Réaction suite à l’article de l’Est Républicain sur mon procès

Cela ne suffisait pas de me gronder en public au tribunal il fallait aussi me traîner dans la boue dans la presse locale. Un article de l’Est Rép’ daté du 12 juin intitulé  » jugé pour injures sur un représentant de l’État  » dresse un portrait de moi pour le moins cocasse.

 » Le jeune trentenaire se tient à la barre des témoins […] Il est calme […] son attitude posée tranche avec les propos publics injurieux et diffamatoires qu’il a utilisé […] « 

Comme c’est étonnant ! Le méchant vilain pas beau que je suis n’est pas l’excité auquel ils s’attendaient ! Ils s’attendaient peut être à ce que je fasse caca devant eux en me mettant un doigt dans le nez tout en faisant le canard, ou encore à ce que je vienne avec un entonnoir sur la tête ?!

 » Énervé et triste d’apprendre qu’une famille étrangère allait être expulsée […] Ce rédacteur s’en est vertement pris au représentant de l’État, jugé unique responsable d’une tragédie humaine […]

A qui fallait il que je m’en prenne, au pape ? Et oui j’étais en colère et triste, je n’étais pas le seul, j’ai alors pris la plume pour porter la parole de Genita, 15 ans, ce texte a beaucoup ému, j’ai même vu un ami à moi, un dur à cuire, pleurer en le lisant alors que depuis des années qu’on se connaît, je ne l’ai jamais vu verser une larme. Mon texte a été exposé au FRAC (fond régional d’art contemporain) et a été cité deux fois dans une pièce en Haute-Saône qui expose l’actualité sous forme de théâtre. Il n’a rien d’ordurier hormis quelques phrases qui m’ont échappées c’est vrai mais qui sont loin d’être représentatives du dit texte dans son ensemble. Ils me reprochent quelques lignes d’emportement, moi  je trouve qu’on me reproche un  » crime de lèse majesté  » (…)

 » Des qualificatifs tels que menteur professionnel ou petit être répugnant, entre autres, ont fortement blessé l’homme visé « 

 » petit être répugnant  » c’est stupide je le reconnais, attaquer quelqu’un sur son physique c’est bas et c’est contre quoi je me bat tous les jours, je n’aurais pas dû employer ce terme. Je le regrette et même si je combat ce genre de discrimination, je n’en suis pas moins imprégné car toutes/tous, nous baignons dans un gigantesque bain de merde (racisme, sexisme, discrimination en tous genre…)  et que dans la colère, en tout cas en ce qui me concerne, toute la fosse sceptique remonte et déborde parfois. C’est comme le terme  » fils de p*** « , je l’ai entièrement éliminé de mon vocabulaire, j’ai eu beaucoup de mal ayant grandi dans une ZUP, j’entendais ce terme des dizaines de fois par jour, malgré tout lorsque je suis très énervé il me revient à la bouche. Si je vous dit tout ça, c’est pour que vous compreniez bien que nous faisons chacun-e avec les armes qu’on a, qui ne sont parfois pas les meilleurs c’est sûr. Il faut retenir qu’on a le droit de faire des erreurs, sans cela comment avancerait on ?

Par ailleurs si le secrétaire du Préfet s’est senti fortement blessé, je ne pense pas que se soit le plus grave, selon moi c’est parce qu’il a menti aux relais associatifs de soutien aux demandeurs d’asile, il a affirmé que les enfants arrachés à leur mère le matin même lorsqu’elle a fait sa crise d’épilepsie, ainsi que leur père, qui ont été placés en centre de rétention, ne seraient pas expulsés tant que la mère était encore à l’hôpital J. Minjoz. Intox puisque le lendemain même les enfants et le père était expulsés sans la mère ! Pour moi ça relève du mensonge…

 » D’après le rapport d’enquête, le prévenu aurait même sommé la collectivité anarchiste de « l’empêcher de dormir », sachant apparemment où sa cible vivait et se promenait à pied. Bien que tremblant, le prévenu se tient droit face aux magistrats et confirme ces propos.  »

Alors là je rigole ! On nage dans le fantasme total. Les gens qui me connaissent savent très bien que ce n’est pas vrai et doivent bien rire aussi en lisant cela. Et c’est faux, je n’ai pas confirmé ces propos, si  le journaliste de l’Est avait écouté comme il faut, le rapport révèle que ces propos sont tirés d’un journal local  » Séditions  » dont je ne suis pas l’auteur. Lorsque l’Officier de la Police Judiciaire m’a demandé si je connaissais le ou les auteurs, je lui ai clairement dit que oui mais que je ne balancerai pas mes camarades, que nous ne fonctionnons pas comme ça. Lisez le dossier avant de dire des absurdités !

Autre chose, Mr Setbon je le croise régulièrement au centre-ville, il ne m’a jamais remarqué (du moins je pense) parce que je ne l’ai jamais apostrophé, je l’ai même vu avec ses enfants sur le chemin de l’école. Même si je déteste sa fonction, je respecte son droit de vivre sereinement, surtout ses enfants, j’aurais juste aimé que ceux des Feraj aient les mêmes chances… C’est comme des policiers que je croise en ville avec leur famille, je détourne les yeux, nous ne sommes pas en manif ! Par contre lorsque eux me croisent dans ma vie lambda, ils n’hésitent pas à m’apostropher  » t’es pas en manif ? AHAH « , ça reste enfantin en général, mais c’est malaisant.

« Avez-vous conscience qu’ils sont injurieux », lui demande le président. « Aujourd’hui, oui », avoue le trentenaire. « J’ai agi sous le coup de la colère. J’ai conscience de la violence de mes propos. » En revanche, il ne prononce pas une parole de regrets.

