons sur le long terme ? Car, il est bien plus important qu’une ou plusieurs journées de salaires… Quand est-ce que nous devrions nous mobiliser alors ? Lorsque nous n’aurons plus de retraites, plus de sécurité sociale, plus d’allocations pour les familles, individu-e-s les plus modestes ? Lorsque l’école sera privée et payante ?

Vous les retraité-e-s, vous allez accepter de nouvelles hausses de la CSG, jusqu’à quand ? Que votre faible pension soit réduite à néant ? Faudrait-il se mobiliser lorsqu’il n’y aura plus de militant-e-s syndicaux, plus de militant-e-s progressistes ? Faudrait-il se mobiliser finalement quand il n’y aura plus personne ? Plus personne pour protester !

Si l’on continue comme cela, nous arriverons à cet état de fait, très certainement !

Est-ce vraiment cette société cauchemardesque et mortifère que nous voulons léguer aux futures générations ? Si tel est le cas, quel déchéance et quelle misère !

Le néolibéralisme est une régression importante pour le/la prolétaire, celui qui ne possède que sa force de travail. Si vous connaissez « Germinal » ou « Les Misérables », les sacrifié-e-s de ces fictions vivaient sous ce joug. Il s’agit d’une idéologie du « chacun pour soi », or l’entraide comme facteur de l’évolution n’est plus à démontrer. Nous devons reprendre le chemin de la lutte, seule à même de guérir nos maux. LUTTONS OU MOURONS ! Transformons les rêves des possédants/dirigeants en cauchemar, faisons de leur réalité un enfer ! Il faut que nos voix continuent de s’élever afin que le moindre oreiller ne soit plus un rempart pour leurs rêves infâmes…

Un autre point, il y en a assez des manifs mollassonnes/limaçonnes d’un point A à un point B. Comme me l’a dit une manifestante retraitée : « ils doivent bien se foutre de notre gueule dans leurs bureaux ». Je n’ai pas de solutions miracles, simplement quelques pistes : s’emparer des lieux de pouvoir, réquisitionner des logements pour les personnes les plus démuni-e-s et décréter la grève des loyers pour les autres, prendre possession des produits de base dans les supermarchés pour les mettre à disposition de tou-te-s, bloquer l’économie : il faut taper au portefeuille ! Bloquer les flux de marchandises, saper les moyens de propagande de l’ennemi. Et surtout détruire ce qui nous détruit… RÉVOLUTION tel doit être notre devise ! Ensemble retraçons les chemins si artistiquement tracés par nos ancien-ne-s. Il n’est pas acceptable que dans un pays aussi riche que la France, où les magasins regorgent de produits à tel point que l’on gaspille, alors que tout le monde n’a pas de quoi manger ! Que des familles vivent à la rue alors que des dizaines de milliers de logements sont inoccupés, laissés libre à la spéculation pour enrichir une petite fraction de parasites.

Le pire dans tout ça c’est que l’on devrait fermer notre bouche, accepter sans sourciller. Nenni ma foi ! Nous entendons bien continuer de lutter férocement contre l’injustice de cette société, de cette démocrature vers laquelle s’enfonce la France et le monde. pour mettre fin au chaos que fait régner le capitalisme, il faut casser les institutions, les normes et tout ce qui nous oppresse !

 

 

Réaction suite à l’article de l’Est Républicain sur mon procès

Cela ne suffisait pas de me gronder en public au tribunal il fallait aussi me traîner dans la boue dans la presse locale. Un article de l’Est Rép’ daté du 12 juin intitulé  » jugé pour injures sur un représentant de l’État  » dresse un portrait de moi pour le moins cocasse.

 » Le jeune trentenaire se tient à la barre des témoins […] Il est calme […] son attitude posée tranche avec les propos publics injurieux et diffamatoires qu’il a utilisé […] « 

Comme c’est étonnant ! Le méchant vilain pas beau que je suis n’est pas l’excité auquel ils s’attendaient ! Ils s’attendaient peut être à ce que je fasse caca devant eux en me mettant un doigt dans le nez tout en faisant le canard, ou encore à ce que je vienne avec un entonnoir sur la tête ?!

