Appel à souscription

Dans l’affaire qui m’opposait à la Préfecture du Doubs, j’ai gagné mon procès les faits étant prescrits. Seulement, le travail de recherche, de rédaction… de mon avocat à un coût : 973€. Il n’aurait pas pu soulever la prescription pour le montant d’une aide juridictionnelle (env. 200€), c’est pourquoi j’avais choisi cette option. Je rappelle que dans cette affaire je risquais jusqu’à un an de prison et 30.000€ d’amendes + 1€ de dommage et intérêt. C’est donc un moindre mal.

Je lance donc un appel à souscription, une caisse sera disponible à la librairie l’Autodidacte, 5 place Marulaz, ouverte seulement le samedi de 15h à 19h durant la période estivale, ou si vous ne pouvez vous y rendre, vous pouvez déposer de l’argent ici : https://www.lepotcommun.fr/pot/2f0cq3i6

Je vous remercie d’avance.

Besançon : l’appel du 7 juin… Procès d’un résistant, parmi d’autres

 Je suis convoqué devant le tribunal correctionnel le 7 juin à 13h30 (TGI de Besançon – rue Mégevand) pour avoir, par des écrits, exprimé mon ressenti quant à l’expulsion de la famille Feraj cet automne. Dans mon billet, j’avais employé des termes qui me sont reprochés. Voici la déclaration que je compte faire devant la Cour.

Introduction

 Je voudrais tout d’abord vous assurer de ma sidération d’être convoqué ce jour devant le Tribunal. En effet, les faits qui me sont reprochés ne sont à mon sens, non délictueux. Il est vrai que je suis le rédacteur du journal en ligne  » Le Libertaire Bisontin  » où s’exprime des idées affirmées. Toutefois, pour des raisons que j’expliciterai ci-après, ce média n’est pas porteur de diffamations ni d’invectives, il s’agit d’exprimer des opinions, certes radicales, mais en phase avec une actualité qui paraît pour le moins étonnante. Mon plaidoyer va donc s’appuyer sur des faits, des témoignages et d’autres éléments de réflexion. Je demande à la Cour de porter attention aux arguments qui sont les miens.

 Suite à l’expulsion particulièrement honteuse de la famille Feraj l’automne dernier, je me suis senti le droit sinon le devoir de faire part au grand jour de ma consternation et de ma désapprobation. Alors que j’observais une grève de la faim depuis quatre jours en place publique, fatigué, stressé, sollicité en permanence, notamment par le milieu associatif local et international. J’ai fait alors apparaître une légitime colère.  Dans un billet un peu virulent je dénonçais les méthodes du secrétaire du préfet, mr Setbon, ce qui me vaut le désagrément d’être ici convoqué.

 Je tiens à rappeler que les pratiques sociétales de l’Albanie sont bien différentes du cadre légal de la France. Là-bas il existe une loi tacite  » la loi  du Kanun  » issue du droit coutumier médiéval, pas si éloignée de la vendetta corse ; ces rites permettent à un membre d’une famille qui se dit lésée la suppression physique des individus dotés d’un appareil reproducteur masculin de la famille adverse, enfants comme adultes ! Mettant ainsi en cause la survivance de toute une lignée.

 Quant à la référence à  » Iznogoud « , elle est tirée d’une bande-dessinée bien connue, non censurée et accessible à toutes/tous, y compris le public mineur qui trouve là sujet à rire et non à avilir.

 Certes, des mots tels que :  » pourriture  »  » portefaix  » peuvent paraître méprisants, ainsi que  » petit être répugnant « , mais l’état de fatigue et d’exaspération lié à mon engagement physique (grève de la faim) et moral ont fait de moi un porte-parole quelque peu turbulent.

 Pour d’autres termes incriminés tels que  » menteur professionnel « , les réseaux associatifs de soutien aux demandeurs d’asiles ont été avisés du retour du père et des enfants Feraj tandis que la mère était à l’hôpital J. Minjoz et que mr Setbon avait assuré qu’ils ne seraient pas expulsés vers le Kosovo avant la fin de cette situation, alors que les billets étaient prêts ! Imaginez donc la colère des militant-e-s et de moi-même lorsqu’ils ont pris conscience de s’être fait aussi perfidement abusés.

 Comment un représentant de L’État de droit pourrait ainsi berner ses propres administrés ?

 Quant au terme  » pervers narcissique  » , il est tout droit issu du vocabulaire de la psychanalyse, il ne semble pas que le Dr Freud, enseigné dans les lycées et les facultés, ait été poursuivi en justice dans ce pays.

