Une révolution volée

« Mort à tous ceux qui s’opposent à la liberté des travailleurs » – Drapeau anarchiste ukrainien

Cet article fait écho au centenaire de la révolution russe d’octobre 1917. A coup sûr nous verrons commémorations vibrantes et drapeaux rouges brandis. Nous entendrons quelques fossiles post-staliniens s’accaparer une révolution qu’ils n’ont, en vérité, que prise en chemin, la création des soviets étant bien antérieure. Sous le masque d’un soi-disant « matérialisme historique », ils se targueront de conquêtes totalement usurpées. Lire la suite

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Le sabre et le goût Macron !

Macron en a décidé ainsi, les jeunes devront à nouveau passer par la case militaire. Ce que Chirac avait défait malgré les critiques de son propre camp, notre jupitérien président, 20 ans plus tard, le remet en place. J’en parlais ce soir même à mon cousin qui ne comprenait pas tout à fait ma colère… Il commençait à m’exaspérer et j’ai dû faire alors preuve d’un peu de pédagogie…

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Réaction suite à l’article de l’Est Républicain sur mon procès

Cela ne suffisait pas de me gronder en public au tribunal il fallait aussi me traîner dans la boue dans la presse locale. Un article de l’Est Rép’ daté du 12 juin intitulé  » jugé pour injures sur un représentant de l’État  » dresse un portrait de moi pour le moins cocasse.

 » Le jeune trentenaire se tient à la barre des témoins […] Il est calme […] son attitude posée tranche avec les propos publics injurieux et diffamatoires qu’il a utilisé […] « 

Comme c’est étonnant ! Le méchant vilain pas beau que je suis n’est pas l’excité auquel ils s’attendaient ! Ils s’attendaient peut être à ce que je fasse caca devant eux en me mettant un doigt dans le nez tout en faisant le canard, ou encore à ce que je vienne avec un entonnoir sur la tête ?!

 » Énervé et triste d’apprendre qu’une famille étrangère allait être expulsée […] Ce rédacteur s’en est vertement pris au représentant de l’État, jugé unique responsable d’une tragédie humaine […]

A qui fallait il que je m’en prenne, au pape ? Et oui j’étais en colère et triste, je n’étais pas le seul, j’ai alors pris la plume pour porter la parole de Genita, 15 ans, ce texte a beaucoup ému, j’ai même vu un ami à moi, un dur à cuire, pleurer en le lisant alors que depuis des années qu’on se connaît, je ne l’ai jamais vu verser une larme. Mon texte a été exposé au FRAC (fond régional d’art contemporain) et a été cité deux fois dans une pièce en Haute-Saône qui expose l’actualité sous forme de théâtre. Il n’a rien d’ordurier hormis quelques phrases qui m’ont échappées c’est vrai mais qui sont loin d’être représentatives du dit texte dans son ensemble. Ils me reprochent quelques lignes d’emportement, moi  je trouve qu’on me reproche un  » crime de lèse majesté  » (…)

 » Des qualificatifs tels que menteur professionnel ou petit être répugnant, entre autres, ont fortement blessé l’homme visé « 

 » petit être répugnant  » c’est stupide je le reconnais, attaquer quelqu’un sur son physique c’est bas et c’est contre quoi je me bat tous les jours, je n’aurais pas dû employer ce terme. Je le regrette et même si je combat ce genre de discrimination, je n’en suis pas moins imprégné car toutes/tous, nous baignons dans un gigantesque bain de merde (racisme, sexisme, discrimination en tous genre…)  et que dans la colère, en tout cas en ce qui me concerne, toute la fosse sceptique remonte et déborde parfois. C’est comme le terme  » fils de p*** « , je l’ai entièrement éliminé de mon vocabulaire, j’ai eu beaucoup de mal ayant grandi dans une ZUP, j’entendais ce terme des dizaines de fois par jour, malgré tout lorsque je suis très énervé il me revient à la bouche. Si je vous dit tout ça, c’est pour que vous compreniez bien que nous faisons chacun-e avec les armes qu’on a, qui ne sont parfois pas les meilleurs c’est sûr. Il faut retenir qu’on a le droit de faire des erreurs, sans cela comment avancerait on ?