 » Énervé et triste d’apprendre qu’une famille étrangère allait être expulsée […] Ce rédacteur s’en est vertement pris au représentant de l’État, jugé unique responsable d’une tragédie humaine […]

A qui fallait il que je m’en prenne, au pape ? Et oui j’étais en colère et triste, je n’étais pas le seul, j’ai alors pris la plume pour porter la parole de Genita, 15 ans, ce texte a beaucoup ému, j’ai même vu un ami à moi, un dur à cuire, pleurer en le lisant alors que depuis des années qu’on se connaît, je ne l’ai jamais vu verser une larme. Mon texte a été exposé au FRAC (fond régional d’art contemporain) et a été cité deux fois dans une pièce en Haute-Saône qui expose l’actualité sous forme de théâtre. Il n’a rien d’ordurier hormis quelques phrases qui m’ont échappées c’est vrai mais qui sont loin d’être représentatives du dit texte dans son ensemble. Ils me reprochent quelques lignes d’emportement, moi  je trouve qu’on me reproche un  » crime de lèse majesté  » (…)

 » Des qualificatifs tels que menteur professionnel ou petit être répugnant, entre autres, ont fortement blessé l’homme visé « 

 » petit être répugnant  » c’est stupide je le reconnais, attaquer quelqu’un sur son physique c’est bas et c’est contre quoi je me bat tous les jours, je n’aurais pas dû employer ce terme. Je le regrette et même si je combat ce genre de discrimination, je n’en suis pas moins imprégné car toutes/tous, nous baignons dans un gigantesque bain de merde (racisme, sexisme, discrimination en tous genre…)  et que dans la colère, en tout cas en ce qui me concerne, toute la fosse sceptique remonte et déborde parfois. C’est comme le terme  » fils de p*** « , je l’ai entièrement éliminé de mon vocabulaire, j’ai eu beaucoup de mal ayant grandi dans une ZUP, j’entendais ce terme des dizaines de fois par jour, malgré tout lorsque je suis très énervé il me revient à la bouche. Si je vous dit tout ça, c’est pour que vous compreniez bien que nous faisons chacun-e avec les armes qu’on a, qui ne sont parfois pas les meilleurs c’est sûr. Il faut retenir qu’on a le droit de faire des erreurs, sans cela comment avancerait on ?

Par ailleurs si le secrétaire du Préfet s’est senti fortement blessé, je ne pense pas que se soit le plus grave, selon moi c’est parce qu’il a menti aux relais associatifs de soutien aux demandeurs d’asile, il a affirmé que les enfants arrachés à leur mère le matin même lorsqu’elle a fait sa crise d’épilepsie, ainsi que leur père, qui ont été placés en centre de rétention, ne seraient pas expulsés tant que la mère était encore à l’hôpital J. Minjoz. Intox puisque le lendemain même les enfants et le père était expulsés sans la mère ! Pour moi ça relève du mensonge…

 » D’après le rapport d’enquête, le prévenu aurait même sommé la collectivité anarchiste de « l’empêcher de dormir », sachant apparemment où sa cible vivait et se promenait à pied. Bien que tremblant, le prévenu se tient droit face aux magistrats et confirme ces propos.  »

Alors là je rigole ! On nage dans le fantasme total. Les gens qui me connaissent savent très bien que ce n’est pas vrai et doivent bien rire aussi en lisant cela. Et c’est faux, je n’ai pas confirmé ces propos, si  le journaliste de l’Est avait écouté comme il faut, le rapport révèle que ces propos sont tirés d’un journal local  » Séditions  » dont je ne suis pas l’auteur. Lorsque l’Officier de la Police Judiciaire m’a demandé si je connaissais le ou les auteurs, je lui ai clairement dit que oui mais que je ne balancerai pas mes camarades, que nous ne fonctionnons pas comme ça. Lisez le dossier avant de dire des absurdités !

Autre chose, Mr Setbon je le croise régulièrement au centre-ville, il ne m’a jamais remarqué (du moins je pense) parce que je ne l’ai jamais apostrophé, je l’ai même vu avec ses enfants sur le chemin de l’école. Même si je déteste sa fonction, je respecte son droit de vivre sereinement, surtout ses enfants, j’aurais juste aimé que ceux des Feraj aient les mêmes chances… C’est comme des policiers que je croise en ville avec leur famille, je détourne les yeux, nous ne sommes pas en manif ! Par contre lorsque eux me croisent dans ma vie lambda, ils n’hésitent pas à m’apostropher  » t’es pas en manif ? AHAH « , ça reste enfantin en général, mais c’est malaisant.