J’avais fais le choix de ne pas m’excuser, j’y avais bien réfléchi pour le coup. Car c’est une erreur, certes, mais j’ai décidé de l’assumer. Surtout que ce contre quoi je me suis élevé est bien plus ignoble à mon sens et au sens de beaucoup de gens !

 » Mon client est d’origine modeste. Il s’est élevé grâce à la République. Plus tard, il a voulu la servir. Il ne fait qu’appliquer les lois, en toute impartialité. « 

J’avais envie de pleurer, j’attendais les violons à ce moment là… La République mon arrière grand-père l’a sauvée du barbarisme nazi et vichyste, il a fait passer des personnes en zone libre, 42 au total. Il faisait passer des armes, de la nourriture, des médicaments… à la Résistance. Il a participé à la reconstruction de la France, au CNR et je pense que ce n’est certainement pas pour qu’un serviteur de l’État qui ne fait que reluire un siège sous ses fesses viennent faire des leçons à son arrière petit-fils qui lui s’engage auprès des humain-e-s les plus précaires pour la Justice et le progrès social !

 » je trouve que le manque d’intelligence des arguments du prévenu dans son article en ligne est inquiétant.  »

Cette phrase, somme toute banale, peut se comprendre dans le contexte, c’est l’exposé de madame le Procureur. Étrangement le journaliste de l’Est s’en sert comme accroche en la reformulant de manière plus dure que le Procureur :

« Un manque d’intelligence inquiétant »

Déjà que lors de ma garde-à-vue on m’avait demandé d’où je sortais ces textes car je n’ai qu’un BEP, ils ont beaucoup de mal à comprendre que l’on puisse  être fils d’une femme de ménage et d’un agent de de sécurité, faiblement diplômé,  » mulâtre  » (c’est écrit tel quel dans la procédure : type métis, mulâtre) et avoir un certain talent d’écriture, une faculté à penser… wouahou ! Et surtout s’obstiner à combattre l’injustice sociale et la misère avec acharnement. Quel affreux monstre cette magnifique mais pudique ville de Besançon a-t-elle fait naître ? Un pauvre qui aide les pauvres, vous vous rendez compte ! C’est honteux ! Faudrait me jeter en prison !

Je tiens à ajouter que j’ai essayé de m’exprimer quand le juge m’a donné la parole, mais quand j’en suis arrivé à l’affaire il m’a coupé la parole en me disant que je dépassais les bornes. Voici donc la déclaration interdite que je comptais faire :

Monsieur le président Je voudrais tout d’abord vous assurer de ma sidération d’être convoqué ce jour devant le Tribunal. Évidemment, vous me condamnerez. Ce que j’ai écrit et assume relève si l’on veut bien s’y attarder brièvement de la diffamation. Il n’y a rien de plus simple à juger. Je m’étonne même d’être convoqué à cet effet. Pourtant les faits qui me sont reprochés ne sont, à mon sens, pas tant délictueux que ce contre quoi je me suis élevé.
Il est vrai que je suis le rédacteur du journal en ligne « Le Libertaire Bisontin » où s’expriment des idées affirmées, pour ne pas dire des opinions radicales. Elles sont cependant en phase avec une actualité qui paraît pour le moins étonnante. Mon plaidoyer va donc s’appuyer sur des faits, des témoignages et d’autres éléments de réflexion, ce que le tribunal n’aura pas à juger aujourd’hui mais qui me paraît essentiel à comprendre. Je vous demande donc de porter une attention aux arguments qui sont les miens, avant de faire votre œuvre.
Suite à l’expulsion que je trouve particulièrement honteuse de la famille Feraj l’automne dernier, je me suis senti le droit sinon le devoir de faire part au grand jour de ma consternation et de ma désapprobation. Alors que j’observais une grève de la faim depuis quatre jours en place publique, fatigué, stressé, sollicité en permanence, notamment par le milieu associatif local et international, j’ai laissé s’épancher une légitime colère. Dans un billet certes un peu virulent j’ai dénoncé les méthodes du secrétaire général du préfet du Doubs, M. Setbon, ce qui me vaut le désagrément d’être ici convoqué.
Je tiens à rappeler que les pratiques sociétales de l’Albanie d’où proviennent les Feraj sont bien différentes du cadre légal de la France. Là-bas il existe une loi tacite, dite du « Kanun », issue du droit coutumier médiéval, pas si éloignée de la vendetta corse, en bien pire. Ces rites permettent à un membre d’une famille qui se dit lésée d’ordonner la suppression physique des individus dotés d’un appareil reproducteur masculin de la famille adverse, enfants comme adultes ! Mettant ainsi en cause la survivance de toute une lignée. C’est cela que fuyaient les Feraj et ce vers quoi on les a renvoyés sans les entendre.
Oui, j’ai eu des mots durs, qui vous paraîtront blessants. La référence à « Iznogoud » est tirée d’une bande-dessinée bien connue, non censurée et accessible à toutes/tous, y compris le public mineur qui trouve là sujet à rire et non à avilir. Certes, des mots tels que : « pourriture » » portefaix » peuvent paraître méprisants, ainsi que « petit être répugnant », mais l’état de fatigue et d’exaspération lié à mon engagement physique (grève de la faim) et moral ont fait de moi un porte-parole quelque peu turbulent.
Pour d’autres termes incriminés tels que « menteur professionnel », il font référence au fait que les réseaux associatifs de soutien aux demandeurs d’asiles ont été avisés du retour du père et des enfants Feraj, tandis que la mère était à l’hôpital Jean Minjoz. M. Setbon leur avait assuré qu’ils ne seraient pas expulsés vers le Kosovo avant la fin de cette situation. Ce alors que les billets étaient prêts !
Imaginez donc la colère des militant-e-s et de moi-même lorsqu’ils ont pris conscience de s’être fait aussi perfidement abuser. Comment un représentant de L’État peut-il ainsi berner ses propres administrés ? C’est cela qui a déclenché ma colère et rempli ma plume de fiel. Quant au terme « pervers narcissique », il est tout droit issu du vocabulaire de la psychanalyse. Il ne me semble pas que le Dr Freud, enseigné dans les lycées et les facultés, ait été poursuivi en justice dans ce pays
Par ailleurs, les termes de la prévention qui me font paraître aujourd’hui devant vous font mention d’une citation totalement étrangère au journal en ligne « Le Libertaire Bisontin » dont je suis le rédacteur. En effet, les termes suivants qui me sont reprochés, je cite : « empêcher les pourris comme lui de dormir » n’a jamais paru sur ce site, ainsi qu’a pu le constater l’officier de Police Judiciaire, ces propos sont tirés du blog Infos Libertaire » qui les a repris du journal local « S éditions » dont je ne suis pas l’auteur. Était-il nécessaire de charger la barque pour me voir condamné. N’a-t-on pas suffisamment d’arguments pour que le pot de fer brise une nouvelle fois le pot de terre et qu’il faille en rajouter.
Conclusion
Ce que j’ai écrit, je l’assume, pas le reste que l’on veut me voir endosser et je le redis cela n’est rien d’autre à mes yeux que de l’auto-défense. On me convoque en effet pour avoir exprimé des pensées que je ne suis pas le seul à partager, loin de là ! Je rappellerai seulement ces mots d’un illustre Bisontin dont l’enseignement rayonne toujours dans le monde entier : « celui qui ouvre une porte d’école ferme une prison ». Or voici que ce sont à des enfants qu’on a entravé les chemins de la Liberté. Pour eux je suis engagé, avec eux je suis engagé.