Par ailleurs si le secrétaire du Préfet s’est senti fortement blessé, je ne pense pas que se soit le plus grave, selon moi c’est parce qu’il a menti aux relais associatifs de soutien aux demandeurs d’asile, il a affirmé que les enfants arrachés à leur mère le matin même lorsqu’elle a fait sa crise d’épilepsie, ainsi que leur père, qui ont été placés en centre de rétention, ne seraient pas expulsés tant que la mère était encore à l’hôpital J. Minjoz. Intox puisque le lendemain même les enfants et le père était expulsés sans la mère ! Pour moi ça relève du mensonge…

 » D’après le rapport d’enquête, le prévenu aurait même sommé la collectivité anarchiste de « l’empêcher de dormir », sachant apparemment où sa cible vivait et se promenait à pied. Bien que tremblant, le prévenu se tient droit face aux magistrats et confirme ces propos.  »

Alors là je rigole ! On nage dans le fantasme total. Les gens qui me connaissent savent très bien que ce n’est pas vrai et doivent bien rire aussi en lisant cela. Et c’est faux, je n’ai pas confirmé ces propos, si  le journaliste de l’Est avait écouté comme il faut, le rapport révèle que ces propos sont tirés d’un journal local  » Séditions  » dont je ne suis pas l’auteur. Lorsque l’Officier de la Police Judiciaire m’a demandé si je connaissais le ou les auteurs, je lui ai clairement dit que oui mais que je ne balancerai pas mes camarades, que nous ne fonctionnons pas comme ça. Lisez le dossier avant de dire des absurdités !

Autre chose, Mr Setbon je le croise régulièrement au centre-ville, il ne m’a jamais remarqué (du moins je pense) parce que je ne l’ai jamais apostrophé, je l’ai même vu avec ses enfants sur le chemin de l’école. Même si je déteste sa fonction, je respecte son droit de vivre sereinement, surtout ses enfants, j’aurais juste aimé que ceux des Feraj aient les mêmes chances… C’est comme des policiers que je croise en ville avec leur famille, je détourne les yeux, nous ne sommes pas en manif ! Par contre lorsque eux me croisent dans ma vie lambda, ils n’hésitent pas à m’apostropher  » t’es pas en manif ? AHAH « , ça reste enfantin en général, mais c’est malaisant.

« Avez-vous conscience qu’ils sont injurieux », lui demande le président. « Aujourd’hui, oui », avoue le trentenaire. « J’ai agi sous le coup de la colère. J’ai conscience de la violence de mes propos. » En revanche, il ne prononce pas une parole de regrets.

J’avais fais le choix de ne pas m’excuser, j’y avais bien réfléchi pour le coup. Car c’est une erreur, certes, mais j’ai décidé de l’assumer. Surtout que ce contre quoi je me suis élevé est bien plus ignoble à mon sens et au sens de beaucoup de gens !

 » Mon client est d’origine modeste. Il s’est élevé grâce à la République. Plus tard, il a voulu la servir. Il ne fait qu’appliquer les lois, en toute impartialité. « 

J’avais envie de pleurer, j’attendais les violons à ce moment là… La République mon arrière grand-père l’a sauvée du barbarisme nazi et vichyste, il a fait passer des personnes en zone libre, 42 au total. Il faisait passer des armes, de la nourriture, des médicaments… à la Résistance. Il a participé à la reconstruction de la France, au CNR et je pense que ce n’est certainement pas pour qu’un serviteur de l’État qui ne fait que reluire un siège sous ses fesses viennent faire des leçons à son arrière petit-fils qui lui s’engage auprès des humain-e-s les plus précaires pour la Justice et le progrès social !

 » je trouve que le manque d’intelligence des arguments du prévenu dans son article en ligne est inquiétant.  »

Cette phrase, somme toute banale, peut se comprendre dans le contexte, c’est l’exposé de madame le Procureur. Étrangement le journaliste de l’Est s’en sert comme accroche en la reformulant de manière plus dure que le Procureur :

« Un manque d’intelligence inquiétant »

Déjà que lors de ma garde-à-vue on m’avait demandé d’où je sortais ces textes car je n’ai qu’un BEP, ils ont beaucoup de mal à comprendre que l’on puisse  être fils d’une femme de ménage et d’un agent de de sécurité, faiblement diplômé,  » mulâtre  » (c’est écrit tel quel dans la procédure : type métis, mulâtre) et avoir un certain talent d’écriture, une faculté à penser… wouahou ! Et surtout s’obstiner à combattre l’injustice sociale et la misère avec acharnement. Quel affreux monstre cette magnifique mais pudique ville de Besançon a-t-elle fait naître ? Un pauvre qui aide les pauvres, vous vous rendez compte ! C’est honteux ! Faudrait me jeter en prison !