 Par ailleurs, la  » convocation en Justice  » (cf: art. 390-1 du code de procédure pénale) qui fait que je me trouve devant vous aujourd’hui fait mention d’une citation totalement étrangère au journal en ligne  » Le Libertaire Bisontin  » ; en effet,  » empêcher les pourris comme lui de dormir  » n’a jamais paru sur ce site, ainsi qu’a pu le constater l’officier de Police Judiciaire, ces propos sont tirés du blog  » Infos Libertaire  » qui les a repris du journal local «  Séditions  » dont je ne suis pas l’auteur.

 Conclusion

 Ce que j’ai prononcé n’est autre que de l’auto-défense. On me convoque en effet pour avoir exprimé des pensées que je ne suis pas le seul à partager, loin de là ! Je rappellerai seulement un illustre Bisontin en son temps :  » celui qui ouvre une porte d’école ferme une prison « . Or voici que ce sont à des enfants qu’on a entravé les chemins de la Liberté. Pour eux je suis engagé, avec eux je suis engagé.

 Voilà, c’est ce que je dirai lors de mon procès, mercredi 7 juin à 13h30. Je vous invite à venir assister à l’audience pour me soutenir. N’hésitez pas à reproduire ce texte, à le diffuser autour de vous.

Solidarités avec les solidaires !

LA LUTTE CONTINUE !

#Besançon : Une répression d’une violence inouïe contre les étudiant-e-s

Avant-propos

Les propos dans cet article n’engagent que moi et ne reflètent pas une position collective des gardé-e-s à vue. Plusieurs communiqués sortiront par la suite.

Je fais partie des dix-neuf personnes placées en garde à vue ce mardi 14 février aux alentours de 16h30, pour avoir envahi le conseil d’administration de l’université, qui devait mettre en place la sélection à l’entrée en Master. Cette sélection se fera sur dossier et selon des « capacités d’accueil » prédéfinies pour chaque master. L’AMEB, principal syndicat étudiant à la fac de Besançon, s’y oppose en rappelant son attachement à un enseignement supérieur public, de qualité et ouvert à toutes et tous.

En tant que blogueur et militant, j’ai été convié à participer à une action non-violente organisée par les étudiant-e-s. Je me suis rendu sur place et collectivement, nous avons envahi le conseil d’administration. Contrairement à ce qui a été dit, c’est un membre du personnel qui a enfermé les membres du CA, en fermant la porte à clef. Nous, au contraire, nous l’avons ouverte  (seule la serrure a été endommagée).

Dire qu’il s’agit d’une séquestration est faux, je vais le démontrer dans la seconde partie de l’article. Il n’y a pas eu de séquestration, mais de simples barricades (quelques chaises et une table) que nous avons montées dans le but de nous protéger des forces de l’ordre qui se montraient de plus en plus menaçantes. Nous avions d’ailleurs lancé plusieurs appels demandant à ce que monsieur Bahi vienne nous rencontrer, afin qu’il entende les revendications des étudiant-e-s.

De plus, dans une vidéo sur France 3, Mr Bahi parle de l’événement alors qu’il n’y était pas ! Nous restions justement car nous voulions absolument le rencontrer et en aucun cas pour séquestrer les membres du CA. Pourquoi ne pas carrément parler de prise d’otages ! C’est ahurissant. Ce sont les membres du CA qui ont tenu à rester, nous leur avons proposé plusieurs fois d’annuler le conseil, mais ils et elles ne voulaient pas. Mr Bahi était dans le bâtiment, mais il ne s’est pas présenté au CA, il est resté bien planqué. Il n’a pas voulu entendre les revendications étudiantes.

Ensuite, un représentant de la police est venu nous parler. Nous lui avons dit que nous voulions sortir dans le calme, en groupe et sans violence. Inacceptable selon lui, qui voulait nous interpeller individuellement. La négociation a très vite échoué. Nous sommes alors retourné-e-s dans la salle du CA et avons conseillé aux membres de se mettre à part car nous connaissons la brutalité policière. Certain-e-s ne nous ont pas pris au sérieux… et ont vite compris leur erreur !