Des nouvelles de mon procès

Tout d’abord je tiens à remercier les personnes présentes pour me soutenir ainsi que les personnes non-présente qui m’ont communiqué leur soutien sous diverses formes.

Le procès en lui même a été très rapide, le verdict doit tomber le 21 juin mais normalement il devrait y avoir au mieux : prescription des faits, au pire une amende symbolique de 1€. Le but étant d’après ce qu’on m’a fait comprendre de pouvoir me gronder en place publique.

J’en prend note…

LA  LUTTE CONTINUE ! LA LUCHA SIGUE !

Au pied du mur

J’ai proposé à un’ camarade de s’exprimer sur une affaire qui mérite qu’on s’y arrête. Depuis plusieurs semaines, cet’ camarade a été largement calomnié’ et fustigé’ de toute part pour avoir accusé quelqu’un d’abus sexuel. N’ayant pu s’exprimer clairement dans le milieu militant sans s’attirer directement les foudres de toutes part, je lui ai proposé de lui donner la parole ici. Le but étant de réparer des non-dit, des rumeurs… Et d’essayer d’avancer avec çà. Il faut savoir que Spangle a fait preuve de beaucoup de sagesse et a énormément pris sur ellui pour rédiger ce billet de manière constructive, merci d’y prêter attention. A noter que le camarade qui a commis cet abus est aussi un ami à moi, pour le moment il a des choses importantes à régler dans sa vie, il n’est donc pas disponible n’étant même pas sur Besançon, mais lorsqu’il reviendra je compte avoir une discussion avec lui et ensuite, éventuellement je leur proposerai une discussion à tous les deux. J’espère vraiment que nous pourrons aller de l’avant, dans les meilleurs conditions possible pour toutes/tous.

Note de la rédaction


La figure du méchant violeur

Les médias et toute notre culture nous offrent de solides figures de méchants : nazis, terroristes islamistes, tueurs en série, etc, sans oublier les violeurs. Ainsi pouvons-nous sentir que nous sommes dans le bon camp, celui des gens qui « ne feraient jamais ça ». Le schéma : je suis tellement différent.e de ces méchant.e.s que je suis forcément gentil.le, peut sembler ridicule lorsqu’il est énoncé ainsi, mais il fonctionne très bien le reste du temps.

Que fait un homme qui clame sa haine viscérale des violeurs, et détaille toutes les atrocités qu’il aimerait leur faire subir ? Il affirme qu’un gouffre le sépare de tels monstres. Qu’un violeur et lui, ça fait deux. Malheureusement cette affirmation est gratuite. Elle n’empêche pas les gens ordinaires de commettre bien souvent des violences sexuelles, mais les pousse à s’aveugler, à ne pas s’interroger sur leur propre comportement.

Le consentement, 100 questions sur les interactions sexuelles

La culture du viol commence là, en nous faisant croire que des gens comme vous, moi, et nos potes, ne risquons pas de commettre de violences sexuelles puisque nous sommes bien intentionné.e.s, pas comme les méchants violeurs qu’on voit à la télé.

Zone grise

Ses effets sur la parole des victimes

Supposer que des personnes ordinaires, a fortiori des gens qu’on connaît, ne « pourraient jamais faire ça », c’est récuser d’emblée toute dénonciation de tels actes. En entendant une victime accuser son agresseur, on va se trouver face à un dilemme fallacieux : il faudrait, soit identifier la personne mise en cause à cette figure du « méchant violeur », soit considérer les faits comme n’ayant pas eu lieu ou ne constituant pas une violence sexuelle… ce que les gens choisissent le plus souvent de faire.