Je tiens à ajouter que j’ai essayé de m’exprimer quand le juge m’a donné la parole, mais quand j’en suis arrivé à l’affaire il m’a coupé la parole en me disant que je dépassais les bornes. Voici donc la déclaration interdite que je comptais faire :

Monsieur le président Je voudrais tout d’abord vous assurer de ma sidération d’être convoqué ce jour devant le Tribunal. Évidemment, vous me condamnerez. Ce que j’ai écrit et assume relève si l’on veut bien s’y attarder brièvement de la diffamation. Il n’y a rien de plus simple à juger. Je m’étonne même d’être convoqué à cet effet. Pourtant les faits qui me sont reprochés ne sont, à mon sens, pas tant délictueux que ce contre quoi je me suis élevé.
Il est vrai que je suis le rédacteur du journal en ligne « Le Libertaire Bisontin » où s’expriment des idées affirmées, pour ne pas dire des opinions radicales. Elles sont cependant en phase avec une actualité qui paraît pour le moins étonnante. Mon plaidoyer va donc s’appuyer sur des faits, des témoignages et d’autres éléments de réflexion, ce que le tribunal n’aura pas à juger aujourd’hui mais qui me paraît essentiel à comprendre. Je vous demande donc de porter une attention aux arguments qui sont les miens, avant de faire votre œuvre.
Suite à l’expulsion que je trouve particulièrement honteuse de la famille Feraj l’automne dernier, je me suis senti le droit sinon le devoir de faire part au grand jour de ma consternation et de ma désapprobation. Alors que j’observais une grève de la faim depuis quatre jours en place publique, fatigué, stressé, sollicité en permanence, notamment par le milieu associatif local et international, j’ai laissé s’épancher une légitime colère. Dans un billet certes un peu virulent j’ai dénoncé les méthodes du secrétaire général du préfet du Doubs, M. Setbon, ce qui me vaut le désagrément d’être ici convoqué.
Je tiens à rappeler que les pratiques sociétales de l’Albanie d’où proviennent les Feraj sont bien différentes du cadre légal de la France. Là-bas il existe une loi tacite, dite du « Kanun », issue du droit coutumier médiéval, pas si éloignée de la vendetta corse, en bien pire. Ces rites permettent à un membre d’une famille qui se dit lésée d’ordonner la suppression physique des individus dotés d’un appareil reproducteur masculin de la famille adverse, enfants comme adultes ! Mettant ainsi en cause la survivance de toute une lignée. C’est cela que fuyaient les Feraj et ce vers quoi on les a renvoyés sans les entendre.
Oui, j’ai eu des mots durs, qui vous paraîtront blessants. La référence à « Iznogoud » est tirée d’une bande-dessinée bien connue, non censurée et accessible à toutes/tous, y compris le public mineur qui trouve là sujet à rire et non à avilir. Certes, des mots tels que : « pourriture » » portefaix » peuvent paraître méprisants, ainsi que « petit être répugnant », mais l’état de fatigue et d’exaspération lié à mon engagement physique (grève de la faim) et moral ont fait de moi un porte-parole quelque peu turbulent.
Pour d’autres termes incriminés tels que « menteur professionnel », il font référence au fait que les réseaux associatifs de soutien aux demandeurs d’asiles ont été avisés du retour du père et des enfants Feraj, tandis que la mère était à l’hôpital Jean Minjoz. M. Setbon leur avait assuré qu’ils ne seraient pas expulsés vers le Kosovo avant la fin de cette situation. Ce alors que les billets étaient prêts !
Imaginez donc la colère des militant-e-s et de moi-même lorsqu’ils ont pris conscience de s’être fait aussi perfidement abuser. Comment un représentant de L’État peut-il ainsi berner ses propres administrés ? C’est cela qui a déclenché ma colère et rempli ma plume de fiel. Quant au terme « pervers narcissique », il est tout droit issu du vocabulaire de la psychanalyse. Il ne me semble pas que le Dr Freud, enseigné dans les lycées et les facultés, ait été poursuivi en justice dans ce pays
Par ailleurs, les termes de la prévention qui me font paraître aujourd’hui devant vous font mention d’une citation totalement étrangère au journal en ligne « Le Libertaire Bisontin » dont je suis le rédacteur. En effet, les termes suivants qui me sont reprochés, je cite : « empêcher les pourris comme lui de dormir » n’a jamais paru sur ce site, ainsi qu’a pu le constater l’officier de Police Judiciaire, ces propos sont tirés du blog Infos Libertaire » qui les a repris du journal local « S éditions » dont je ne suis pas l’auteur. Était-il nécessaire de charger la barque pour me voir condamné. N’a-t-on pas suffisamment d’arguments pour que le pot de fer brise une nouvelle fois le pot de terre et qu’il faille en rajouter.
Conclusion
Ce que j’ai écrit, je l’assume, pas le reste que l’on veut me voir endosser et je le redis cela n’est rien d’autre à mes yeux que de l’auto-défense. On me convoque en effet pour avoir exprimé des pensées que je ne suis pas le seul à partager, loin de là ! Je rappellerai seulement ces mots d’un illustre Bisontin dont l’enseignement rayonne toujours dans le monde entier : « celui qui ouvre une porte d’école ferme une prison ». Or voici que ce sont à des enfants qu’on a entravé les chemins de la Liberté. Pour eux je suis engagé, avec eux je suis engagé.