« Avez-vous conscience qu’ils sont injurieux », lui demande le président. « Aujourd’hui, oui », avoue le trentenaire. « J’ai agi sous le coup de la colère. J’ai conscience de la violence de mes propos. » En revanche, il ne prononce pas une parole de regrets.

J’avais fais le choix de ne pas m’excuser, j’y avais bien réfléchi pour le coup. Car c’est une erreur, certes, mais j’ai décidé de l’assumer. Surtout que ce contre quoi je me suis élevé est bien plus ignoble à mon sens et au sens de beaucoup de gens !

 » Mon client est d’origine modeste. Il s’est élevé grâce à la République. Plus tard, il a voulu la servir. Il ne fait qu’appliquer les lois, en toute impartialité. « 

J’avais envie de pleurer, j’attendais les violons à ce moment là… La République mon arrière grand-père l’a sauvée du barbarisme nazi et vichyste, il a fait passer des personnes en zone libre, 42 au total. Il faisait passer des armes, de la nourriture, des médicaments… à la Résistance. Il a participé à la reconstruction de la France, au CNR et je pense que ce n’est certainement pas pour qu’un serviteur de l’État qui ne fait que reluire un siège sous ses fesses viennent faire des leçons à son arrière petit-fils qui lui s’engage auprès des humain-e-s les plus précaires pour la Justice et le progrès social !

 » je trouve que le manque d’intelligence des arguments du prévenu dans son article en ligne est inquiétant.  »

Cette phrase, somme toute banale, peut se comprendre dans le contexte, c’est l’exposé de madame le Procureur. Étrangement le journaliste de l’Est s’en sert comme accroche en la reformulant de manière plus dure que le Procureur :

« Un manque d’intelligence inquiétant »

Déjà que lors de ma garde-à-vue on m’avait demandé d’où je sortais ces textes car je n’ai qu’un BEP, ils ont beaucoup de mal à comprendre que l’on puisse  être fils d’une femme de ménage et d’un agent de de sécurité, faiblement diplômé,  » mulâtre  » (c’est écrit tel quel dans la procédure : type métis, mulâtre) et avoir un certain talent d’écriture, une faculté à penser… wouahou ! Et surtout s’obstiner à combattre l’injustice sociale et la misère avec acharnement. Quel affreux monstre cette magnifique mais pudique ville de Besançon a-t-elle fait naître ? Un pauvre qui aide les pauvres, vous vous rendez compte ! C’est honteux ! Faudrait me jeter en prison !

Je tiens à ajouter que j’ai essayé de m’exprimer quand le juge m’a donné la parole, mais quand j’en suis arrivé à l’affaire il m’a coupé la parole en me disant que je dépassais les bornes. Voici donc la déclaration interdite que je comptais faire :