Les troupes sont arrivées avec casques, boucliers, matraques et ont commencé à tout saccager, et ont même bousculé des membres du CA qui ont été très choqué-e-s par l’intervention. Nous nous étions regroupé-e-s dans un coin de la pièce en nous tenant bras dessus, bras dessous ; ils nous ont distribué des coups de matraques et tiré-e-s par les bras pour nous détacher les un-e-s des autres, pour nous plaquer au sol (jonché de verre brisé) et nous menotter individuellement. Ça criait de douleur de tous les côtés, même moi qui ai l’habitude d’actions de ce type, j’ai été très choqué par l’intervention policière. Une personne a fait une grosse crise d’angoisse, certain-e-s n’arrivaient plus à respirer après avoir subi des « clefs d’étranglements », c’était vraiment impressionnant. Un jeune de 19 ans a reçu un coup de matraque dans le nez, lui laissant une ecchymose au coin de l’œil que le médecin a pu constater. J’ai reçu un coup dans la main, sur l’os du métacarpe, en voulant protéger la tête d’un camarade :

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Luxation au coude d’un camarade.

Ils nous ont conduit-e-s en « panier à salade » les dix-neuf au commissariat où ils nous ont placé-e-s en garde-à-vue. C’était un cirque géant sur place, nous étions entassé-e-s jusqu’à sept dans des cellules immondes ; certain-e-s ont même dû dormir par terre, dans la crasse la plus infecte. Les quelques couvertures présentes puaient la pisse, étaient tachées de sang. J’ai été placé dans une cellule de dégrisement avec un camarade et un autre jeune qui ne faisait pas partie de notre groupe (je précise que nous n’étions pas ivres). La cellule puait encore plus fort la pisse d’ivrogne, nous avons dû croupir là, assis par terre.

Plusieurs étudiant-e-s ont été privé-e-s de leurs lunettes, ce qui est révoltant, l’un d’eux a eu des migraines et était complètement désorienté. De plus, ils les lui ont confisquées après la signature du dépôt de la « fouille » ; il ne savait pas s’il allait les récupérer, ce qui l’a d’autant plus stressé.

Plusieurs étudiantes ont été privées de leurs pilules contraceptives, ce qui est très grave. (un-e ami-e rédige un communiqué plus approfondi là-dessus que je relaierai sur ma page facebook)

Nous avons été plusieurs à avoir été privé-e-s de nos traitements respectifs. Le médecin n’avait pas ce qu’il fallait pour moi le soir, et le lendemain j’ai réclamé mon traitement médical en vain, les policiers ont refusé. Alors que le spécialiste que je vais voir insiste bien pour que je le prenne très régulièrement, car un sevrage brutal peut me conduire à une hospitalisation. J’ai eu des tremblements le lendemain, un des policiers m’a même demandé pourquoi je tremblais à ce point, je lui ai expliqué l’effet de sevrage et lui ai demandé de me donner mon traitement : en vain.

Plus tard dans la soirée nous avons été déplacés un camarade et moi, sans nous dire où nous allions. J’étais en t-shirt ! Ils nous ont emmenés à la brigade de gendarmerie de Tarragnoz. Sur place, c’est surréaliste : on entre dans ce qui semble une cuisine/salle à manger de grand-mère avec une grande table et derrière, des cellules… Ils ne doivent pas s’en servir souvent. J’ai crevé de froid toute la nuit malgré la couverture qu’ils m’ont fournie, qui gratte plus qu’elle ne réchauffe. D’autres ont été emmenés au Fort de justice, près du lycée Notre-Dame.

Le lendemain vers 12h30, ils nous ont sortis de nos grottes (encore qu’une grotte c’est joli) et nous ont remmenés au commissariat central de la Gare d’Eau. Retour à l’entassement, je retrouve mon pote qui m’explique qu’il a dû dormir par terre, dans la saleté, et qu’en plus on l’a réveillé vers 3h30 du matin pour interrogatoire. Bien qu’habitué à la garde à vue, j’avais le moral entamé, ayant eu très froid à Tarragnoz durant toute la nuit. J’essayais de le masquer tant bien que mal, mais ça se voyait trop. Le camarade présent avec moi m’a été d’un grand réconfort, je tiens à le remercier chaleureusement car quelques minutes après nous riions ensemble.

J’ai été interrogé aux alentours de 15h30 puis relâché vers 16h30. À ma grande surprise, des dizaines de personnes nous attendaient dehors, ce qui m’a particulièrement touché. Si certain-e-s de vous lisent ce billet, sachez que je vous remercie du fond du cœur d’avoir été là pour nous. Même si nous ne vous entendions pas de l’intérieur, nous étions au courant de votre présence et cela nous faisait du bien.