De l’abstention à l’anarchie – Tract des libertaires de Besançon

Je n’ai pas eu l’occasion de publier ce tract qui a été réalisé collectivement pour le 1er Mai. Mais avec les législatives qui approchent, il est toujours d’actualité. Il est signé par l’ensemble du milieu libertaire (CNT 25, Groupe anarchiste solidaire, Groupe Proudhon, des autonomes), je le reproduit ici. Puisse t’il vous donner du grain à moudre…

De l’abstention à l’anarchie

S’abstenir, oui mais pourquoi ?

 Face au manque de confiance de plus en plus évident, envers le système politique en place, de plus en plus de gens, conscient.e.s chacun.e à leur façon, s’abstiennent d’aller voter. Même si le discours républicain, omniprésent, décrit les « abstentionnistes » comme des feignant.e.s ou des irresponsables désintéressé.e.s, nous savons que beaucoup de celles et ceux qui refusent d’élire ont une réelle conscience politique. Que ce soit par écœurement de la « politique politicienne » (promesses, mensonges, opportunisme carriériste, affaires judiciaires et autres frais de bouche indécents) et/ou par une forme de lucidité motivée par un idéal politique, comme l’anarchie, les raisons de ne pas se soumettre au jeu électoral sont multiples. En tant qu’anarchistes, nous n’oublions pas que l’abstention, loin d’apporter une solution immédiate, reste néanmoins une façon de ne pas donner son accord, son adhésion à cette forme d’organisation politique qu’est la démocratie dite « représentative ». En effet, moins le taux de participation au scrutin est élevé, moins les candidat.e.s, quel que soit leur score, se trouveront légitimes dans leur tentative de prendre le pouvoir.

Donc on ne vote pas, mais après ?

 L’abstention est loin d’être une fin en soi, c’est un moyen d’expression contestataire, mais pas un moyen concret d’avancer. Si nous, anarchistes, refusons pour la plupart de voter, c’est parce que, à l’opposé de la démarche électorale, nous préférons lutter par nous-mêmes, de façon concrète et active. Le temps et l’énergie que nous investissons quotidiennement dans des mobilisations contestataires et / ou solidaires, représentent à nos yeux la meilleure résistance possible contre le capitalisme, tout en démontrant dès aujourd’hui qu’une organisation autogestionnaire est possible, en plus d’être souhaitable. Pour nous, cet engagement est bien plus efficace et prometteur pour l’avenir, que ne peut l’être l’élection d’un.e chef, aussi bien d’un point de vue politique que pour des avancées concrètes dans nos vies personnelles. Nous pensons que la libération des individu.e.s et l’égalité sociale ne s’obtiendront que par les luttes solidaires des classes dominées. Les congés payés, la limitation du temps de travail hebdomadaire, le salaire minimum, les systèmes de solidarité comme le financement des retraites, sont quelques exemples de droits acquis suite à de nombreuses luttes. L’État-providence n’est pas un cadeau que nous auraient fait les dirigeant.e.s, par altruisme ou philanthropie. Il n’existe que parce qu’il a aidé à contenir les révoltes.

 Alors on fait la révolution, mais après ?

 Nous ne prétendons pas avoir de solutions toutes faites et toutes prêtes, qu’on diffuserait comme une vérité dogmatique. D’ailleurs, une telle attitude s’apparenterait bien plus à l’approche des partis politiques, voire à celle de la « mouvance » conspirationniste. Nous pensons que l’expérimentation est un principe nécessaire à une progression politique et sociale, sur des bases autogestionnaires. Nous la développons déjà quotidiennement dans les organisations de nos groupes, syndicats, squats, et dans nos relations humaines en général.