Monsieur le président Je voudrais tout d’abord vous assurer de ma sidération d’être convoqué ce jour devant le Tribunal. Évidemment, vous me condamnerez. Ce que j’ai écrit et assume relève si l’on veut bien s’y attarder brièvement de la diffamation. Il n’y a rien de plus simple à juger. Je m’étonne même d’être convoqué à cet effet. Pourtant les faits qui me sont reprochés ne sont, à mon sens, pas tant délictueux que ce contre quoi je me suis élevé.
Il est vrai que je suis le rédacteur du journal en ligne « Le Libertaire Bisontin » où s’expriment des idées affirmées, pour ne pas dire des opinions radicales. Elles sont cependant en phase avec une actualité qui paraît pour le moins étonnante. Mon plaidoyer va donc s’appuyer sur des faits, des témoignages et d’autres éléments de réflexion, ce que le tribunal n’aura pas à juger aujourd’hui mais qui me paraît essentiel à comprendre. Je vous demande donc de porter une attention aux arguments qui sont les miens, avant de faire votre œuvre.
Suite à l’expulsion que je trouve particulièrement honteuse de la famille Feraj l’automne dernier, je me suis senti le droit sinon le devoir de faire part au grand jour de ma consternation et de ma désapprobation. Alors que j’observais une grève de la faim depuis quatre jours en place publique, fatigué, stressé, sollicité en permanence, notamment par le milieu associatif local et international, j’ai laissé s’épancher une légitime colère. Dans un billet certes un peu virulent j’ai dénoncé les méthodes du secrétaire général du préfet du Doubs, M. Setbon, ce qui me vaut le désagrément d’être ici convoqué.
Je tiens à rappeler que les pratiques sociétales de l’Albanie d’où proviennent les Feraj sont bien différentes du cadre légal de la France. Là-bas il existe une loi tacite, dite du « Kanun », issue du droit coutumier médiéval, pas si éloignée de la vendetta corse, en bien pire. Ces rites permettent à un membre d’une famille qui se dit lésée d’ordonner la suppression physique des individus dotés d’un appareil reproducteur masculin de la famille adverse, enfants comme adultes ! Mettant ainsi en cause la survivance de toute une lignée. C’est cela que fuyaient les Feraj et ce vers quoi on les a renvoyés sans les entendre.
Oui, j’ai eu des mots durs, qui vous paraîtront blessants. La référence à « Iznogoud » est tirée d’une bande-dessinée bien connue, non censurée et accessible à toutes/tous, y compris le public mineur qui trouve là sujet à rire et non à avilir. Certes, des mots tels que : « pourriture » » portefaix » peuvent paraître méprisants, ainsi que « petit être répugnant », mais l’état de fatigue et d’exaspération lié à mon engagement physique (grève de la faim) et moral ont fait de moi un porte-parole quelque peu turbulent.
Pour d’autres termes incriminés tels que « menteur professionnel », il font référence au fait que les réseaux associatifs de soutien aux demandeurs d’asiles ont été avisés du retour du père et des enfants Feraj, tandis que la mère était à l’hôpital Jean Minjoz. M. Setbon leur avait assuré qu’ils ne seraient pas expulsés vers le Kosovo avant la fin de cette situation. Ce alors que les billets étaient prêts !
Imaginez donc la colère des militant-e-s et de moi-même lorsqu’ils ont pris conscience de s’être fait aussi perfidement abuser. Comment un représentant de L’État peut-il ainsi berner ses propres administrés ? C’est cela qui a déclenché ma colère et rempli ma plume de fiel. Quant au terme « pervers narcissique », il est tout droit issu du vocabulaire de la psychanalyse. Il ne me semble pas que le Dr Freud, enseigné dans les lycées et les facultés, ait été poursuivi en justice dans ce pays
Par ailleurs, les termes de la prévention qui me font paraître aujourd’hui devant vous font mention d’une citation totalement étrangère au journal en ligne « Le Libertaire Bisontin » dont je suis le rédacteur. En effet, les termes suivants qui me sont reprochés, je cite : « empêcher les pourris comme lui de dormir » n’a jamais paru sur ce site, ainsi qu’a pu le constater l’officier de Police Judiciaire, ces propos sont tirés du blog Infos Libertaire » qui les a repris du journal local « S éditions » dont je ne suis pas l’auteur. Était-il nécessaire de charger la barque pour me voir condamné. N’a-t-on pas suffisamment d’arguments pour que le pot de fer brise une nouvelle fois le pot de terre et qu’il faille en rajouter.
Conclusion
Ce que j’ai écrit, je l’assume, pas le reste que l’on veut me voir endosser et je le redis cela n’est rien d’autre à mes yeux que de l’auto-défense. On me convoque en effet pour avoir exprimé des pensées que je ne suis pas le seul à partager, loin de là ! Je rappellerai seulement ces mots d’un illustre Bisontin dont l’enseignement rayonne toujours dans le monde entier : « celui qui ouvre une porte d’école ferme une prison ». Or voici que ce sont à des enfants qu’on a entravé les chemins de la Liberté. Pour eux je suis engagé, avec eux je suis engagé.

Au pied du mur

J’ai proposé à un’ camarade de s’exprimer sur une affaire qui mérite qu’on s’y arrête. Depuis plusieurs semaines, cet’ camarade a été largement calomnié’ et fustigé’ de toute part pour avoir accusé quelqu’un d’abus sexuel. N’ayant pu s’exprimer clairement dans le milieu militant sans s’attirer directement les foudres de toutes part, je lui ai proposé de lui donner la parole ici. Le but étant de réparer des non-dit, des rumeurs… Et d’essayer d’avancer avec çà. Il faut savoir que Spangle a fait preuve de beaucoup de sagesse et a énormément pris sur ellui pour rédiger ce billet de manière constructive, merci d’y prêter attention. A noter que le camarade qui a commis cet abus est aussi un ami à moi, pour le moment il a des choses importantes à régler dans sa vie, il n’est donc pas disponible n’étant même pas sur Besançon, mais lorsqu’il reviendra je compte avoir une discussion avec lui et ensuite, éventuellement je leur proposerai une discussion à tous les deux. J’espère vraiment que nous pourrons aller de l’avant, dans les meilleurs conditions possible pour toutes/tous.