Les deux autres camarades ont été relâchés aujourd’hui. Très éprouvés, ils ne souhaitent pas s’exprimer pour le moment.

Une manifestation aura lieu demain, vendredi 17 février à 10h – RDV dans la cour de la fac des lettres (Mégevand) suivi d’un pique-nique organisé par une prof de psychologie à 12h (lieu à définir après la manif’)

 


 

Dans cette seconde partie je voudrais démonter certains mensonges qui ont été dits. J’ai fouillé un peu la presse et j’y ai trouvé de fausses allégations qu’il me semble important de dénoncer.

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Cet article de l’Express parle de « refus de sortir de la pièce », pourtant dans une vidéo postée sur Twitter par France 3, on entend bien une militante dire au mégaphone que nous voulons dialoguer de manière pacifique :

Des étudiants occupent la Présidence de l’université de Franche-Comté contre la sélection en master pic.twitter.com/hWivGDurPF

(cliquer sur le lien car je n’arrive pas à intégrer le tweet sur le blog)

Plusieurs vidéos qui vont sortir prochainement (il faut du temps pour les traiter) pourront attester des demandes répétées des étudiant-e-s pour sortir dans le calme, de manière pacifique.

Autre chose,  Mr Bahi, le président de l’université, parle de « séquestration » alors qu’il n’était pas encore arrivé au conseil. D’où les demandes par mégaphone de le rencontrer (à voir dans les vidéos diffusées prochainement). Il parle également de dégradations alors qu’il n’y a eu que la serrure de la porte qui a sauté. Les flics, eux, ont tout fracassé en entrant, envoyant valser tables et chaises, ils ont même renversé la fontaine d’eau. Plusieurs membres du CA sont venu-e-s nous soutenir devant le commissariat car ils/elles n’ont pas été choqué-e-s par notre intervention mais par celle de la police.

En somme, beaucoup de mensonges, de non-dits (voulus ou non) et peu de place pour la vérité !

Beaucoup de violence, de dénis de droits, et peu de place laissée au débat…


Voici le communiqué inter-syndical du 15 février :

Communiqué de l’intersyndicale (CGT, FO, FSU, Solidaires) du Doubs, suite à l’interpellation violente et la mise en garde à vue de 19 étudiant.e.s qui ont envahi pacifiquement le conseil d’administration de l’Université de Franche-Comté, pour s’opposer à la sélection en master :

Ce mardi 14 Février, le syndicat AMEB Solidaires Etudiant-e-s appelait à une occupation pacifique du Conseil d’Administration de l’Université pour surseoir à la décision d’appliquer la sélection en master.

Vers 14h30, un groupe d’une vingtaine d’étudiant-e-s s’est faufilé dans le bâtiment de la Maison de l’Université Rue Goudimel et a réussi à pénétrer dans la salle du conseil, auparavant verrouillée par l’un des DGS adjoints.

Il n’y a eu aucune violence, tout s’est déroulé dans le calme. Jusqu’à l’intervention de la police, l’atmosphère était bon enfant, les étudiant-e-s avaient confectionné des masques en papier à l’effigie du président de l’Université.

Au lieu de négocier et d’engager le dialogue, la présidence a choisi la force en faisant appel à l’intervention des forces de police. Les étudiant-e-s ont été violemment empoigné-e-s, frappé-e-s, écrasé-e-s, plaqué-e-s au sol puis menotté-e-s les mains dans le dos par une vingtaine de policiers en tenue anti-émeute. Toutes les dégradations sont le fait des forces de l’ordre.

Il est évident que l’équipe de direction de l’Université perd ses nerfs, qu’elle ne sait pas gérer les moments de crise, qu’elle ne connaît pas le dialogue ni la concertation et s’assoit sur les règles démocratiques. La décision de convoquer un conseil de discipline est un abus d’autorité.

A l’heure actuelle, les 19 étudiant-e-s arrêté-e-s sont toujours en garde à vue. Militer pacifiquement pour une université publique, de qualité et ouverte à toutes et tous serait-il devenu un crime ?

Nous dénonçons ces agissements et condamnons la criminalisation de l’action syndicale et revendicative.

Nous exigeons la libération immédiate de tou-te-s les étudiant-e-s et exigeons l’arrêt des poursuites à leur encontre.