Donc l’autogestion c’est quoi ?

 La forme d’organisation sociale et politique que nous promouvons repose sur le principe d’horizontalité (absence de hiérarchie), indispensable pour traiter toute personne de façon égalitaire, et nous préserver du pouvoir qui découle des statuts de « supérieur.e.s ». Un autre élément central est l’exigence d’une participation des individu.e.s dans le processus de prise de décisions, au sein d’assemblées générales (discussions collectives), afin de ne pas abandonner ce droit et ce devoir à d’autres.

Un des principes fondamentaux de l’autogestion est aussi que tout mandat soit impératif et révocable. C’est à dire que quand quelqu’un.e est élu.e, c’est pour une tâche bien précise qu’il ne peut pas outrepasser, et que la personne peut être démise de son mandat à n’importe quel moment, si on estime qu’elle ne fait plus ce qu’on lui a demandé.

C’est un des gros défauts dans l’organisation électorale que nous contestons : donner tout le pouvoir à une personne pendant cinq ans, sur la base d’un programme qui ne nous convient déjà pas au départ, et que rien ne l’oblige à mettre en application par la suite.

Selon nos principes de base, toutes les décisions sont prises en assemblées générales, assemblées auxquelles tout le monde a le droit de participer, et a exactement les mêmes droits et les mêmes pouvoirs que toutes les autres. Certes, on choisit quelques personnes au début de chaque assemblée pour former un bureau chargé d’organiser les discussions, mais justement, avec un mandat impératif et révocable. Nous considérons que c’est sur ces bases-là qu’on peut parler de démocratie.

OK, mais comment on s’organise dans l’espace ? Si il n’y a plus d’État, il n’y a plus de pays ?

 Par le fédéralisme, sans pour autant reproduire le système suisse ou américain. Par exemple, on pourrait très bien construire une société dans laquelle différents groupes se réuniraient en assemblées générales. Les principaux axes de regroupement seraient les lieux de production et les lieux de vie (quartiers, villages), mais on peut très bien en imaginer d’autres. Chaque personne concernée par sa propre situation (en tant que travailleur.euse, habitant.e ou n’importe quel autre critère d’appartenance posant un problème social) pourrait alors s’exprimer et prendre part aux décisions qui impacteront ensuite ses conditions de vie. Entendu de cette façon, le travail serait radicalement différent de ce qu’il est aujourd’hui pour la majorité des gens, c’est à dire un monde où règnent la pénibilité, la peur, l’égoïsme, le harcèlement sexuel, et le manque d’utilité et donc de reconnaissance sociale.

Nous sommes tout à fait conscient.e.s qu’une fois que le capitalisme sera détruit, il faudra quand même bien produire de quoi vivre. Mais l’avantage du modèle d’organisation que nous défendons, c’est que tout le monde pourra participer aux décisions d’investir, ou pas, nos forces de travail dans telle ou telle ressource ou telle ou telle cause jugée utile et prioritaire.

Ces assemblées locales pourront se concerter dans des assemblées régionales, avec ces fameux.ses mandaté.e.s impératif.ve.s et révocables, qui pourront à leur tour mandater et se concerter dans des assemblées elles mêmes à plus grande échelle, c’est à dire nationales, continentales, voire mondiales… sans que le pouvoir sur les décisions ne passe dans les mains de quelques-un.e.s.

Super principe, mais ça ne risque pas de prendre beaucoup de temps ?

 Si, en effet ce système demande nettement plus de temps. Mais si on veut tou.te.s avoir notre part de pouvoir pour réellement peser dans l’organisation collective et avoir notre légitime « part du gâteau », il faut

s’investir beaucoup plus que de mettre un papier dans une boite tous les cinq ans. Par exemple, si le pouvoir était réparti équitablement, on ne dépenserait pas toutes ces forces à construire des produits de luxe pour les riches. Qui, à l’heure actuelle, peut s’acheter une Porsche? Qui se déplace fréquemment en avion au point de vouloir construire un nouvel aéroport comme celui de Notre Dame des Landes?

La haute bourgeoisie ou les « très très riches », en possédant la plus grande partie du capital, orientent la production dans les secteurs qui les intéressent et qui génèrent le plus de profits, même si cela passe par des guerres ou un recul de nos conditions de vie.