Note de la rédaction


La figure du méchant violeur

Les médias et toute notre culture nous offrent de solides figures de méchants : nazis, terroristes islamistes, tueurs en série, etc, sans oublier les violeurs. Ainsi pouvons-nous sentir que nous sommes dans le bon camp, celui des gens qui « ne feraient jamais ça ». Le schéma : je suis tellement différent.e de ces méchant.e.s que je suis forcément gentil.le, peut sembler ridicule lorsqu’il est énoncé ainsi, mais il fonctionne très bien le reste du temps.

Que fait un homme qui clame sa haine viscérale des violeurs, et détaille toutes les atrocités qu’il aimerait leur faire subir ? Il affirme qu’un gouffre le sépare de tels monstres. Qu’un violeur et lui, ça fait deux. Malheureusement cette affirmation est gratuite. Elle n’empêche pas les gens ordinaires de commettre bien souvent des violences sexuelles, mais les pousse à s’aveugler, à ne pas s’interroger sur leur propre comportement.

Le consentement, 100 questions sur les interactions sexuelles

La culture du viol commence là, en nous faisant croire que des gens comme vous, moi, et nos potes, ne risquons pas de commettre de violences sexuelles puisque nous sommes bien intentionné.e.s, pas comme les méchants violeurs qu’on voit à la télé.

Zone grise

Ses effets sur la parole des victimes

Supposer que des personnes ordinaires, a fortiori des gens qu’on connaît, ne « pourraient jamais faire ça », c’est récuser d’emblée toute dénonciation de tels actes. En entendant une victime accuser son agresseur, on va se trouver face à un dilemme fallacieux : il faudrait, soit identifier la personne mise en cause à cette figure du « méchant violeur », soit considérer les faits comme n’ayant pas eu lieu ou ne constituant pas une violence sexuelle… ce que les gens choisissent le plus souvent de faire.

Ce système est très dissuasif et incite tout le monde à la minimisation et au déni (y compris, souvent, la victime elle-même). La culture du viol donne par ailleurs toutes les facilités pour interpréter des faits de façon moins gênante et éviter de parler de violence sexuelle ; elle offre aussi de nombreux préjugés sur les victimes qui rendent toute dénonciation téméraire, voire impossible.

Après de prudentes tentatives pour parler de ce qu’elles ont vécu, la plupart des victimes se résignent à subir une deuxième violence, celle de devoir se taire, plutôt que de courir le risque d’une violence plus grande.

Spécificités du milieu militant

Les choses se passent un peu différemment dans le milieu militant. On y trouve plus de gens ayant quelques connaissances théoriques sur la culture du viol, et réprouvant ce mécanisme de silenciation. Mais voilà que surgit une nouvelle figure repoussoir : les méchant.e.s participant à la culture du viol, qui prennent la défense des méchants violeurs, s’obstinent dans le déni et s’acharnent collectivement sur la pauvre victime, à coups d’arguments dégueulasses et de slut-shaming. Quels salauds !

Les militant.e.s, évidemment, ne feraient jamais ça. Leur soutien à toute victime sera sans faille ! Bien sûr, iels sont un peu gêné.e.s à l’idée qu’il faudrait écorner la présomption d’innocence. Que les victimes n’aient, la plupart du temps, aucune preuve de ce qu’elles dénoncent, soit. Que les fausses accusations soient rarissimes, peut-être. Mais de là à les croire sans preuve ? Au risque de plonger un innocent dans le cauchemar d’être accusé abominablement ?

https://lesoursesaplumes.info/2017/02/23/strategies-de-defense-des-agresseurs-sexuels-en-milieu-militant-et-comment-les-combattre-partie-13-definitions-et-formation/

Heureusement le problème peut être écarté, d’un optimiste « si le cas se présente on saura quoi faire », et surtout grâce à la certitude que ça n’arrive qu’aux autres.