Besançon, le 15 février 2017

#Besançon : solidarité avec le squat Denfer

Depuis le 17 décembre, un lieu qui avait été laissé à l’abandon depuis plus de 7 ans a été mis à disposition de familles dans le besoin, françaises ou non. Il est tout de même principalement occupé par des demandeurs d’asile, que la préfecture a normalement l’obligation de loger. Mais au 115 (numéro d’urgence sociale) qui est appelé tous les jours, on leur répond que le dispositif est saturé. Nous avons appris par des sources internes, que des consignes ont été donnée au 115 par la préfecture, pour refuser les demandeurs d’asile.

C’est pourquoi elles/ils ont été accueilli-e dans ce logement de 150 m² situé 6 av. Denfert, afin qu’ils/elles puissent vivre décemment en attendant une vraie solution. Une vingtaine de personnes (enfants compris) ont déjà bénéficies du dispositif mis en place par le collectif de squatteu-ses-rs, certain-e-s ont enfin été relogés, d’autres restent encore sur le carreau.

Dans ce lieu, des cours de langues sont donnés, certain-e-s d’entre nous se sont même mis à apprendre l’albanais, les cultures se partagent… Tous les dimanche après-midi une « free-zone »(zone de gratuité) très fournie est ouverte, chacun-e peut venir prendre ce dont il/elle à besoin et donner ce dont elle/il a besoin en vêtements, chaussures…

Mais plus encore, ces personnes ont besoin de votre soutien, une procédure devant le tribunal ayant été enclenché par les propriétaires, qui se réveillent après 7 ans !

Rendez-vous mardi 14 février à 9h devant le tribunal – rue Mégevand

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Besançon : Un ragoût préfectoral particulièrement écoeurant

Près de 200 personnes se sont mobilisées ce vendredi 2 septembre, pour dénoncer les actes ignobles commis par la préfecture à l’encontre de la famille Feraj.

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Début du rassemblement.

 

Nous avons eu Genita au téléphone, son témoignage est bouleversant, je laisse à l’appréciation de chacun-e, mais je vous préviens, c’est particulièrement dur, choquant et inhumain !


Propos de Genita Feraj (15 ans) :

C’était le 29 août à sept heures du matin. J’ai entendu la police qui est arrivée dans nos chambre en toquant sur la porte. J’ai mis mon pyjama et je voulais sauter par la fenêtre. Mais j’entendais ma sœur et mon frère crier et j’ai pas pu sauter, j’avais peur de les laisser seuls, et peur de sauter car c’était haut et j’ai vu la police rentrer dans la chambre et ils m’ont pris et ne m’ont plus lâchée. Ils étaient je crois dix dans la chambre, je me sentais pas comme un être humain comme les autres, d’avoir dix policiers autour de nous c’était incroyable. Je me sentais très mal parce que je n’arrivais pas à m’imaginer où je vais partir ? Comment ça va se passer ? Mes frères ? Mon père ? Y aura quoi après tout ça ? Les policiers ont commencé à nous expliquer comment ça va se passer. J’ai déjà vécu un moment pareil en Autriche et je savais comment gérer les choses.

Je suis rentrée dans la chambre où mes parents et mon frère dormaient, je cherchais ma mère mais je ne la voyais pas. J’ai ouvert la porte des toilettes, elle était en train de trembler quant je suis rentrée, elle avait son portable dans les mains et a voulu appeler quelqu’un pour qu’ils nous aident. J’ai pris son portable et j’ai appelé Chantal[1]. Je lui ai dit : « Chantal y a la police qui est venue nous chercher. » Elle m’a dit : « Tiens moi au courant de tout ce qui se passe. »

[1] Chantal est une militante du CDDLE

J’ai commencer à faire les valises , et j’ai entendu mon père crier  » O zot i madh » qui veut dire en français  » oh mon Dieu ». Je suis partie voir ce qu’il se passait et j’ai vu ma mère par terre, j’ai commencé à crier et à pleurer et j’ai demandé aux policiers si quelqu’un pouvait appeler un médecin. Au début ils ont refusé d’appeler l’ambulance car, disaient ils,  nous pourrons le faire au commissariat. J’ai commencé à crier et à dire que non, je veux absolument quelqu’un pour ma mère. Ils ont discuté ensemble et au final ils les ont appelés. J’étais sur ma mère et je lui ai fait un bisous sur la joue et je lui ai dit « garde la confiance en Dieu ! ».