Dans une société libertaire, l’obsolescence programmée, qui consiste à prévoir un dysfonctionnement inévitable afin de créer une panne et contraindre les gens à racheter de nouveaux biens de consommation, n’existerait tout simplement pas. Nous produirions utile et efficace pour que personne ne manque de rien de fondamental. En sélectionnant ainsi nos priorités sociales et économiques, on pourrait dégager suffisamment de temps pour nous consacrer à une vraie citoyenneté. Cet élan citoyen devrait nécessairement s’accompagner d’une refonte de l’école, laquelle laisserait une place importante pour une réelle instruction civique des enfants et des adolescent.e.s, orientée vers l’apprentissage de la réflexion politique et de l’organisation collective.

Voici quelques principes de base théorisés, et surtout utilisés concrètement, par les anarchistes depuis maintenant plus d’un siècle. Nous ne sommes pas contre tout, nous n’allons pas manifester ou organiser des  actions juste pour le plaisir de caillasser quelques flics (même si ça peut largement se comprendre) ; nous avons un projet concret derrière tout ça, trop souvent occulté par les partis politiques, les médias et aussi par les groupes non libertaires avec qui nous sommes alliés sur certaines causes. C’est pourquoi nous prenons aujourd’hui la peine d’expliquer quelques-uns de ces principes qui définissent l’anarchie, trop souvent ignorés des gens lorsqu’on leur parle de ce mouvement politique.

Et si je veux essayer tout ça, ou si je veux en savoir plus, je fais comment ?

Différents groupes anarchistes publient et vendent des journaux, des livres, mettent des documents et des ressources à disposition, organisent des rencontres, des projections, des discussions ou simplement des permanences. Si tu es intéressé.e, tu peux t’adresser à la librairie L’ Autodidacte, située place Marulaz à Besançon, lors de ses permanences.

Vive la révolution, vive l’autogestion, vive l’anarchie !!!

Besançon : l’appel du 7 juin… Procès d’un résistant, parmi d’autres

 Je suis convoqué devant le tribunal correctionnel le 7 juin à 13h30 (TGI de Besançon – rue Mégevand) pour avoir, par des écrits, exprimé mon ressenti quant à l’expulsion de la famille Feraj cet automne. Dans mon billet, j’avais employé des termes qui me sont reprochés. Voici la déclaration que je compte faire devant la Cour.

Introduction

 Je voudrais tout d’abord vous assurer de ma sidération d’être convoqué ce jour devant le Tribunal. En effet, les faits qui me sont reprochés ne sont à mon sens, non délictueux. Il est vrai que je suis le rédacteur du journal en ligne  » Le Libertaire Bisontin  » où s’exprime des idées affirmées. Toutefois, pour des raisons que j’expliciterai ci-après, ce média n’est pas porteur de diffamations ni d’invectives, il s’agit d’exprimer des opinions, certes radicales, mais en phase avec une actualité qui paraît pour le moins étonnante. Mon plaidoyer va donc s’appuyer sur des faits, des témoignages et d’autres éléments de réflexion. Je demande à la Cour de porter attention aux arguments qui sont les miens.

 Suite à l’expulsion particulièrement honteuse de la famille Feraj l’automne dernier, je me suis senti le droit sinon le devoir de faire part au grand jour de ma consternation et de ma désapprobation. Alors que j’observais une grève de la faim depuis quatre jours en place publique, fatigué, stressé, sollicité en permanence, notamment par le milieu associatif local et international. J’ai fait alors apparaître une légitime colère.  Dans un billet un peu virulent je dénonçais les méthodes du secrétaire du préfet, mr Setbon, ce qui me vaut le désagrément d’être ici convoqué.

 Je tiens à rappeler que les pratiques sociétales de l’Albanie sont bien différentes du cadre légal de la France. Là-bas il existe une loi tacite  » la loi  du Kanun  » issue du droit coutumier médiéval, pas si éloignée de la vendetta corse ; ces rites permettent à un membre d’une famille qui se dit lésée la suppression physique des individus dotés d’un appareil reproducteur masculin de la famille adverse, enfants comme adultes ! Mettant ainsi en cause la survivance de toute une lignée.

 Quant à la référence à  » Iznogoud « , elle est tirée d’une bande-dessinée bien connue, non censurée et accessible à toutes/tous, y compris le public mineur qui trouve là sujet à rire et non à avilir.