Nous voyons ici qu’être militant.e et avoir des convictions antisexistes, ne signifie pas du tout que l’on est préparé.e à appliquer de vagues principes théoriques, à la réalité crue d’une situation qui nous concerne. L’enjeu est pourtant de taille. L’enjeu humain, apporter un soutien décent à la victime ou l’accabler, n’échappera à personne (du moins, tant qu’on reste dans la théorie). L’enjeu en tant que militant.e.s, est de remettre en question la culture du viol dans nos propres vies, ou au contraire de construire une légitimité à nos défaillances pour ne jamais y remédier.

Et justement…

Et justement, c’est ce qui arrive aujourd’hui. Une violence sexuelle a eu lieu et, comble de malchance, la victime ne veut pas se taire. Voici que j’ose parler, que j’ai le culot de dénoncer ce que j’ai subi de la part (horreur!) d’un militant, antisexiste notoire. Il y a plus ennuyeux encore : les faits ne sont pas spectaculaires, mais atrocement ordinaires. Il ne m’a pas sauté dessus, ni frappé ; il n’a pas profité d’un état d’ivresse ; il ne m’a même pas violé’ !

Les faits sont si banals que les reconnaître comme étant une violence sexuelle, obligerait un grand nombre de militant.e.s à reconsidérer leur propre comportement en de multiples circonstances. Certes, cela est déjà arrivé. À force d’appels à s’interroger personnellement sur le consentement dans leur propre vie sexuelle, à force de me jeter à l’eau en premier, quelques mecs sont venus me glisser parfois le demi-aveu d’une telle prise de conscience. Saluons cet éclair d’honnêteté. Mais de là à discuter collectivement, publiquement, de choses si embarrassantes, il y a loin.

Mieux vaudrait, selon certains, mettre au rencard ce slogan trop vieux, qui déraille, qui dérange : le privé est politique.

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Les faits : l’abus délibéré

Je suis chez un camarade, avec lequel j’ai beaucoup parlé la veille. Ma visite est utilitaire, nous bavardons un peu puis j’annonce que je vais rentrer. Sans prévenir, il me serre dans ses bras. Bah, un câlin, un bon gros « hug » chaste et amical, pourquoi pas ? Après notre conversation de la veille, je prends ça comme une marque d’affection un peu maladroite. Mais soudain, il m’embrasse. Sans prévenir, sans me laisser la possibilité de refuser, ni même le temps de savoir comment réagir.

Ce comportement me déconcerte, surtout de la part d’une personne qui réfléchit sur la question du consentement et qui devrait avoir conscience que ce n’est pas correct. Ne sachant comment prendre la situation, je m’abstiens de réagir trop brutalement. Il me semble que si je le repoussais aussi sec, il le prendrait très mal, et cela m’en dissuade. Je transforme rapidement ce baiser en un nouveau « hug », mettant mon visage hors de portée du sien. Puis je lui dis, très distinctement : « je ne sais pas ce que je veux ». À ce moment, j’ai confiance dans le fait que mon refus sera entendu et respecté. Mais sa réaction va finir de me déstabiliser : comme si je n’avais rien dit, il m’embrasse.

Ce sont les faits que je lui reproche : m’avoir embrassé’ par surprise, sans mon consentement, puis en passant outre mon refus. Je tiens à rendre bien clair que ce qui pose problème, c’est son incompétence : si il avait réellement acquis des connaissances à propos du consentement, il aurait trouvé évident de s’abstenir de tels actes. Si vous ne les trouvez pas problématiques et indignes d’une personne qui se dit antisexiste, je vous suggère de regarder cette petite vidéo :

 

Et si vous estimez qu’il m’aurait été simple et facile de lui dire non une seconde fois,  jetez un œil là : Je ne suis pas un égout séminal

Lien vers la brochure  » Le viol c’est quoi ? « 

Les faits : le prolongement « involontaire » de la violence initiale

Certes, si la suite a été aussi catastrophique, ce n’est pas par une volonté délibérée de sa part. Il se trouve que moi, à ce moment-là, j’ai perdu pied. Dans un état de stupeur et de panique qu’on appelle la sidération, je n’arrivais plus à réfléchir normalement, et ma seule pensée était : « surtout, ne pas empirer la situation… faisons comme si tout était normal ». C’est sans doute la pire réaction que je pouvais avoir ; tout comme la pire réaction que pourrait avoir un chat serait de rester figé dans les phares d’une voiture. Chacun.e a son histoire, chaque moment a sa disposition d’esprit, et aucune victime de violence sexuelle ne devrait avoir à se justifier de n’avoir pas réagi de façon efficace.