Ce système est très dissuasif et incite tout le monde à la minimisation et au déni (y compris, souvent, la victime elle-même). La culture du viol donne par ailleurs toutes les facilités pour interpréter des faits de façon moins gênante et éviter de parler de violence sexuelle ; elle offre aussi de nombreux préjugés sur les victimes qui rendent toute dénonciation téméraire, voire impossible.

Après de prudentes tentatives pour parler de ce qu’elles ont vécu, la plupart des victimes se résignent à subir une deuxième violence, celle de devoir se taire, plutôt que de courir le risque d’une violence plus grande.

Spécificités du milieu militant

Les choses se passent un peu différemment dans le milieu militant. On y trouve plus de gens ayant quelques connaissances théoriques sur la culture du viol, et réprouvant ce mécanisme de silenciation. Mais voilà que surgit une nouvelle figure repoussoir : les méchant.e.s participant à la culture du viol, qui prennent la défense des méchants violeurs, s’obstinent dans le déni et s’acharnent collectivement sur la pauvre victime, à coups d’arguments dégueulasses et de slut-shaming. Quels salauds !

Les militant.e.s, évidemment, ne feraient jamais ça. Leur soutien à toute victime sera sans faille ! Bien sûr, iels sont un peu gêné.e.s à l’idée qu’il faudrait écorner la présomption d’innocence. Que les victimes n’aient, la plupart du temps, aucune preuve de ce qu’elles dénoncent, soit. Que les fausses accusations soient rarissimes, peut-être. Mais de là à les croire sans preuve ? Au risque de plonger un innocent dans le cauchemar d’être accusé abominablement ?

https://lesoursesaplumes.info/2017/02/23/strategies-de-defense-des-agresseurs-sexuels-en-milieu-militant-et-comment-les-combattre-partie-13-definitions-et-formation/

Heureusement le problème peut être écarté, d’un optimiste « si le cas se présente on saura quoi faire », et surtout grâce à la certitude que ça n’arrive qu’aux autres.

Nous voyons ici qu’être militant.e et avoir des convictions antisexistes, ne signifie pas du tout que l’on est préparé.e à appliquer de vagues principes théoriques, à la réalité crue d’une situation qui nous concerne. L’enjeu est pourtant de taille. L’enjeu humain, apporter un soutien décent à la victime ou l’accabler, n’échappera à personne (du moins, tant qu’on reste dans la théorie). L’enjeu en tant que militant.e.s, est de remettre en question la culture du viol dans nos propres vies, ou au contraire de construire une légitimité à nos défaillances pour ne jamais y remédier.

Et justement…

Et justement, c’est ce qui arrive aujourd’hui. Une violence sexuelle a eu lieu et, comble de malchance, la victime ne veut pas se taire. Voici que j’ose parler, que j’ai le culot de dénoncer ce que j’ai subi de la part (horreur!) d’un militant, antisexiste notoire. Il y a plus ennuyeux encore : les faits ne sont pas spectaculaires, mais atrocement ordinaires. Il ne m’a pas sauté dessus, ni frappé ; il n’a pas profité d’un état d’ivresse ; il ne m’a même pas violé’ !

Les faits sont si banals que les reconnaître comme étant une violence sexuelle, obligerait un grand nombre de militant.e.s à reconsidérer leur propre comportement en de multiples circonstances. Certes, cela est déjà arrivé. À force d’appels à s’interroger personnellement sur le consentement dans leur propre vie sexuelle, à force de me jeter à l’eau en premier, quelques mecs sont venus me glisser parfois le demi-aveu d’une telle prise de conscience. Saluons cet éclair d’honnêteté. Mais de là à discuter collectivement, publiquement, de choses si embarrassantes, il y a loin.

Mieux vaudrait, selon certains, mettre au rencard ce slogan trop vieux, qui déraille, qui dérange : le privé est politique.

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Les faits : l’abus délibéré

Je suis chez un camarade, avec lequel j’ai beaucoup parlé la veille. Ma visite est utilitaire, nous bavardons un peu puis j’annonce que je vais rentrer. Sans prévenir, il me serre dans ses bras. Bah, un câlin, un bon gros « hug » chaste et amical, pourquoi pas ? Après notre conversation de la veille, je prends ça comme une marque d’affection un peu maladroite. Mais soudain, il m’embrasse. Sans prévenir, sans me laisser la possibilité de refuser, ni même le temps de savoir comment réagir.

Ce comportement me déconcerte, surtout de la part d’une personne qui réfléchit sur la question du consentement et qui devrait avoir conscience que ce n’est pas correct. Ne sachant comment prendre la situation, je m’abstiens de réagir trop brutalement. Il me semble que si je le repoussais aussi sec, il le prendrait très mal, et cela m’en dissuade. Je transforme rapidement ce baiser en un nouveau « hug », mettant mon visage hors de portée du sien. Puis je lui dis, très distinctement : « je ne sais pas ce que je veux ». À ce moment, j’ai confiance dans le fait que mon refus sera entendu et respecté. Mais sa réaction va finir de me déstabiliser : comme si je n’avais rien dit, il m’embrasse.