 Certes, des mots tels que :  » pourriture  »  » portefaix  » peuvent paraître méprisants, ainsi que  » petit être répugnant « , mais l’état de fatigue et d’exaspération lié à mon engagement physique (grève de la faim) et moral ont fait de moi un porte-parole quelque peu turbulent.

 Pour d’autres termes incriminés tels que  » menteur professionnel « , les réseaux associatifs de soutien aux demandeurs d’asiles ont été avisés du retour du père et des enfants Feraj tandis que la mère était à l’hôpital J. Minjoz et que mr Setbon avait assuré qu’ils ne seraient pas expulsés vers le Kosovo avant la fin de cette situation, alors que les billets étaient prêts ! Imaginez donc la colère des militant-e-s et de moi-même lorsqu’ils ont pris conscience de s’être fait aussi perfidement abusés.

 Comment un représentant de L’État de droit pourrait ainsi berner ses propres administrés ?

 Quant au terme  » pervers narcissique  » , il est tout droit issu du vocabulaire de la psychanalyse, il ne semble pas que le Dr Freud, enseigné dans les lycées et les facultés, ait été poursuivi en justice dans ce pays.

 Par ailleurs, la  » convocation en Justice  » (cf: art. 390-1 du code de procédure pénale) qui fait que je me trouve devant vous aujourd’hui fait mention d’une citation totalement étrangère au journal en ligne  » Le Libertaire Bisontin  » ; en effet,  » empêcher les pourris comme lui de dormir  » n’a jamais paru sur ce site, ainsi qu’a pu le constater l’officier de Police Judiciaire, ces propos sont tirés du blog  » Infos Libertaire  » qui les a repris du journal local «  Séditions  » dont je ne suis pas l’auteur.

 Conclusion

 Ce que j’ai prononcé n’est autre que de l’auto-défense. On me convoque en effet pour avoir exprimé des pensées que je ne suis pas le seul à partager, loin de là ! Je rappellerai seulement un illustre Bisontin en son temps :  » celui qui ouvre une porte d’école ferme une prison « . Or voici que ce sont à des enfants qu’on a entravé les chemins de la Liberté. Pour eux je suis engagé, avec eux je suis engagé.

 Voilà, c’est ce que je dirai lors de mon procès, mercredi 7 juin à 13h30. Je vous invite à venir assister à l’audience pour me soutenir. N’hésitez pas à reproduire ce texte, à le diffuser autour de vous.

Solidarités avec les solidaires !

LA LUTTE CONTINUE !

Mais les anarchistes ne votent pas ?

Se dire anarchiste veut dire beaucoup, mais cela peut aussi ne rien vouloir dire du tout. Dans un monde d’identités faibles, quand tout semble s’estomper dans le brouillard de l’incertitude, se considérer anarchiste peut être une manière comme une autre de suivre un drapeau, rien de plus.

Mais parfois l’anarchisme est une étiquette inconfortable. Il peut te mettre des questions dans la tête, auxquelles il n’est pas facile de répondre. Il peut te faire remarquer les étranges contradictions de ta vie : le travail, le rôle que la société t’a imposé, le statut auquel toi-même tu participes, la carrière à laquelle tu n’arrives pas à renoncer, la famille, les amis, les enfants, le salaire en fin de mois, la voiture et la maison dont tu es propriétaire. Pauvre de moi, fixer une distance entre ces attributs et ses idées fondamentales, entre ce que nous sommes et l’être anarchiste, cela ressemble beaucoup à cette lutte entre l’être et le devoir-être qui faisait sourire Hegel : le devoir-être perd toujours.

Du coup, nous sommes anarchistes parce que nous lisons les journaux anarchistes, parce que nous considérons la pensée et l’histoire anarchiste comme notre pensée et notre histoire. Nous sommes anarchistes parce que nous nous abritons dans le mouvement, à l’abri des intempéries de la vie, parce que nous le considérons comme notre maison rassurante, parce que nous aimons voir les visages des compagnons, écouter leurs petites histoires domestiques et leur raconter nos petites histoires domestiques, le tout à répéter à l’infini – et ainsi soit-il.

Si quelqu’un pose des problèmes, pas tellement avec sa langue plus ou moins acérée, mais avec les choses qu’il fait, en mettant en danger cette position rassurante, cette sensation de protection, de se sentir comme chez soi, alors nous le rappelons à l’ordre, en lui listant au grand complet les principes de l’anarchisme, auxquels nous restons fidèles. Et, parmi ceux-ci, il y a celui de ne pas aller voter. Les anarchistes ne votent pas, sinon quels anarchistes seraient-ils ?