À partir de ce moment, j’ai donné presque tout le temps les apparences du consentement. Quand il m’a demandé de passer la nuit chez lui, j’ai de nouveau dit que j’allais rentrer, mais je n’ai osé le faire qu’en fournissant une excuse plausible ; qu’il a balayée en décidant de venir chez moi. Puis, dans les interactions à caractère sexuel qui ont suivi, j’ai eu une attitude coopérative et même active. Pourtant, je savais que je ne voulais pas, qu’il fallait que j’exprime mon malaise et mon refus. Mais je n’y suis pas arrivé, et j’ai finalement dû m’endormir avec son sexe collé contre mes fesses, bavant sur mon slip.

Quelques remarques

Ce n’est pas de gaieté de cœur que je donne de tels détails, mais parce qu’il me semble important de montrer qu’un « simple » baiser non consenti, que certain.e.s pourraient considérer comme « pas grave », est non seulement inacceptable en lui-même, mais peut avoir toutes sortes de conséquences beaucoup plus lourdes. Des conséquences dont l’auteur, quoi qu’il en soit de sa bonne foi, porte la responsabilité.

Si je mets « involontaire » entre guillemets, c’est qu’il aurait sans doute pu réaliser de lui-même que quelque chose n’allait pas, puisqu’il y est parvenu a posteriori, m’envoyant le lendemain un texto embarrassé pour me dire qu’il « espérait que je ne regrettais pas ce qui s’était passé ». Il aurait aussi pu s’assurer activement de mon consentement, en me posant la question de sorte qu’il me soit possible d’exprimer un refus : c’est une précaution largement recommandée dans des brochures comme Apprendre le consentement en trois semaines, que je lui avais moi-même fournie deux mois plus tôt.

Ce n’est pas non plus volontiers que je bafoue mes principes féministes en taisant le nom de la personne que je mets en cause. Tout auteur de violence sexuelle devrait avoir à l’assumer, par-devers lui mais aussi publiquement… si seulement ledit public voulait bien faire la part des choses. Malheureusement, à cause des préjugés qui feraient de lui un « méchant violeur », un abject criminel (et aussi suite aux pressions exercées sur moi par certaines des personnes auxquelles je me suis d’abord adressé) je ne publierai pas son nom ici.

Plutôt que de chercher à deviner de qui il s’agit, je vous propose de réfléchir au fait que beaucoup de personnes que vous connaissez, y compris vous, pourraient avoir commis une violence de cet ordre, et même ne pas y voir de problème. Car de tels faits, bien qu ‘ils soient graves, sont vraiment très banals et courants.

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Le milieu militant au pied du mur

Après une phase de déni, puis une tentative de dialogue avec l’auteur des faits, recherchant du soutien, je me suis adressé’ aux militant.e.s avec qui j’avais régulièrement, depuis des mois, évoqué la question du consentement, qui à chaque fois hochaient la tête d’un air convaincu, et à qui j’avais apporté de nombreuses brochures sur le sujet. Naïvement, je m’attendais à une réaction décente et compétente de leur part, au lieu de quoi je les ai trouvé.e.s certes un peu moins nul.le.s que le premier connard venu, mais très loin de pouvoir m’aider et en complète incohérence avec leurs principes affichés.

Soutenir un-e survivant-e d’agression sexuelle

Un certain nombre de militant.e.s se sont donc avéré.e.s incapables d’admettre l’existence de violences sexuelles en demi-teinte, commises non par une volonté consciente de nuire, mais plutôt par incompétence et incurie, et pourtant bien réelles et graves ; à savoir que ce sont de loin les plus courantes !

Nous sommes touTEs des survivantEs, nous sommes touTEs des agresseurSEs

Incapables aussi d’appliquer des principes auxquels je les avais précédemment entendu souscrire, dès lors que cela les a concerné directement. Là encore, le but n’est pas de les stigmatiser, mais de proposer à tou.te.s une réflexion sur ce décalage entre théorie et pratique, qui pourrait bien vous concerner aussi un jour.