Ce sont les faits que je lui reproche : m’avoir embrassé’ par surprise, sans mon consentement, puis en passant outre mon refus. Je tiens à rendre bien clair que ce qui pose problème, c’est son incompétence : si il avait réellement acquis des connaissances à propos du consentement, il aurait trouvé évident de s’abstenir de tels actes. Si vous ne les trouvez pas problématiques et indignes d’une personne qui se dit antisexiste, je vous suggère de regarder cette petite vidéo :

 

Et si vous estimez qu’il m’aurait été simple et facile de lui dire non une seconde fois,  jetez un œil là : Je ne suis pas un égout séminal

Lien vers la brochure  » Le viol c’est quoi ? « 

Les faits : le prolongement « involontaire » de la violence initiale

Certes, si la suite a été aussi catastrophique, ce n’est pas par une volonté délibérée de sa part. Il se trouve que moi, à ce moment-là, j’ai perdu pied. Dans un état de stupeur et de panique qu’on appelle la sidération, je n’arrivais plus à réfléchir normalement, et ma seule pensée était : « surtout, ne pas empirer la situation… faisons comme si tout était normal ». C’est sans doute la pire réaction que je pouvais avoir ; tout comme la pire réaction que pourrait avoir un chat serait de rester figé dans les phares d’une voiture. Chacun.e a son histoire, chaque moment a sa disposition d’esprit, et aucune victime de violence sexuelle ne devrait avoir à se justifier de n’avoir pas réagi de façon efficace.

À partir de ce moment, j’ai donné presque tout le temps les apparences du consentement. Quand il m’a demandé de passer la nuit chez lui, j’ai de nouveau dit que j’allais rentrer, mais je n’ai osé le faire qu’en fournissant une excuse plausible ; qu’il a balayée en décidant de venir chez moi. Puis, dans les interactions à caractère sexuel qui ont suivi, j’ai eu une attitude coopérative et même active. Pourtant, je savais que je ne voulais pas, qu’il fallait que j’exprime mon malaise et mon refus. Mais je n’y suis pas arrivé, et j’ai finalement dû m’endormir avec son sexe collé contre mes fesses, bavant sur mon slip.

Quelques remarques

Ce n’est pas de gaieté de cœur que je donne de tels détails, mais parce qu’il me semble important de montrer qu’un « simple » baiser non consenti, que certain.e.s pourraient considérer comme « pas grave », est non seulement inacceptable en lui-même, mais peut avoir toutes sortes de conséquences beaucoup plus lourdes. Des conséquences dont l’auteur, quoi qu’il en soit de sa bonne foi, porte la responsabilité.

Si je mets « involontaire » entre guillemets, c’est qu’il aurait sans doute pu réaliser de lui-même que quelque chose n’allait pas, puisqu’il y est parvenu a posteriori, m’envoyant le lendemain un texto embarrassé pour me dire qu’il « espérait que je ne regrettais pas ce qui s’était passé ». Il aurait aussi pu s’assurer activement de mon consentement, en me posant la question de sorte qu’il me soit possible d’exprimer un refus : c’est une précaution largement recommandée dans des brochures comme Apprendre le consentement en trois semaines, que je lui avais moi-même fournie deux mois plus tôt.

Ce n’est pas non plus volontiers que je bafoue mes principes féministes en taisant le nom de la personne que je mets en cause. Tout auteur de violence sexuelle devrait avoir à l’assumer, par-devers lui mais aussi publiquement… si seulement ledit public voulait bien faire la part des choses. Malheureusement, à cause des préjugés qui feraient de lui un « méchant violeur », un abject criminel (et aussi suite aux pressions exercées sur moi par certaines des personnes auxquelles je me suis d’abord adressé) je ne publierai pas son nom ici.

Plutôt que de chercher à deviner de qui il s’agit, je vous propose de réfléchir au fait que beaucoup de personnes que vous connaissez, y compris vous, pourraient avoir commis une violence de cet ordre, et même ne pas y voir de problème. Car de tels faits, bien qu ‘ils soient graves, sont vraiment très banals et courants.

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Le milieu militant au pied du mur

Après une phase de déni, puis une tentative de dialogue avec l’auteur des faits, recherchant du soutien, je me suis adressé’ aux militant.e.s avec qui j’avais régulièrement, depuis des mois, évoqué la question du consentement, qui à chaque fois hochaient la tête d’un air convaincu, et à qui j’avais apporté de nombreuses brochures sur le sujet. Naïvement, je m’attendais à une réaction décente et compétente de leur part, au lieu de quoi je les ai trouvé.e.s certes un peu moins nul.le.s que le premier connard venu, mais très loin de pouvoir m’aider et en complète incohérence avec leurs principes affichés.

Soutenir un-e survivant-e d’agression sexuelle

Un certain nombre de militant.e.s se sont donc avéré.e.s incapables d’admettre l’existence de violences sexuelles en demi-teinte, commises non par une volonté consciente de nuire, mais plutôt par incompétence et incurie, et pourtant bien réelles et graves ; à savoir que ce sont de loin les plus courantes !

Nous sommes touTEs des survivantEs, nous sommes touTEs des agresseurSEs

Incapables aussi d’appliquer des principes auxquels je les avais précédemment entendu souscrire, dès lors que cela les a concerné directement. Là encore, le but n’est pas de les stigmatiser, mais de proposer à tou.te.s une réflexion sur ce décalage entre théorie et pratique, qui pourrait bien vous concerner aussi un jour.

Cependant ce billet de blog a aussi une vocation cathartique, c’est pourquoi je terminerai par une compilation de propos qui ont été réellement tenus ces dernières semaines, par des militant.e.s se définissant comme antisexistes. X désigne la personne qui m’a agressé.

Je trouve que ce qui est arrivé à X est hyper violent, et que cela mérite largement d’être approfondi, au vue de la gravité et de la dramatisation de l’événement. Pourrais tu m’envoyer ta version afin de me faire une idée plus juste de ce qui (t’) a posé problème ce jour là??

Mais si un secouriste fait du bouche-à-bouche à une personne inconsciente, tu vas me dire qu’il y a un problème de consentement ?