Tout est bien clair et lisse. Et pourtant, notamment ces derniers temps, ont été avancées des objections, des perplexités.

Quelle signification y-a-t-il dans le fait de ne pas aller voter ? Il existe une signification, ils ont répondu en chœur, spécialement parmi les plus âgés. Parce que voter c’est déléguer et les anarchistes sont pour la lutte directe. Joli, dirais-je, très joli.

Mais quand cette lutte consiste seulement dans le fait de témoigner de ses principes (donc également son abstentionnisme), et rien de plus, quand cela consiste dans le fait de se retirer en étant mal à l’aise quand quelques compagnons décident d’attaquer les hommes et les réalisations du pouvoir, ou bien consiste dans le fait de rester silencieux face aux actions des autres, quand c’est cela la lutte, eh bien, alors autant aller voter.

Pour ceux qui considèrent l’anarchisme comme le tranquille gymnase de leurs opinions (et de celles d’autrui) sur un monde qui n’existe pas – et n’existera jamais – tandis que pour eux les jours se suivent l’un après l’autre dans la grisaille monotone des matins tous identiques, des gestes tous identiques, des travaux, affects, hobbies et vacances tous identiques, pour ces derniers, quel sens y-a-t-il à s’abstenir, si ce n’est de réaffirmer, à peu de frais et avec assez de clarté, leur identité anarchiste ? Cependant, à bien y regarder, si leur anarchisme est seulement cette enseigne poussiéreuse et ridicule, dans un terrain de certitudes monotones et escomptées, il vaut mieux se décider à aller voter. Leur abstention ne signifie rien.

Ils pourront sans problèmes voter aux présidentielles, et aussi aux élections locales. A bien y réfléchir, ils pourront ainsi choisir de défendre un morceau de démocratie qui, à bien y regarder, est toujours mieux qu’une dictature qui remplirait les stades et les camps de concentration, dans l’attente de dresser des listes de proscription. Les tanks dans les rues (signal mythique du pouvoir qui se propage de façon indiscriminée, quand tu finis à l’échafaud pour un simple mot, pour un symbole mal compris de la part d’obtus exécuteurs d’ordre en uniforme) sont un truc dangereux, il vaut mieux les bavardages inutiles, et au fond discutables, de n’importe quel clown en veste démocratique. On ne rigole pas avec certaines choses, mieux vaut courir voter, spécialement dans une période dans laquelle des millions de personnes ne semblent pas comprendre la valeur des élections. L’abstention à des millions n’a plus de sens anarchiste, on risque d’être confondu avec la masse inculte qui n’est même pas capable de tracer une croix sur du papier ou qui s’amuse à peu de frais en gribouillant des phrases obscènes sur le bulletin.

Après, il y a les compagnons qui maintiennent des positions proches du municipalisme libertaire et du syndicalisme révolutionnaire de base. Ceux-ci, toujours d’après moi, ne devraient pas courir derrière les fantasmes de l’abstentionnisme. Leur objectif devrait être, au moins, la participation massive et significative aux élections locales, de manière à donner à leurs représentants les instruments adaptés pour gouverner la chose publique en périphérie. Peut-être que les anarchosyndicalistes (mais est-ce qu’il y en a encore ?) pourraient même aller voter aux présidentielles, mais cela devrait être une décision prise après mûre réflexion, même si, personnellement, je la considère comme un choix tout à fait cohérent avec leurs idées de lutte syndicale.

Il reste de nombreux autres anarchistes. Il reste ceux pour lesquels leur anarchisme est un choix de vie, pas une conception à opposer, dans un tragique et insoluble oxymore, aux mille problèmes d’apparence que la société codifie et impose.

Pour ces compagnons, l’abstention est seulement une des nombreuses occasions de dire « non ». Leur action anarchiste se réalise dans bien d’autres faits et ce sont justement ces faits qui donnent une lumière et une signification différente à cette façon de dire « non ».

Alfredo M. Bonanno

P.S.

Texte publié la première fois en italien dans le n°29 de Canenero (2 juin 1995). Traduit et publié en français par le site Attaque en mars 2017.

Source : https://infokiosques.net/spip.php?article1414

Publications: Parution de Lucioles n°20 – décembre 2014

Lucioles n°20 - décembre 2014.

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Lucioles est un bulletin apériodique, on peut y lire des textes d’analyse et d’agitation autour de Paris (et sa région) et de son quotidien dans une perspective anarchiste. Lire la suite