J’avais toujours un policier qui me suivait, ils ne me laissaient pas toute seule. J’ai préparée nos valises et toutes les chose qu’il y avait. […] J’avais un sac avec des parfums, des déodorants, du maquillage ( tout ce qui concerne les soins du corps) et y avait des rasoirs que mon père utilisait. Ils me les ont pris et mis sur le mur. D’après eux on avait beaucoup de valises, et ils nous ont dit que peut-être on ne va pas tout prendre. J’ai commencé à parler, j’ai dis : « je peux pas laisser tout ça ici y a pleins de vêtements qu’on aura besoin ». Ils ont discuté ensemble et ils ont dit : « on verra ».

J’ai vu l’ambulance arriver dans la chambre, mais ils ne nous ont pas laissés rester avec ma mère. Je ne sais pas à quelle heure elle est partie ? Avec qui ? Si elle avait des habits ? Rien du tout. Je m’inquiétais beaucoup, j’arrivais pas à me contrôler moi-même, j’avais pas la force, pas de courage rien du tout.
On s’est préparés et nous sommes partis vers 7h50 de Saint-Jaques direction le commissariat. Nous sommes arrivés là-bas, j’ai envoyé un message à Chantal, Gwenaëlle, Virginie, Mme breton , Mme Dardelin et Sandra. Vers 9h Laurent, Sylvain, Mme Breton, Mme Dardelin et Chantal sont venus nous voir au commissariat. La police nous a rien donner à manger à part un biscuit et une brique de jus. Mme Dardelin et Mme Breton après nous avoir vu, elles sont parties nous acheter des trucs à manger. On savait rien du tout de notre mère, à chaque fois que je demandais si quelqu’un avait des nouvelles d’elle mais tout le monde me disait non. Vers 12h la chef de la police est arrivée au commissariat et nous a dit que ma mère a fait des examens mais les résultats on ne les aura pas avant 16 heures. Entre 12h et 16h, j’ai reçu plein d’appels de tout le monde. Je n’avais pas dit à mes amis ce qui m’était arrivé, mais tout le monde l’a su après.

Genita 15 ans et sa sœur Lulzime 13 ans.

Genita et sa petite soeur.

Nous sommes restés pendant neufs heures au commissariat entre 8h du matin et 16h48. On n’en pouvait plus de rester dedans, on avait besoin de prendre l’air, mais personne ne nous a laissés sortir, sauf mon père quand il allait fumer. À ce moment, une fois, j’ai pu sortir prendre de l’air, car je suis partie traduire à mon père et je les ai suppliés de rester juste deux minutes. Ils m’ont laissée. Vers 16h45, la chef était dehors en train de parler avec quelqu’un et elle est rentrée dans le commissariat et nous a dit « allez, on y va ». Quand elle a dit ça, mon cœur n’arrêtait pas de battre, je suis devenue toute jaune du visage, ma sœur pareil. Elle m’a arrêtée sur le chemin en allant chercher la voiture et m’a dit : « à ton avis, on aura une chance au moins dans notre vie ? » [Leonita, 6 ans]. Quant elle m’a dit ça, ça m’a touchée et j’ai commencé à pleurer. Mon père nous a regardées et nous a dit : « allez mes cœurs vous êtes avec moi ».

Nous sommes montés dans la voiture, on a attachés nos ceinture, la chef a commencée à parler et nous a dit : « Tout le monde parle français ici ? ». Moi, ma sœur et mon frère on a dit oui, seul mon père a dit non. La chef m’a dit « toi la grande peux-tu faire la traduction pour ton père ? ». J’ai dit : « oui ». Elle a dit : le préfet nous a dit que votre mère est hospitalisée aujourd’hui elle vas bien mais vous, vous allez partir dans un centre de rétention à Oiselle et demain vous prenez l’avion. » Quand elle m’a dit ça, j’étais choquée je me suis dis comment ça ? Seuls ? Sans notre mère ? Au Kosovo ? J’avais plein de questions dans ma tête et j’étais incapable de trouver la réponse à une. On a mis six heures pour partir à Oiselle, pendant tout ce chemin encore tout le monde m’a appelée et m’a dit qu’y a eu une manifestation devant la préfecture et qu’il y avait plus d’une centaine de personnes avec nous. Ça nous a fait grave plaisir d’entendre que y a des gens qui nous soutiennent et que en même temps ça nous fais pleurer. Je me sentais pas toute seule, je me disais peut-être que tout le monde est contre nous mais au moins y a des gens qui sont avec nous.
Dans le bus on n’a pas eu de problèmes ou quoi que ce soit, juste qu’on était tristes et on pleurait. Pour mon petit frère [9 ans] c’était très dur sans ma mère, il a pleuré pendant toute la route, ça me faisait mal au cœur de voir mon frère pleurer car je le comprenais, c’est dur sans une mère.
Vers 00h30 nous sommes arrivés dans le centre de rétention, on est descendus de la voiture et entrés dans un bureau où y avait deux policiers , ils ont pris mon père et l’ont mis dans un autre endroit pour vérifier si il avait quelque chose. Une policière est venue nous chercher pour nous montrer les chambres où nous allions dormir quelques heures. Dedans j’avais pas le droit de rentrer avec un portable qui avait une caméra. [on se demande bien pourquoi… NDLR] Sur le portable que mon père avait ils ont cassé la caméra, moi j’ai refusé, j’ai dis non, je le laisse dans le couloir et il se recharge.