Tu n’es pas crédible en tant que victime parce que tu as l’air d’aller bien.

sans oser […] demander son exclusion je pense qu’il n’y a plus sa place. Clairement je n’aurais pas pu rester membre d’un groupe […] qui admettrait de tels actes sans réagir. […] je ne m’y sentirais pas en sécurité [NB : il ne parle pas de X, mais de moi !]

X est moralement bouleversé par la situation, […] Il souffre [..] De cette violence et de cette douleur nous ne pouvons pas écarter la responsabilité de Spangle, à mon sens il y a lieu parler d’abus de confiance et de faiblesse, et de calomnie ou du moins d’accusation (grave) non fondée concernant X et de manipulation nous concernant.

Selon moi on voit là un exemple des limites du slogan selon lequel « le personnel est politique », et plus généralement d’un certain extrémisme (présenté comme de la « radicalité » avec laquelle il n’a en fait rien à voir) dans l’application des principes et théories qui nous inspirent.

J’ai l’impression qu’en fait c’est toi qui n’a pas respecté tes propres limites dans cette histoire […] si c’est pour en rendre X responsable là je ne te suis plus

Normal que je te parle pas, t’as sali un pote.

[…] ces sales délires. Elle sait rien faire d’autre à part attirer l’attention sur sa petite et faible personne […] a besoin d’aide de médecins (en l’occurrence de psy qui savent régler ce genre de pb)

Les brochures lui sont trop montées à la tête […] brochures fém’ (tu sais les modes d’emploi de comment il faut baiser, comment être un parfait déconstruit…)

https://infokiosques.net/violences_patriarcales

De l’abstention à l’anarchie – Tract des libertaires de Besançon

Je n’ai pas eu l’occasion de publier ce tract qui a été réalisé collectivement pour le 1er Mai. Mais avec les législatives qui approchent, il est toujours d’actualité. Il est signé par l’ensemble du milieu libertaire (CNT 25, Groupe anarchiste solidaire, Groupe Proudhon, des autonomes), je le reproduit ici. Puisse t’il vous donner du grain à moudre…

De l’abstention à l’anarchie

S’abstenir, oui mais pourquoi ?

 Face au manque de confiance de plus en plus évident, envers le système politique en place, de plus en plus de gens, conscient.e.s chacun.e à leur façon, s’abstiennent d’aller voter. Même si le discours républicain, omniprésent, décrit les « abstentionnistes » comme des feignant.e.s ou des irresponsables désintéressé.e.s, nous savons que beaucoup de celles et ceux qui refusent d’élire ont une réelle conscience politique. Que ce soit par écœurement de la « politique politicienne » (promesses, mensonges, opportunisme carriériste, affaires judiciaires et autres frais de bouche indécents) et/ou par une forme de lucidité motivée par un idéal politique, comme l’anarchie, les raisons de ne pas se soumettre au jeu électoral sont multiples. En tant qu’anarchistes, nous n’oublions pas que l’abstention, loin d’apporter une solution immédiate, reste néanmoins une façon de ne pas donner son accord, son adhésion à cette forme d’organisation politique qu’est la démocratie dite « représentative ». En effet, moins le taux de participation au scrutin est élevé, moins les candidat.e.s, quel que soit leur score, se trouveront légitimes dans leur tentative de prendre le pouvoir.

Donc on ne vote pas, mais après ?

 L’abstention est loin d’être une fin en soi, c’est un moyen d’expression contestataire, mais pas un moyen concret d’avancer. Si nous, anarchistes, refusons pour la plupart de voter, c’est parce que, à l’opposé de la démarche électorale, nous préférons lutter par nous-mêmes, de façon concrète et active. Le temps et l’énergie que nous investissons quotidiennement dans des mobilisations contestataires et / ou solidaires, représentent à nos yeux la meilleure résistance possible contre le capitalisme, tout en démontrant dès aujourd’hui qu’une organisation autogestionnaire est possible, en plus d’être souhaitable. Pour nous, cet engagement est bien plus efficace et prometteur pour l’avenir, que ne peut l’être l’élection d’un.e chef, aussi bien d’un point de vue politique que pour des avancées concrètes dans nos vies personnelles. Nous pensons que la libération des individu.e.s et l’égalité sociale ne s’obtiendront que par les luttes solidaires des classes dominées. Les congés payés, la limitation du temps de travail hebdomadaire, le salaire minimum, les systèmes de solidarité comme le financement des retraites, sont quelques exemples de droits acquis suite à de nombreuses luttes. L’État-providence n’est pas un cadeau que nous auraient fait les dirigeant.e.s, par altruisme ou philanthropie. Il n’existe que parce qu’il a aidé à contenir les révoltes.

 Alors on fait la révolution, mais après ?

 Nous ne prétendons pas avoir de solutions toutes faites et toutes prêtes, qu’on diffuserait comme une vérité dogmatique. D’ailleurs, une telle attitude s’apparenterait bien plus à l’approche des partis politiques, voire à celle de la « mouvance » conspirationniste. Nous pensons que l’expérimentation est un principe nécessaire à une progression politique et sociale, sur des bases autogestionnaires. Nous la développons déjà quotidiennement dans les organisations de nos groupes, syndicats, squats, et dans nos relations humaines en général.

Donc l’autogestion c’est quoi ?

 La forme d’organisation sociale et politique que nous promouvons repose sur le principe d’horizontalité (absence de hiérarchie), indispensable pour traiter toute personne de façon égalitaire, et nous préserver du pouvoir qui découle des statuts de « supérieur.e.s ». Un autre élément central est l’exigence d’une participation des individu.e.s dans le processus de prise de décisions, au sein d’assemblées générales (discussions collectives), afin de ne pas abandonner ce droit et ce devoir à d’autres.