Cependant ce billet de blog a aussi une vocation cathartique, c’est pourquoi je terminerai par une compilation de propos qui ont été réellement tenus ces dernières semaines, par des militant.e.s se définissant comme antisexistes. X désigne la personne qui m’a agressé.

Je trouve que ce qui est arrivé à X est hyper violent, et que cela mérite largement d’être approfondi, au vue de la gravité et de la dramatisation de l’événement. Pourrais tu m’envoyer ta version afin de me faire une idée plus juste de ce qui (t’) a posé problème ce jour là??

Mais si un secouriste fait du bouche-à-bouche à une personne inconsciente, tu vas me dire qu’il y a un problème de consentement ?

Tu n’es pas crédible en tant que victime parce que tu as l’air d’aller bien.

sans oser […] demander son exclusion je pense qu’il n’y a plus sa place. Clairement je n’aurais pas pu rester membre d’un groupe […] qui admettrait de tels actes sans réagir. […] je ne m’y sentirais pas en sécurité [NB : il ne parle pas de X, mais de moi !]

X est moralement bouleversé par la situation, […] Il souffre [..] De cette violence et de cette douleur nous ne pouvons pas écarter la responsabilité de Spangle, à mon sens il y a lieu parler d’abus de confiance et de faiblesse, et de calomnie ou du moins d’accusation (grave) non fondée concernant X et de manipulation nous concernant.

Selon moi on voit là un exemple des limites du slogan selon lequel « le personnel est politique », et plus généralement d’un certain extrémisme (présenté comme de la « radicalité » avec laquelle il n’a en fait rien à voir) dans l’application des principes et théories qui nous inspirent.

J’ai l’impression qu’en fait c’est toi qui n’a pas respecté tes propres limites dans cette histoire […] si c’est pour en rendre X responsable là je ne te suis plus

Normal que je te parle pas, t’as sali un pote.

[…] ces sales délires. Elle sait rien faire d’autre à part attirer l’attention sur sa petite et faible personne […] a besoin d’aide de médecins (en l’occurrence de psy qui savent régler ce genre de pb)

Les brochures lui sont trop montées à la tête […] brochures fém’ (tu sais les modes d’emploi de comment il faut baiser, comment être un parfait déconstruit…)

https://infokiosques.net/violences_patriarcales

Migrations

De tous temps, les peuplades ont migré, se sont  rencontrées, se sont mélangées, métissées, et ainsi enrichies. Tout ceci pour dire que notre patrimoine commun est collectif. Or, une certaine caste, politique, administrative,
intellectuelle, médiatique… pleine d’arrogance, de suffisance,
ne cesse de nier cet héritage humain. Pour rappel, l’art, convergence des savoirs, des techniques et de l’imaginaire n’aurait su exister sans le pétrissage incessant entre les différentes communautés.

Nous avons échangé la technique du feu et de la pierre, nous avons su représenter des visions du monde et même imaginer des au-delà ; sans doute ce legs commun nous amène à une réflexion sur la constitution longuement élaborée de notre identité commune. Ben oui, on a tous des tronches d’humains, des réflexes, des émotions, des envies d’expression. Un mot d’ordre pourrait être « fusionnons enfin, refaisons les chemins si artistiquement tracés et reconnaissons nous ».

Conscience donc, et conscience vigilante ! Certains veulent  nous séparer, nous divorcer de notre histoire réelle, celle ou nous sommes des Océaniens en même temps que des allemands, des Roms Inuits et des Apaches de Mongolie ; nous autres, enrichis et conscients de l’être, par ces strates incessantes et successives qui nous constituent en tant qu’Être, GUEULONS contre la sottise négationniste et limitative qui nous bornerait à « black-blanc-beur » car  nous le sommes tous à la fois. Ma grand-mère africaine a bizarrement été baptisée Lucy par des junkies archéologues. Peu importe son nom c’est ma grand-maman ainsi que celle de mes potes ; pour les empreintes génétiques, repassez plus tard.

Nous, quand on croise nos regards, c’est bien des frangins/frangines qu’on reconnaît, on a hérité d’une même très longue histoire et nous forgerons un très long avenir. Loin des négations, extrêmement loin de la sottise, nous saurons nous passer de l’ignorance.