Vers 2h j’arrivais même pas à dormir, j’avais une boule dans mon ventre. Je me suis endormie après. J’ai dormi juste deux heures, vers 4h30 je me suis réveillée, et je ne savais pas quoi faire. Dans le centre de rétention, y avait une association qui s’appelle France Terre D’Asile, je voulais aller les voir mais personne ne travaillait à cette heure. Vers 6h j’ai appelée Chantal, j’ai parlé avec elle, je lui ai tout expliqué. À 7h les policiers sont venus nous chercher et nous ont demandé ça fait combien de temps qu’on était en France et si on sait parler français. On a répondu ça fais 3 ans et quelque mois, et oui on sait parler français. Y a un policier qui nous a dit « Waouh bravo pour 3 ans ! »

On a pris nos draps et les couvertures et on les a mis dans une salle. A 7h14 on a pris un petit bus pour partir à Rouen où y avait l’avion. Tout de suite quand nous sommes montés dans la voiture, tout le monde a commencé à pleurer, moi, mon père, ma sœur et mon petit frère. Le petit comprenait pas ce qui se passait. Mon père a pété un câble dans la voiture, il n’en pouvait plus, il avait très mal à la tête, mais la police s’en fichait. On a beaucoup pleuré et crié et tout fait, mais il s’en fichait. L’avion était arrivé, j’arrêtais pas de crier et de pleurer, la police m’a fait sortir de la voiture et m’a demandé comment je m’appelle et quel âge j’ai ? J’ai répondu [..] J’ai commencé à parler avec eux et ils m’ont dit : si tu arrêtes pas de pleurer on va t’attacher les mains. Et c’est là que ma tête a explosé ! J’ai dit « Mais comment ça ? Vous êtes sérieux là ? je veux pas monter vous pouvez pas me forcer, personne ne montera dans cet avion » et j’ai vu mon père il était en face de moi, ils lui ont accroché les mains sous les genoux avec les pieds. Je ne pouvais plus rien faire, j’avais pas de pouvoir pour protéger ma famille, ce que je pouvais faire c’était juste crier et pleurer… Mais personne comprenait…Ils s’en fichaient. C’est la première fois que la police m’attache comme si j’avais tué quelqu’un ou fait je ne sais pas quoi, j’ai fais tout ça juste pour protéger ma famille et avoir droit de rêver à mon avenir, à celui de mes frères et sœur mais malheureusement je peux rien faire.

 

On est montés dans l’avion à 8h et à 12h on est descendus en Corse, pour pouvoir partir au toilettes et parler au téléphone. On est restés environ 20 min. et on est remontés dans l’avion. Dans l’avion on était très mal, j’avais mal à la tête et j’ai demandé à la police un Doliprane mais elle m’en a pas donné ! On est arrivé à Prishtina à 15h. J’avais l’impression que la police se moque de nous, ils disait « ouais y a 450€ et des valises ici. Je ne sais pas pourquoi il disait ça ? On était dans un grand bus avec la police et ils nous ont laissés avec la police du Kosovo, ont pris nos valises et on est sortis dehors. Dehors, y avait mes deux oncles et ma grand-mère (le frère qu’a ma mère et le cousin de ma mère) et 14202714_10206990676020619_4099069897573262068_nun ami de mon père qui vit au Kosovo. Moi, ma sœur et mon petit frère, on est partis chez les parents à ma mère, mon père et mon petit frère sont restés à Prishtina chez l’ami à mon père…

Genita Feraj


Le courage de cette adolescente force le respect ! Ce n’est pas normal qu’une si jeune personne ait à porter un tel fardeau. À son âge, elle devrait penser à ses sorties avec ses copines/copains, se prendre la tête sur ses leçons en révisant le soir, rêver… Son petit frère de 9 ans et sa petite sœur de 6 ans devraient être en train de faire plein de bêtises avec leurs potes comme des fous… Eh bien non ! Le triste sir Setbon alias Iznogoud, le menteur professionnel, portefaix du préfet, a décidé d’une manière particulièrement fourbe d’anéantir l’espoir de cette famille d’avoir une vie meilleure.