Un des principes fondamentaux de l’autogestion est aussi que tout mandat soit impératif et révocable. C’est à dire que quand quelqu’un.e est élu.e, c’est pour une tâche bien précise qu’il ne peut pas outrepasser, et que la personne peut être démise de son mandat à n’importe quel moment, si on estime qu’elle ne fait plus ce qu’on lui a demandé.

C’est un des gros défauts dans l’organisation électorale que nous contestons : donner tout le pouvoir à une personne pendant cinq ans, sur la base d’un programme qui ne nous convient déjà pas au départ, et que rien ne l’oblige à mettre en application par la suite.

Selon nos principes de base, toutes les décisions sont prises en assemblées générales, assemblées auxquelles tout le monde a le droit de participer, et a exactement les mêmes droits et les mêmes pouvoirs que toutes les autres. Certes, on choisit quelques personnes au début de chaque assemblée pour former un bureau chargé d’organiser les discussions, mais justement, avec un mandat impératif et révocable. Nous considérons que c’est sur ces bases-là qu’on peut parler de démocratie.

OK, mais comment on s’organise dans l’espace ? Si il n’y a plus d’État, il n’y a plus de pays ?

 Par le fédéralisme, sans pour autant reproduire le système suisse ou américain. Par exemple, on pourrait très bien construire une société dans laquelle différents groupes se réuniraient en assemblées générales. Les principaux axes de regroupement seraient les lieux de production et les lieux de vie (quartiers, villages), mais on peut très bien en imaginer d’autres. Chaque personne concernée par sa propre situation (en tant que travailleur.euse, habitant.e ou n’importe quel autre critère d’appartenance posant un problème social) pourrait alors s’exprimer et prendre part aux décisions qui impacteront ensuite ses conditions de vie. Entendu de cette façon, le travail serait radicalement différent de ce qu’il est aujourd’hui pour la majorité des gens, c’est à dire un monde où règnent la pénibilité, la peur, l’égoïsme, le harcèlement sexuel, et le manque d’utilité et donc de reconnaissance sociale.

Nous sommes tout à fait conscient.e.s qu’une fois que le capitalisme sera détruit, il faudra quand même bien produire de quoi vivre. Mais l’avantage du modèle d’organisation que nous défendons, c’est que tout le monde pourra participer aux décisions d’investir, ou pas, nos forces de travail dans telle ou telle ressource ou telle ou telle cause jugée utile et prioritaire.

Ces assemblées locales pourront se concerter dans des assemblées régionales, avec ces fameux.ses mandaté.e.s impératif.ve.s et révocables, qui pourront à leur tour mandater et se concerter dans des assemblées elles mêmes à plus grande échelle, c’est à dire nationales, continentales, voire mondiales… sans que le pouvoir sur les décisions ne passe dans les mains de quelques-un.e.s.

Super principe, mais ça ne risque pas de prendre beaucoup de temps ?

 Si, en effet ce système demande nettement plus de temps. Mais si on veut tou.te.s avoir notre part de pouvoir pour réellement peser dans l’organisation collective et avoir notre légitime « part du gâteau », il faut

s’investir beaucoup plus que de mettre un papier dans une boite tous les cinq ans. Par exemple, si le pouvoir était réparti équitablement, on ne dépenserait pas toutes ces forces à construire des produits de luxe pour les riches. Qui, à l’heure actuelle, peut s’acheter une Porsche? Qui se déplace fréquemment en avion au point de vouloir construire un nouvel aéroport comme celui de Notre Dame des Landes?

La haute bourgeoisie ou les « très très riches », en possédant la plus grande partie du capital, orientent la production dans les secteurs qui les intéressent et qui génèrent le plus de profits, même si cela passe par des guerres ou un recul de nos conditions de vie.

Dans une société libertaire, l’obsolescence programmée, qui consiste à prévoir un dysfonctionnement inévitable afin de créer une panne et contraindre les gens à racheter de nouveaux biens de consommation, n’existerait tout simplement pas. Nous produirions utile et efficace pour que personne ne manque de rien de fondamental. En sélectionnant ainsi nos priorités sociales et économiques, on pourrait dégager suffisamment de temps pour nous consacrer à une vraie citoyenneté. Cet élan citoyen devrait nécessairement s’accompagner d’une refonte de l’école, laquelle laisserait une place importante pour une réelle instruction civique des enfants et des adolescent.e.s, orientée vers l’apprentissage de la réflexion politique et de l’organisation collective.

Voici quelques principes de base théorisés, et surtout utilisés concrètement, par les anarchistes depuis maintenant plus d’un siècle. Nous ne sommes pas contre tout, nous n’allons pas manifester ou organiser des  actions juste pour le plaisir de caillasser quelques flics (même si ça peut largement se comprendre) ; nous avons un projet concret derrière tout ça, trop souvent occulté par les partis politiques, les médias et aussi par les groupes non libertaires avec qui nous sommes alliés sur certaines causes. C’est pourquoi nous prenons aujourd’hui la peine d’expliquer quelques-uns de ces principes qui définissent l’anarchie, trop souvent ignorés des gens lorsqu’on leur parle de ce mouvement politique.

Et si je veux essayer tout ça, ou si je veux en savoir plus, je fais comment ?

Différents groupes anarchistes publient et vendent des journaux, des livres, mettent des documents et des ressources à disposition, organisent des rencontres, des projections, des discussions ou simplement des permanences. Si tu es intéressé.e, tu peux t’adresser à la librairie L’ Autodidacte, située place Marulaz à Besançon, lors de ses permanences.

Vive la révolution, vive l’autogestion, vive l’anarchie !!!