En effet, il a même été jusqu’à nourrir de faux espoirs chez le père en lui disant que s’il trouvait une promesse d’embauche, il le régulariserait. Tout ça pour ensuite pouvoir mieux le casser ! C’est un « Être » profondément méchant et tordu d’esprit. Il n’y a pas de mots suffisamment forts pour qualifier la traîtrise et la fourberie de ce petit être répugnant qu’est Iznogoud ! Il a tout du pervers narcissique pour moi. Iznogoud a besoin de nuire, il est connu par des camarades à nous de Poitiers où il a exercé avant. Ils nous ont confirmé que c’était une belle pourriture là-bas aussi et qu’il n’y est pas plus apprécié qu’ici.

Certain-e-s trouveront mes mots durs, mais je m’en moque, je prends le risque ! Ça ne peut pas être plus dur ou plus violent que de déporter une famille entière vers un destin funeste ! Il ne les aura pas sur la conscience, il n’en a même  pas de conscience ce vil personnage !

On ne parlera même pas de l’attitude des policiers durant leur « transfert », j’ai envie de dire, ça va de soi. Beaucoup savent ce qu’ils valent, inutile d’ouvrir (à nouveau) ici le procès de la Police Nationale… De plus en plus de monde déteste la police, qu’elle ne s’étonne pas !

C’est hallucinant comme ils (la préf.) n’assument pas leur position, allant même jusqu’à trouver des arguments très faibles comme quoi il y aurait eu des insultes envers le préfet et un tag près de la préfecture et que du coup, ils n’acceptent pas de négocier avec nous. Ah la belle excuses. Quelle bande de faux-culs là-dedans ! On leur parle de vies entières qui sont brisées, de familles déchirées, d’enfants meurtris ! Et eux ils nous emmerdent pour quelque mots plus hauts que les autres et de la peinture sur un mur ??!!! Ça aurait été de parfaits vichystes !

Personnellement je l’assume, même si ce n’est pas forcément la position des organisations qui défendent les personnes sans papiers à Besançon, pour moi : Le préfet et son acolyte sont de fieffés coquins !

Cette famille doit pouvoir vivre ICI, dans SON pays, la France. Dans la dignité ! Nous exigeons son retour et sa régularisation, ils ont bien assez souffert ! Aujourd’hui, nous entamons notre 4ème jour de grève de la faim. Je tiens à rassurer les gens qui se faisaient du souci pour moi, je n’avais pas mesuré la portée de mes mots sur Twitter et certain-e-s ont cru que je voulais mourir. Rassurez vous, je n’en suis pas là, je me suis mal exprimé, j’étais vraiment révolté. Même si je trouve qu’on est dans un monde de merde, qui me rend malade, vous toutes et tous, camarades, ami-e-s… vous êtes mon réconfort ! Donc ne vous inquiétez pas et je ne suis pas tout seul la dedans.

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Nous ne serons pas devant la mairie ni devant la préfecture ce weekend mon ami-e et moi. Nous avons besoin de repos psychique. Vous pourrez nous rencontrer du lundi au vendredi de 14h à 17h sur l’Esplanade des droits de l’homme (devant la mairie) et de 17h à 19h devant la préfecture (rue Nodier).

Vous voulez nous aider mais vous n’avez pas le temps de venir en rassemblement ? Vous pouvez le faire en partageant au maximum cette affaire autour de vous, en parler à vos ami-e-s, collègues, voisin-e-s… Tout le monde peut agir !

Merci à Maxime Lamboley, pour les superbes photos du rassemblement.

 

PS : J’allais oublier, nous avons laissé des peluches devant la porte de la préfecture pour qu’Iznogoud puisse les offrir aux petits kosovars, vu qu’il a bien pris les Feraj pour des cons du début à la fin. Par ce geste nous lui renvoyons la balle.

Pour toi Iznogoud.

Un pot commun a été crée sur Leetchi par Sandra afin de venir en aide financière à la famille Feraj. Si vous voulez donner quelque chose, c’est ici. Merci d’avance !