Besançon : l’appel du 7 juin… Procès d’un résistant, parmi d’autres

 Je suis convoqué devant le tribunal correctionnel le 7 juin à 13h30 (TGI de Besançon – rue Mégevand) pour avoir, par des écrits, exprimé mon ressenti quant à l’expulsion de la famille Feraj cet automne. Dans mon billet, j’avais employé des termes qui me sont reprochés. Voici la déclaration que je compte faire devant la Cour.

Introduction

 Je voudrais tout d’abord vous assurer de ma sidération d’être convoqué ce jour devant le Tribunal. En effet, les faits qui me sont reprochés ne sont à mon sens, non délictueux. Il est vrai que je suis le rédacteur du journal en ligne  » Le Libertaire Bisontin  » où s’exprime des idées affirmées. Toutefois, pour des raisons que j’expliciterai ci-après, ce média n’est pas porteur de diffamations ni d’invectives, il s’agit d’exprimer des opinions, certes radicales, mais en phase avec une actualité qui paraît pour le moins étonnante. Mon plaidoyer va donc s’appuyer sur des faits, des témoignages et d’autres éléments de réflexion. Je demande à la Cour de porter attention aux arguments qui sont les miens.

 Suite à l’expulsion particulièrement honteuse de la famille Feraj l’automne dernier, je me suis senti le droit sinon le devoir de faire part au grand jour de ma consternation et de ma désapprobation. Alors que j’observais une grève de la faim depuis quatre jours en place publique, fatigué, stressé, sollicité en permanence, notamment par le milieu associatif local et international. J’ai fait alors apparaître une légitime colère.  Dans un billet un peu virulent je dénonçais les méthodes du secrétaire du préfet, mr Setbon, ce qui me vaut le désagrément d’être ici convoqué.

 Je tiens à rappeler que les pratiques sociétales de l’Albanie sont bien différentes du cadre légal de la France. Là-bas il existe une loi tacite  » la loi  du Kanun  » issue du droit coutumier médiéval, pas si éloignée de la vendetta corse ; ces rites permettent à un membre d’une famille qui se dit lésée la suppression physique des individus dotés d’un appareil reproducteur masculin de la famille adverse, enfants comme adultes ! Mettant ainsi en cause la survivance de toute une lignée.

 Quant à la référence à  » Iznogoud « , elle est tirée d’une bande-dessinée bien connue, non censurée et accessible à toutes/tous, y compris le public mineur qui trouve là sujet à rire et non à avilir.

 Certes, des mots tels que :  » pourriture  »  » portefaix  » peuvent paraître méprisants, ainsi que  » petit être répugnant « , mais l’état de fatigue et d’exaspération lié à mon engagement physique (grève de la faim) et moral ont fait de moi un porte-parole quelque peu turbulent.

 Pour d’autres termes incriminés tels que  » menteur professionnel « , les réseaux associatifs de soutien aux demandeurs d’asiles ont été avisés du retour du père et des enfants Feraj tandis que la mère était à l’hôpital J. Minjoz et que mr Setbon avait assuré qu’ils ne seraient pas expulsés vers le Kosovo avant la fin de cette situation, alors que les billets étaient prêts ! Imaginez donc la colère des militant-e-s et de moi-même lorsqu’ils ont pris conscience de s’être fait aussi perfidement abusés.

 Comment un représentant de L’État de droit pourrait ainsi berner ses propres administrés ?

 Quant au terme  » pervers narcissique  » , il est tout droit issu du vocabulaire de la psychanalyse, il ne semble pas que le Dr Freud, enseigné dans les lycées et les facultés, ait été poursuivi en justice dans ce pays.

 Par ailleurs, la  » convocation en Justice  » (cf: art. 390-1 du code de procédure pénale) qui fait que je me trouve devant vous aujourd’hui fait mention d’une citation totalement étrangère au journal en ligne  » Le Libertaire Bisontin  » ; en effet,  » empêcher les pourris comme lui de dormir  » n’a jamais paru sur ce site, ainsi qu’a pu le constater l’officier de Police Judiciaire, ces propos sont tirés du blog  » Infos Libertaire  » qui les a repris du journal local «  Séditions  » dont je ne suis pas l’auteur.

 Conclusion

 Ce que j’ai prononcé n’est autre que de l’auto-défense. On me convoque en effet pour avoir exprimé des pensées que je ne suis pas le seul à partager, loin de là ! Je rappellerai seulement un illustre Bisontin en son temps :  » celui qui ouvre une porte d’école ferme une prison « . Or voici que ce sont à des enfants qu’on a entravé les chemins de la Liberté. Pour eux je suis engagé, avec eux je suis engagé.

 Voilà, c’est ce que je dirai lors de mon procès, mercredi 7 juin à 13h30. Je vous invite à venir assister à l’audience pour me soutenir. N’hésitez pas à reproduire ce texte, à le diffuser autour de vous.

Solidarités avec les solidaires !

LA LUTTE CONTINUE !

1er mai libertaire

Retrouvons nous lundi 1er mai pour la traditionnelle manifestation et le repas (place Marulaz). Pour rappel, nous ne fêtons pas le travail au contraire nous voulons l’abolir ; cette manifestation est avant tout à la mémoire de nos camarades anarchistes : Albert Parsons, August Spies, Michael Schwab, George Engel, Adolph Fischer, Samuel Fielden et Louis Lingg, emprisonnés à vie ou exécutés sans aucune preuve tangible par la police de Chicago à la suite de la manifestation du 1er mai 1886. (voir article plus détaillé sur les origines du 1er mai libertaire)

EN 2017 LA LUTTE CONTINUE ENCORE ET TOUJOURS !